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Souvenirs de Michel Hardelay (7)
Le 8 juin à Vierville
Explorations communales avec le Capitaine Gardiner ou seul

 

 

POUR MEMOIRE, ces souvenirs ont été dispersés en plusieurs chapitres classés chronologiquement :

 

(détails)
La DCA des navires en action la nuit contre les incursions de bombardiers allemands (des porteurs de bombes guidées, systématiquement brouillées par les Américains, et des poseurs de mines marines, qui ont été plus efficaces)

(détails)
Les dépôts dans les champs à l'intérieur des terres 


(détails)
caissons en cours de placement

"JEUDI 8 JUIN - EXPLORATIONS COMMUNALES"

         "Durant la nuit, (du 7 au 8 juin) un seul fait notable, l'aviation allemande tenta un raid sur la flotte, mais la D.C.A. américaine, aussi bien celle de la flotte que celle qui avait débarqué et s'était installée à terre, fut intraitable. Les ballons de barrage prouvèrent leur utilité et nous pûmes nous rendormir sans avoir reçu d'éclats.

        Dès mon réveil je montais à mon observatoire et quel ne fut pas mon étonnement d'apercevoir, dépassant largement en hauteur le mur de clôture du maire, un amoncellement de caisses et la flèche d'une grue (un dépôt de matériel, comme il y en aura partout dans tous les champs de Vierville), tandis que sur mer on pouvait  percevoir des remorqueurs tirant de gigantesques cubes, (les pontons "Phoenix") surmontés d'une plateforme armée d'un canon de petit calibre (1 anti-aérien Bofors de 40mm).

         Après le petit déjeuner j'écoutais la radio anglaise qui confirmait la prise de Bayeux, des parachutages sur le Cotentin et l'avance sur Caen. Je tapais un court communiqué et allais l'afficher sur un des volets de l'épicerie. 

             Le maire était sur la route et discutait avec le capitaine Gardiner et plusieurs des habitants du voisinage. J'allais vers eux; Gardiner demandait au maire de faire procéder à l'enterrement de tous les bovins tués et qui commençaient à gonfler; il fut décidé qu'on les jetterait dans la vaste excavation creusée derrière l'Ormel et que les Américains les recouvriraient de terre; il fut ensuite question de réquisitions, le château pour les services du port (le 11ème Port, Colonel Witcomb), toutes les terres de la commune devraient être débarrassées des animaux qui y paissaient, il fallait un bâtiment pour y installer le service de la poste militaire. Cette question fut immédiatement solutionnée, le mécanicien proposant son garage qui ne servirait pas pendant un certain temps. 

           Il fut proposé au maire un poste radio à piles pour être au courant des instructions et nouvelles militaires. Le capitaine annonça que l'on profiterait de l'incendie de la poste et de l'école pour élargir le carrefour, mais comme, curieusement, la petite pièce d'angle, qui servait de secrétariat de mairie, n'avait pas brûlée, il demanda qu'elle soit déblayée d'urgence. Le maire décida de transférer la mairie et le secrétariat dans l'ancienne infirmerie allemande. (où?)

        Enfin le capitaine demanda un homme pour l'accompagner dans une visite de la partie Sud de la commune jusqu'au Vaumicel ; le maire, se tournant vers moi, me demanda si j'acceptais ce rôle de guide et sur un signe affirmatif de ma tête le capitaine me dit qu'il passerait me prendre à 10 heures.

 


(Détails)
la maison des Collières et
l'église ruinée en arrière-plan



(détails)
Les ruines de l'église

le presbytère au toit crevé,
vu du clocher de l'église

        Il fut exact, moi aussi, nous arrivâmes au carrefour de la poste où rien n'avait été encore dégagé, deux jeeps avaient brûlé et leurs conducteurs, suivant les leçons enseignées s'étaient couchés dessous et l'on voyait leurs corps boursouflés, ainsi que ceux qui les accompagnaient. Des soldats qui suivaient à pied le convoi gisaient sur les talus et le halftrack incendié était garé dans le champ où devait être plus tard construite l'école. 

        L'auberge "des Touristes" (la "Pie qui tette) était à moitié détruite et on apercevait plus loin les ruines de la gare routière. 

        Continuant notre route je constatais que la maison Collières n'était plus qu'un amas de pierres.
        Nous jetâmes un coup d'il à l'église, la nef avait beaucoup souffert, surtout le mur Nord, par contre le choeur était presque intact, et, si la flèche du clocher s'était effondrée verticalement sur le plancher intermédiaire, l'escalier du clocher existait toujours jusqu'au haut de la tour.

       Le presbytère, voisin de l'église, avait un toit en dentelle. (c'est là que une bonne partie du mobilier du château avait été entreposé au moment de son occupation en mars 44 par l'Organisation Todt, il en ressortit sérieusement endommagé par les éclats et la pluie)
       Le grand if du cimetière avait son tronc sectionné à deux mètres et les  branches en tombant avaient abattu la croix.
       Quelques stèles avaient basculé et des pierres tombales avaient des marques profondes laissées par des éclats.

        A cette époque la route de Formigny ne passait pas derrière l'église mais devant le porche et faisait deux virages à angles droits pour contourner le cimetière.

       Ensuite Michel Hardelay a été visiter le manoir de Than et le Vaumicel (page 7011) avec le Capitaine Gardiner. Après cette visite, ils sont revenus:

        "Nous repartîmes  au village. Pendant notre promenade un gros travail avait été effectué: le matériel incendié avait disparu, sauf le half-track, les cadavres avaient été emmenés au premier cimetière provisoire (en arrière de la plage) et même on commençait à dégager les débris calcinés de la poste et de l'école; on pouvait apercevoir sur le sol des sortes de tire-bouchons, restes des selfs et bobines des postes radio (ceux qui avaient été saisis en juin 40 et déposés à la mairie) qui avaient brûlé dans le grenier de la mairie.

 

 


(détails)
en 1969, Michel Hardelay est
maire


(détails)
Le village vu du haut du grand cyprès du manoir de Than. La photo (un montage de 2 clichés) a été prise par un américain. On peut remarquer le grand vide sur le carrefour où la poste et l'école ont  disparus après le bombardement allemand du 7 juin.
 
 


le "Pass" remis à Michel Hardelay par le Capitaine Gardiner


(détails)
Ruines de la grille d'entrée du château

       Je quittai le capitaine. Je ne devais plus le revoir, mais avant de descendre la rue de la mer il avait pris son cahier de messages, avait écrit quelques lignes et remis le feuillet; c'était un "pass".
       Ce "pass" devait être confirmé plus tard par un imprimé officiel me nommant "policier civil" avec autorisation de porter le bâton, signé Eisenhower, et me précisant que mon rôle consistait à empêcher les curieux de voir le port artificiel du haut des falaises, besogne difficile certains jours où je menais de petits groupes à l'abri des hautes herbes en leur demandant de rester accroupi quelques minutes, puis de regagner le village, et je recommençais avec une demi-douzaine d'autres personnes.

Désignation de Michel Hardelay comme policier, autorisé à porter un "Truncheon" (une matraque)

(détails)

Autorisation de circulation dans les zones interdites aux civils (la plage) pour Michel Hardelay

        Ensuite, visite au château:
        En rentrant chez moi je trouvai ma mère en grande conversation avec les deux institutrices. Celles-ci, qui habitaient le bâtiment de la poste, avaient tout perdu dans l'incendie de la veille au soir.
        Nous décidâmes de faire une reconnaissance jusqu'au château, espérant y trouver quelques effets laissés par les ouvriers de l'entreprise Todt lors de leur départ précipité.
         Il y régnait un grand désordre et je fus très étonné par le nombre de robes de femme éparpillées sur le sol. La directrice de l'école trouva un grand drapeau à croix gammée dans lequel elle se tailla, par la suite, jupe et corsage, d'un rouge violent évidemment.
         En sortant nous avisâmes une roulante de l'armée prête à faire la soupe; par curiosité je tirai une sorte de compartiment encastré sur la droite, il était plein de vrai café. La directrice de l'école qui était très friande de café, introuvable à cette époque, en remplit sa poche; quant à moi je dis à ma mère que je reviendrai après notre déjeuner avec un sac. Mais quand je revins après le repas il n'y avait plus de café.
       Heureusement que les cartons de ration "K" que l'on trouva à profusion par la suite contenaient, outre trois boites de conserve, chacun une pochette de café."


 


(détails)
La DCA des navires en action la nuit contre les incursions de bombardiers allemands (des porteurs de bombes guidées, systématiquement brouillées par les Américains, et des poseurs de mines marines, qui ont été plus efficaces)

      Puis Michel Hardelay a porté ses pas vers le Sud et Vacqueville (page 7012)

        A son retour, il a assisté à l'incendie d'une maison du village:
          "Un quart d'heure après mon arrivée j'entendis mon voisin crier: "Au feu, la maison de Monsieur L. brûle !" 
         Je me précipitai avec lui ; la maison d'angle, entre la rue du Hamel-au-Prêtre et la route de Saint Laurent, devant l'épicerie, avait ses deux petites pièces d'angle en flammes, mais le feu ne semblait pas avoir gagné l'ensemble, les portes de communication avec les autres pièces, fermées, ayant joué le rôle de coupe-feu. Lorsque la charpente s'effondra le seul risque était que, par les pannes de liaison de la toiture, les flammes gagnassent le restant de la charpente, alors intacte.
          Nous prîmes donc chacun un seau et, après leur remplissage au puits voisin, les jetâmes sur les poutres brûlantes. Au bout de six seaux celles-ci furent éteintes.
         J'avisai alors quatre soldats dissimulés à cinquante mètres par les hautes herbes du fossé dans lequel ils s'étaient jeté, leurs têtes seules dépassant. Ils étaient plutôt comiques à voir, leurs casques de travers sur deux têtes de Laurel et deux têtes de Hardy, essayant d'avoir chacun un copain devant lui pour se protéger, donc reculant sans cesse. Ils avaient cru voir quelqu'un d'hostile dans la pièce d'angle et y avaient jeté une grenade incendiaire, à la suite de quoi ils avaient reculé et attendu le résultat de leur action; mais personne n'était sorti et ils nous avaient vu éteindre le feu. Je leur criai: "Come, it was probably a cat".

  La DCA américaine en action:
        Au soir de ce 8 juin nous apprîmes ce qui devait devenir le rituel du crépuscule:  une pièce d'artillerie antiaérienne tirait un obus fumigène à un point dégagé du ciel, si possible à dix mille pieds, puis chaque batterie se réglait sur cet obus fusant haut qui fournissait la direction et la vitesse du vent. C'était le moment où il fallait mieux avoir un toit au-dessus de sa tête. Enfin on procédait à la mise en place des ballons de barrage.
En cas d'orage nocturne les ballons, comportant une toile métallisée et reliés au treuil par un mince câble d'acier, faisaient office de paratonnerre et il était vivement conseillé de s'écarter du treuil.

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