La perte de l' "Empire Broadsword"

129 (nombreux éléments fournis par Caen - Plongée)

Historique

Réquisitionné par le Ministère des Transport de la Guerre, affecté à la classe " Empire ", et renommé " EMPIRE BROADSWORD ", ce cargo est transformé en L.S.I., transport de troupes sur la zone d'assaut. Il est équipés d'une vingtaine de L.C.À. (Landing Craft Assaut) barges d'assaut avec 4 hommes d'équipage et 2 mitrailleuses, pouvant transporter 35 soldats et 400 kilos de matériel). Ces L.C.A. servaient à débarquer les troupes de première vague sur les plages.
Le 5 juin 1944, il quitte l'Angleterre et emmène 1300 soldats et 18 barges de débarquement de la première vague pour t'assaut de Sword Beach.

Le naufrage
Un mois après, le 02 juillet 1944, alors qu'il effectuait un voyage de routine, il manoeuvre dans une zone de mouillage pour débarquer 110 marines et à 18h05 heurte deux mines de façon quasi simultanée. Les violentes explosions entre les cales 4 et 5, juste au dessus la quille, soulèvent l'arrière du bateau, éjectant plusieurs barges débarquement de leur poste de largage et inondent la salle des machines. Tandis que les blessés sont évacués dans des canots, l'arrière se brise rapidement. Afin d'éviter que le navire dérive avant avoir terminé l'évacuation, le capitaine Patchett ordonne que t'on mouille les deux ancres mais soudain le navire gîte sur tribord ; il commande immédiatement l'évacuation. A 18h35, alors que le capitaine embarque sur une vedette, le bateau chavire sur tribord et coule. Il y a eu sept victimes tuées par les explosions.

Construit aux USA, 1942, en série, en 49 jours, à Wilmington aux chantiers Consolitated Steel Corporation Ship Yard, sur plan des "cargos liners" . Lancé en décembre 42 sous le nom de "Cape Marshal"
CanonsAA: 1x102mm,1x75mm, 2 Bofors de 40mm, 10 Oerlikon de 20mm
Mis en service comme LSI
Etait équipé de 18 LCA pour les opérations sur Sword. A fait 9 AR sur Omaha et Utah. Le 6 juillet : retour du 9ème voyage, à vide


Le lieutenant G.A.O. BOURNE était second maître, comme tous tes " Petty Officers " dans la Royal Navy. Il faisait partie du Royal Observer Corps (R.O.C.), personnels chargés de reconnaître les avions dans le ciel, afin de prévenir tes attaques mais aussi d'éviter que la Royal Navy ne tire sur ses propres avions ou des avions alliés. A ce titre, le lieutenant BOURNE a effectué plusieurs allers-retours sur L'EMPIRE BROADSWORD. Il ne se trouvait pas à bord le 2 juillet 1944. Cette lettre adressée au Lieutenant Bourne est écrite par R. Jones, canonnier à bord du L.S.I.

"Manchester le 30 Juin 1945

Cher Mr BOURNE

J'ai l'impression que je dois écrire pour vous parler de l'Empire Broadsword, vous vous souviendrez peut?être de moi, j'étais en charge des canons Bofors de tribord.
En lisant un exemplaire du "Aeroptane Spotter " daté du 14 décembre 1944, j'ai immédiatement reconnu votre photo prise tors des félicitations du Chef de l'Armée de l'Air.
Votre contribution au jour J, comme nous l'avons vu, fût des plus précieuses. Je continue mon histoire.
En tout, nous avons fait neuf traversées, la plupart pour débarquer des troupes américaines à Omaha et à Utah. Et puis le dimanche 2 juillet vers 18 heures, c'est arrivé. Deux fortes explosions et te bateau commence à gîter sur tribord. Les canons Bofors, ainsi que tes 4 pouces de queue, passent par?dessus bord. Les L.C.A. sont projetés à quarante mètres. Ce n'était pas la première fois pour moi ? ça m'était déjà arrivé deux fois ? mais je n'avais jamais entendu de telles explosions.
Je fus projeté dans les airs et j'eus l'impression que je venais juste de redescendre quand j'ai repris mes esprits. Mon gilet de sauvetage et mes habits avaient été arrachés, et je me suis retrouvé nu comme un ver, j'étais bien mal en point quand j'ai été recueilli par ta vedette des gardes?côtes américains qui m'emmena sur un destroyer.
Vous vous souvenez sûrement du sergent COX, et du Petty Officer HUGHES, ils ont fait un super boulot dans l'eau à sauver des blessés mais je suis triste de dire qu'il y a eu beaucoup de pertes. Plusieurs canonniers et marins, tués dans l'explosion et particulièrement mon meilleur ami, celui qui avait l'habitude de couper les cheveux ? vous vous souvenez de lui ? un gars très calme. Il y a eu environ 170 blessés, dont certains très gravement. L'officier canonnier et le docteur furent tous les deux blessés et transportés dans le même hôpital que moi.
Bien que le navire risqua de couler rapidement, il n'y eu pas de panique. Tous tes gars essayaient de s'entraider, et la dernière fois que j'ai vu le vieux bateau, c'est quand j'étais allongé sur le pont du destroyer américain. L'Empire à coulé en dix minutes.
On m'a dit après que tlun des R.O.C. a été tué, mais je n'en n'ai pas la confirmation. C'était un jeune gars avec une main déformée. Peut?être savez vous s'il a disparu. Tous les survivants ont été débarqués à Southampton et transférés à l'hôpital militaire de Winchester où nous avons été soignés.
Je suis resté en tout six mois à ['hôpital et j'en suis sorti en décembre. Après sept jours de permission, on m'a envoyé à Belfast sur un nouveau bateau, et j'arrive juste du Pacifique après avoir fait le tour de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et des Iles.
Nous sommes à quai dans un port du Nord Ouest, juste à coté de deux navires que vous connaissez bien : L'Empire Mace et le Halberd. Vous les connaissez, mais je vois qu'ils naviguent maintenant sous le Pavillon Blanc.(le pavillon de la Royal Navy, , l'Union Jack avec fond blanc)
Je pense que c'est tout pour te moment, mais si vous voulez des détails sur un gars en particulier, j'essaierai de vous tes fournir.

Sincèrement vôtre
R. JONES"

Le 6 juillet 1944, un cargo Britanniques du modèle "Victory Ship" (c'est à dire un peu plus grand et plus rapide que les "Liberty ships", à heurté vers 8h00 une mine à 3 miles au large d'Omaha Beach. Le navire a coulé rapidement et 7 marins n'ont pu être sauvés. 170 hommes ont été recueillis.

Touché à l'arrière, toute la poupe avec les 2 canons de 40 de DCA s'est effondrée dans l'eau, l'épave a dérivé 32 minutes avant de couler. De ce fait l'arrière et 8 LCA sont assez loin dans l'Est.

L'épave gît par des fonds de 22m (22m d'eau à la plus grande marée basse). A l'origine le mât était visible hors de l'eau à marée basse. L'épave a été recépée depuis et, d'après les cartes, son point le plus haut est à 2,40m en dessous de l'eau à marée basse.

Depuis la guerre cette importante épave est signalée par un bouée. D'abord il s'est agi d'une bouée "verte", bouée d'épave classique à l'époque, puis elle a été remplacée par une bouée Noire-Jaune-Noire lumineuse, à 3 éclats blancs groupés signalant un danger à l'ouest de la bouée.


(détails)

Longueur 121,3m, largeur 18,4m,
tirant d'eau 10,7m
Déplacement 7177t
Machineds à turbines, vitesse 15 noeuds

Des photos du naufrage


photo 1


photo 2


photo 3


Un cutter des CG embarque les naufragés



L'Empire Broadsword


photo 4


photo 5


photo 6


(détails)


Le navire vient d'^tre touché, un SC se porte au secours


Quelques minutes après


La fin

 



2 Images Sonar de l'Empire Broadsword


(détails) Etat actuel de l'épave
La plongée sur l'Empire Broasword

L'épave de L'EMPIRE BROADSWORD est maintenant marquée par une grosse bouée cardinale (autrefois appelée "la bouée verte", les plongeurs de l'époque ignoraient alors te nom du navire) à environ 3 milles au nord de Omaha devant Vierville-sur-Mer. La taille de I'épave fait de ce site de plongée un lieu très visité. Il permet à des plongeurs de niveaux différents d'évoluer au cours d'une même sortie. Cette épave est sûrement l'une des plus intéressantes de la baie de Seine dans la bande des 5 milles.

En effet, avec une profondeur moyenne de 21 mètres en basse mer, "l'Empire" repose essentiellement sur le sable. L'exploration se déroute d'Ouest en Est sur une longueur de 120 mètres environ. L'impact des deux mines a séparé le bateau en trois parties.

L'arrière est la partie ta plus spectaculaire ; longue d'environ 35 mètres, elle est orientée Est?Sud?Est, et est couchée sur tribord. Le safran est posé sur le sable. En remontant sur le pont, on découvre te canon pointant vers l'arrière (il y a quelques années, il pointait vers l'avant !), les treuils de levage et sur chaque bord, tes emplacements des canons de 20 mm Oerlikon et les bossoirs. Une ancre est toujours fixée au milieu du pont. La cale où très souvent les bars rôdent, est largement ouverte. Les mâts de charge toujours équipés de leurs palans sont tombés sur le sable. Enfin, subtilité de cette plongée, le mât central remonte jusqu'à ? 6 mètres, ce qui en fait un support idéal pour faire ses paliers.

Le milieu se compose d'un enchevêtrement de tôles où il est difficile de se repérer. On y distingue cependant une partie du château avec ses coursives et ses échelles. Les planchers n'existant plus, les lavabos et les toilettes sont tombés au fond de ta structure. Vers le centre, nous passons au dessus d'une partie de la coque complètement retournée, la quille orientée à l'Est. Ce morceau est prolongé par un autre, plus bas d'une longueur de 20 mètres.

En poursuivant notre périple vers l'avant, nous traversons quelques mètres de sable, puis nous retrouvons un amas de ferrailles avant de nous positionner devant la coque couchée sur tribord, le pont complètement à la verticale, la quille côté Nord. Cette partie mesure environ 35 mètres de long. Le pont est très abîmé, et les trous permettent de voir l'intérieur des cales. On y voit également des treuils et les tourelles de canons 20 mm Oerlikon. Pour finir, tout à fait à l'Est, la proue disparaît dans [es cailloux.

On le voit, cette épave pour être correctement connue et appréciée, mérite plusieurs plongées. La faune, la lumière et les contre-jours offriront au visiteur, des effets grandioses où l'émotion toujours présente peut lui faire oublier les dangers et les pièges dus à l'usure du temps. En effet, il est recommandé la plus grande vigilance aux plongeurs audacieux qui voudraient s'aventurer à l'intérieur de ces vestiges. La corrosion très active a fragilisé les superstructures, le château est très "fatigué" et menace de s'effondrer. Inexorablement, le temps fait son oeuvre.

En septembre 2003, tors d'une plongée, une mine allemande de type L.M.B. (mine magnétique parachutée), fut découverte dans te Nord-est de l'épave, à proximité de la bouée cardinale. Elle fut détruite te 21 octobre par le groupement des plongeurs démineurs de Cherbourg.

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