Extrait
"La Renaissance du Bessin"
Des
ouvrages réalisés en quelques jours
Des aérodromes
de campagne pour faciliter les opérations de débarquement

Ch. Lepelletier, maire dEnglesqueville
On
sait que les opérations du débarquement doivent leur réussite, bien sûr au courage
des troupes au sol, mais aussi à l'efficacité et la puissance aérienne des Alliés.
L'appui au sol nécessitait de raccourcir au maximum les distances d'intervention
des avions. C'est pour cela que dès les premières journées suivant le jour
J, le Génie lançait la construction d'aérodromes de campagne.
Ce
ne fut pas la moindre des performances techniques que de voir des avions décoller
et atterrir sur le sol français dès le 7 juin. Ils prirent des noms de code, la
lettre "A" pour les aérodromes américains (et "B" pour les Britanniques), suivie
d'un chiffre attribué chronologiquement à leur implantation. Quelques témoins
peuvent en parler aujourd'hui, notamment du "A1 ", habituellement connu sous le
nom de "St-Pierre-du-Mont". En fait, la plupart de l'emprise de son installation
se situe sur le territoire de la commune d'Englesqueville-la-Percée.
(Ce sont les troupes américaines qui ont baptisé ce champ d'aviation.
Une hypothèse sur la confusion est que sur les cartes d'état major de l'époque,
l'inscription SI-Pierre-du-Mont recouvre les terres utilisées, alors que celle
d'Englesqueville ne S'attache qu'au bourg même)
Et c'est son ancien maire, Henri Lepelletier, 23 ans en 1944, qui évoque ce voisinage.
"Un travail formidable en quelques jours. C'est là que nous avons vu le bulldozer
pour la première fois. Il arrivait devant un arbre, on se disait il ne va pas
pouvoir l'arracher. Et puis, hop, du premier coup, l'arbre tombait !".
Le
matériel de Construction était en place depuis le 8 au matin. A1 est réputé construit
du 9 au 13 juin. "Certains disent avoir vu des avions y circuler dès le
9, dans la soirée". Ce qui n'est pas impossible, car encore en chantier, ces
terrains étaient déjà utilisés. De plus A1, est encore considéré comme terrain
"RRS" (Rearming and Refueling Strip - piste de réarmement et carburant), l'installation
est alors sommaire. Il n'y a pas de temps à perdre. La technique de construction
est des plus rustiques. "Un simple nivelage sur lequel étaient fixés par des
pieux, soit du grillage soit des tôles. Un travail extraordinaire, en quelques
jours". Pour une piste moyenne, c'étaient plus de 2 500 rouleaux de grillage
et 30'000 piquets qui étaient nécessaires, une goutte d'eau dans tout le matériel
débarqué.
"Quelques
personnes ont participé ensuite à la main d'oeuvre. Mais on n'a pas pu beaucoup
s'approcher ; ils se méfiaient". L'activité est débordante : "C'était sans
arrêt que les avions venaient et décollaient. Un s'est écrasé à son retour, en
flammes". Car en ces jours, les Allemands sont encore tout proches et les
P47 du 366ème Fighter Group commandé par le Colonel Holt ont encore beaucoup de
travail.
Du coup, il n'y a pas tellement de possibilités de nouer de vrais contacts. "
Certains logeaient bien dans une ferme mais la plupart étaient sous des tentes
". Ambiance intense durant un peu plus de deux mois. Entre-temps, M. Lepelletier
a lui même été incorporé et, quand il revient, le A1 est silencieux. Il est abandonné
depuis le 25 août. "Des sociétés sont venues tout remettre en état. Elles ont
récupéré le grillage. Les propriétaires des parcelles ont pu récupérer un peu
de matériel". On sait que beaucoup de ce grillage a servi et sert toujours
d'ailleurs, de clôtures dans beaucoup de fermes de la région.
Pratique
: sur la D514, à 2 km de Vierville, prendre le chemin à droite où se trouve une
cabine téléphonique. Un monument est érigé à 300 m, la piste s'étendait à partir
de là, vers l'ouest sur une longueur d'un peu plus de 1 500 m, dans un axe Est/Ouest.
L'ensemble des installations occupait en largeur, l'espace de la route jusqu'à
la falaise.