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Souvenirs de Michel Hardelay (8)
A Vacqueville le 8 juin après-midi

 

POUR MEMOIRE, ces souvenirs ont été dispersés en plusieurs chapitres classés chronologiquement :



(détails) un canon d'assaut allemand "Marder"  de 75mm, détruit du côté de Trévières


(détails) Le bois de Safray

"Je décidai alors de pousser une exploration vers Vacqueville, hameau où habitait un tâcheron à qui j'avais prêté ma seconde bicyclette et qu'il avait promis de me ramener le mardi (donc le 6 juin). Je pris donc la route de Formigny et passé les virages des Isles la première petite route à droite. Entre les deux virages, adossés au talus, deux Mongols (des "OstTruppen" engagés comme auxiliaires dans la Wehrmacht) regardaient le soleil, leurs deux petits chevaux avaient été tués comme eux, mais le harnachement en beau cuir rouge de Russie avait déjà disparu et ne les reliait plus à deux petits chariots à roue de fer qui leur servaient à assurer les corvées de transport qui leur étaient commandées.
        
Poursuivant ma route j'arrivai à la ferme de Vacqueville. Elle avait brûlé et la maison de notre tâcheron également; dans les décombres de sa remise j'aperçus les restes déjà rouillés de ma bicyclette.

       
Revenant sur mes pas je pédalai sur la route de Formigny, me promettant de ne pas dépasser la limite de la commune. A cet endroit précis, au bois de Saffray, un blindé allemand
(probablement un canon d'assaut Marder du 352ème "Panzerabteilung") avait été stoppé par un projectile qui avait fait un grand trou à la place du conducteur dont on apercevait le squelette de la tête. Le tank en feu avait été abandonné par le reste de ses occupants qui gisaient morts dans le fossé ayant été fauchés à leur sortie.
A ma connaissance c'était le seul blindé allemand qui ait réussi à pénétrer sur le territoire des trois communes d'Omaha-Beach après le D Day.
        
(Désirant avoir des nouvelles du tâcheron, je refis plusieurs jours de suite le même trajet. Le lendemain, le vendredi 9 juin, le tank avait disparu ainsi que les deux petits chariots; le samedi
(10 juin) on enterrait les chevaux.
        
Dimanche
(11 juin) les deux Mongols regardaient toujours le soleil, mais de leurs yeux sans paupières et des vers grouillaient dans leurs bouches sans lèvres. Pauvres bougres de mercenaires qui n'avaient vécu que pour leurs petits chevaux et ne s'étaient engagés que pour subvenir à leurs besoins!
        
Durant la semaine je ne m'aventurai pas plus loin vers le Sud car on entendait tirer vers Trévières, toujours occupé par des Allemands encerclés; les tirs des navires de guerre continuaient  et nous entendions des gros obus passer au-dessus de nos têtes avec un bruit d'étoffe déchirée.)

       
Je repassai par notre demeure pour prévenir ma mère qu'elle serait sans homme de journée pendant un certain temps et, désirant compléter mes explorations, je m'engageai sur la route de Saint Laurent."




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