621

Le débarquement et les combats aux Moulins,
devant les WN66 et 68, secteurs Dog Red et Easy Green

Les bombardements préliminaires
Les bombardements aériens ont été un échec complet. Des quadrimoteurs Liberators avaient été prévus, mais ces avions volaient à haute altitude et ils étaient au dessus des nuages. Comme la précision était déja médiocre par temps clair, les états majors Alliés ont dû se résoudre à prescrire une marge de sécurité supplémentaire pour la visée, ce qui a conduit le centre de gravité des impacts à plusieurs centaines de mètres et parfois plusieurs km au sud de l'objectif. On était alors sûr que les bombes ne pourraient atteindre les flotilles de landing craft qui s'approchaient du rivages à pleine vitesse au même moment.
Les bombes se sont donc dispersées dans la campagne, sans aucun effet sur les défenses allemandes.

Les bombardements navals ont pu être plus efficaces, surtout ceux des navires de guerre classiques, cuirassés, croiseurs et destroyers. Par contre les témoignages indiquent que les fusées lancées par les LCT(R) sont souvent tombées dans la mer. Il était en effet impossible de viser et d'ajuster le tir de ce genre d'engins. La durée du bombardement par les autres navires était trop faible pour qu'un bouleversement des défenses allemandes en résulte.

Au total ces bombardements ont eu une efficacité tout à fait limitée.

Les chars
Il n'y avait pas de chars amphibies prévus sur ces secteurs, uniquement des chars standard et des tankdozers sur LCT(A).
Sur les 4 LCT(A) transportant 8 chars standard du 743/Tk Bn et 4 tankdozers, 2 LCT(A) (les LCT 2075 et 2307) seulement sont arrivés sur Dog Red, et le LCT 2050 est arrivé sur Dog White. Ces arrivées ont en général été tardives. Le LCT 2275 a coulé avec son chargement
Il y avait donc environ 4 chars standard + 2 tankdozers sur Dog Red et probablement aucun chars sur Easy Green.

L'infanterie d'assaut, 1ère vague

Les 12 péniches LCVP des 2 compagnies de l'infanterie d'assaut ont été largement dispersées par la mauvaise visibilité (incendies sur les pentes herbues) et le courant portant à l'est.
La cie F/116, destinée à Dog Red, a débarqué avec 4 péniches sur l'est de Dog White et seulement 2 péniches sur Dog Red.
La cie E/116, destinée à Easy Green, s'est retrouvée avec 2 LCVP sur Easy Red et 4 sur Fox Green, donc largement dispersée vers l'est, vers Colleville, dans les secteurs du 16ème régiment.
Par contre sont arrivés sur Dog Red, 5 des 6 LCVP de la Cie G/116, destinée en principe à Dog White.

Il n'y avait donc que très peu d'infanterie en 1ère vague sur Easy Green et en tout environ 6 ou 7 LCVP des Cies F et G/116 sur Dog Red. Arrivant directement sous les WN 66 et 68 des Moulins, ces troupes ont subi de lourdes pertes en traversant la plage à cause des tirs de mitrailleuses et de mortiers. La fumée des incendies ne les avait que peu protégées.
Les survivants, dispersés sur 1 km, se sont aplatis sur le banc de galets qui offrait une protection contre les balles, mais tout mouvement était impossible. Quelques chars pouvaient leur fournir un appui de feu, mais peu efficace contres des abris allemands bien camouflés.
Les GIs se trouvaient devant des barbelés les séparant d'une petite route de terre, derrière laquelle se trouvait la la villa Les Sables d'Or, au milieu d'un secteur fortifié allemand, cible des chars.

A la compagnie F/116, le capitaine Callahan, sans radio, a été gravement blessé en tentant d'aller désigner des objectifs à un char. Toute tentative pour franchir les barbelés se serait terminée par un anéantissement. Les survivants de la compagnie était donc immobilisés sur le talus de galets.

Quand les survivants de la G/116, se sont rendus compte qu'ils étaient loin à l'est de leur secteur attribué, ils ont essayé un déplacement latéral difficile et dangereux le long du banc de galets. Ils ont rapidement perdu toute cohésion et ont dû se résoudre à s'abriter derrière les nombreux épis transversaux qu'ils ont trouvé sur leur chemin.

Les "Gapteams" de la SETF

Il était prévu 2 gapteams par secteur, les Gapteams 5 et 6 sur Dog Red, et 7 et 8 sur Easy Green, arrivant en principe à 6h33.
Il semble qu'ils soient arrivés à peu près tous devant Dog Red, et en retard d'un 1/4 d'heure en moyenne, soit vers 6h45. Comme ils devaient travailler avant la remontée de la mer, donc avant 7h00, et comme ils se trouvaient devant Les Moulins, exposés au feu des WN 66 et 68, ils n'ont pu achever leur travail, tout en perdant une grosse partie de leurs effectifs et de leurs matériels.
Les 2 gapteams de soutien, (les Gapteam C et D), qui devaient les appuyer à 6h41, sont arrivés trop tard, et le Gapteam C a même débarqué sur Fox Green, à Colleville.
Aucune de ces équipes n'a pu être appuyée comme prévu par un tankdozer, tous arrivés trop tard.

.L'infanterie d'assaut, 2ème vague

Cette 2ème vague de LCVP a subi comme la précédente l'effet du courant et de la mauvaise visibilité.
La compagnie I/116 devait aborder Dog Red, ses 6 LCVP sont arrivés sur l'est de Esay Green.
La compagnie L/116 devait aborder Easy Green, elle s'est dispersée à cheval sur la limite des secteurs Easy Green et Easy Red.
La M/116 (les mortiers de 81mm et les mitrailleuses lourdes, prévue sur Dog Red est arrivée sur l'ouest de Easy Red.
Par contre la Cie K/116, prévue sur Dog White, a débarqué sur l'est de Easy Green, mélée à la I/116.

Le gros du 3ème Bataillon du 116ème s'est ainsi retrouvé, vers 7h30, entre Le Ruquet et Les Moulins, mais souvent éloigné des WN 65 et 66 qui gardaient ces sorties. Loin de ces WN, les unités ont subi relativement peu de pertes, qui ne les ont t pas empêché d'avancer vers la colline mal défendue au dessus.


(détails) le diagramme des débarquements prévus devant Saint-Laurent







(détails) les mouvements du matin dans le secteur des Moulins

L'arrivée des Combat Engineers, du Génie de Plage et des premiers éléments médicaux, à bord de LCI et de LCT
Avec de nombreux LCT, sont arrivés sur Dog Red, le LCI 94 (avec des éléments des 112 Engr Bn et 104 Med Bn, et le LCI 84 -prévu sur Dog White mais détourné - avec des éléments des 149 Engr Bn, 7 Beach Bn, 104 Med Bn, HQ 116 (le Communication Group du PC avancé).
Est aussi arrivé sur Easy Green, le LCT 90 avec des éléments des 149 Eng Bn et 7 Beach Bn.
Ces 3 LCI ont pu repartir bien qu'ayant été touchés par les tirs allemands. Ils ont pu franchir la ligne des obstacles minés, probablement parce que ces mines - des tellerminen antichars - n'avaient pas résisté à la submersion de la marée 2 fois par jours.

Devant le WN 66, le Major Bingham, cdt le II/116, s'est retrouvé avec des troupes décimées par les tirs allemands, venant notamment de la villa Les Sables d'Or, à 3 étages, bien endommagée par les bombardements navals, mais abritant toujours près du rez de chaussée, un poste Allemand. Avec l'aide des autres officiers de son PC et de quelques soldats de la Cie F/116, il a tenté à plusieurs reprises, mais sans succès d'avancer vers la sortie D3, trop souvent les armes des soldats ne fonctionnaient pas, pleines de sable qu'il fallait soigneusement nettoyer. Il a assisté le Colonel Thompson (cdt la 6ème Brigade spéciale du Génie) lorsqu'il a été gravement blessé à la gorge. D'après certaines indications , Bingham serait monté au dernier étage de la villa, serait ressorti après avoir constaté que ses hommes n'avaient pas d'armes en état de fonctionner, et se serait ensuite infiltré par l'est de la maison jusque dans la falaise et serait redescendu, sans pouvoir se maintenir. Le Major Bingham a alors entrainé son petit groupe vers l'est où il s'est joint au 3ème bataillon (III/116) qui grimpait la falaise vers Saint-Laurent.

Plus à l'est, sur Easy Green, le bataillon III/116 avait débarqué sans trop de pertes entre les WN 66 et 65. Le bataillon était désorienté car ce n'était pas son secteur (il aurait dû être sur Dog Red) et il aurait dû passer derrière le 2ème bataillon, or il n'y avait que peu d'infanterie sur ce secteur Easy Green sauf une partie de la G/116.
Ils ont pu traverser le cordon de barbelés et l'espace dégagé et plat, avant de grimper sur la falaise, en file indienne en évitant les mines, traversant le WN 67 très peu défendu, il semble que ce n'était qu'un leurre avec beaucoup de terrassement, de tranchées et de trous, mais presque sans combattants pour le garnir. Seul un bunker a dû être neutralisé par la cie L/116, avec des charges explosives .
Vers 8h30, le bataillon était sur le plateau, mais le PC est resté au pied de la falaise jusque dans l'après midi. Les ordres ne prévoyaient pas d'entrer dans St-Laurent mais de se regrouper au sud ouest du village. Le bataillon, toujours séparé en sections de bateaux, se dirigea donc directement vers sa droite, pour franchir la vallée des Moulins qui était sur sa route. Cela le faisait passer sous le WN69, bien défendu par une compagnie Allemande et qui abritait aussi une batteriede 40 lance-fusées Nebelwerfer.
Les 3 compagnies I, K, L se trouvèrent prises sous le feu des mitrailleuses et des snipers du WN69, et ils ne purent avancer vers l'est du vallon qui les séparaient du WN 69. Qiuelquessections réussirent quand même à franchir le vallon au nord du WN 69 et prirent contact avec des Rangers qui avançaient vers Vierville, mais le gros du bataillon III/116 est resté jusqu'au soir au nord de St-Laurent.


C'est le 115ème régiment qui est alors intervenu.
Dans les plans initiaux le 115ème RCT faisait partie de la Force B, force de soutien, devant arriver dans l'après midi du 6 juin devant Omaha Beach, pour être débarquée à la demande le soir ou le lendemain. Il devait débarquer aux Moulins en principe sans opposition puisque la sortie D3 aurait dû être ouverte par le 116ème Régiment, puis de traverser la campagne vers le sud jusqu'à la RN13.

En fait, à la demande du Général Gerhardt, cdt de la 29ème division, les 12 LCI des 3 bataillons (2500 hommes) ont été amalgamés avec les convois de la Force O, pour pouvoir être débarqués plus tôt si nécessaire (les 700 hommes accompagnants les véhicules et les canons affectés au 115RCT, étaient restés avec les convois de la force B, mais ce n'est pas eux dont on aurait un besoin urgent à terre). Le débarquement des 12 LCI du 115 RCT a été décidé peu après l'heure H devant les preuves de la résistance inattendu des Allemands. Le régiment devait débarquer devant Les Moulins, sur Dog Red, à partir de H+4, 10h30.

Lorsque les LCI se sont présentés devant Les Moulins, il est apparu que les obstacles n'étaient pas enlevés sur la plage et que la sortie D3 était entièrement contrôlée par les Allemands. Les LCI ont alors recherché un emplacement plus favorable qu'ils ont trouvé à l'est du Ruquet. L'heure était passée, et les LCI ont débarqué avant 11h00 pour les bataillons I/115 et II/115, et à 12h00 pour le III/115. Mais cela a contrarié l'arrivée des derniers bataillons du 18ème Régt. (voir les combats au Ruquet)
Le 115ème a franchi dans l'après midi le vallon du Ruquet vers l'ouest. Il s'est dirigé ensuite vers le bourg de St-Laurent bien défendu par des Allemands qui leur ont barré la route.

L'attaque de St-Laurent a été menée dans l'après midi par le bataillon II/115, vers l'église et la ferme du Prieuré. Au bout d'un certain temps le clocher a pu être détruit par le USS Thompson, et un char du 741st TkBn s'est engagé dans les rues étroites de St-Laurent, neutralisant plusieurs postes allemands. En approchant du carrefour principal, il a été la cible d'un canon antichar ou plus probablement d'un bazooka allemand qui l'a manqué. Le char s'est alors replié en dehors du village.

Quant à la batterie de Nebelwerfer, elle a fini par être repérée par la Marine (destroyer USS Thompson) qui a pu la neutraliser vers midi, mais elle avait craché vers la plage des Moulins la plupart de ses munitions dans la matinée, probablement dirigée par un poste d'observation au WN68.

Des tirs d'artillerie ont pu être assuré par le 58ème FAA Bn (bataillon blindé d'arillerie de campagne), qui avait débarqué au Ruquet dans l'après midi 11 obusiers blindés survivants d'une tentative infructueuse de débarquement le matin sur Dog Red. Il s'était mis en batterie à la tête du vallon du Ruquet à partir de 16h00.

Finalement, vers 20h15, le bataillon II/115 a dû être retiré de St-Laurent, après avoir perdu, hors de combat, une centaine d'hommes et 6 officiers sur 11 des Compagnies E/115 et F/115. Le combat avait été sauvage, les Allemands n'hésitant pas à tirer sur les infirmiers américains portant leurs brassards et les prisonniers Allemands arrivant rarement vivants jusqu'aux camps préparés pour eux au Ruquet.

Le bataillon III/115 qui était en réserve à l'est de St-Laurent, a pris sa place devant St-Laurent vers 20H00.

De son côté, le bataillon I/115 a contourné le village au plus près par le sud.
La Cie A/115 a mis en place un bouchon sur la route de Formigny.
Le Colonel Blatt, cdt le I/115, a été grièvement blessé par un tir de mortiers alors qu'il installait la Cie de mortiers D/115 et sa cie de commandement dans des herbages à 500m au sud de St-Laurent. Blatt, atteint par un éclat à la tête, a été brancardé jusqu'au rivage puis évacué sur un navire. Il est mort avant d'arriver en Angleterre.

Pendant ce temps, le bataillon II/115 faisait mouvement dans la soirée encore plus vers le sud puis vers l'ouest, à travers champs, débordant largement St-Laurent, se dirigeant vers la route menant de Vierville à Formigny.

Toutes ces unités se sont enterrées pour la nuit en attendant de reprendre le combat le 7 juin.

Pendant ce temps, le major Bingham, avec les restes de son bataillon II/116 très affaibli, n'avait pu ouvrir sa route à travers le hameau des Moulins. Il s'est donc déplacé sur sa gauche vers le Ruquet , et il est remonté lui aussi vers St-Laurent, sans pouvoir avancer dans le village.

Les unités du 116ème RCT à St-Laurent étaient isolées et sans communications avec le PC avancé du Colonel Canham, installé en position défensive à Vierville. Ces unités comprenaient les restes du II/116 (Major Bingham), le III/116 (Lt-Colonel Meeks) et le Groupe Communication du quartier Général du 116ème (Capitaine Sink), isolé de son chef le Colonel Canham. Celui-ci n'a pu avoir une liaison radio que seulement le soir vers 22h00, et Canham a décidé de regrouper à St-Laurent l'ensemble de son PC avancé, ce qui a été fait le 7 juin vers 6h00. Le 116ème RCT a alors été de nouveau contrôlé en quasi totalité par son chef, après la dispersion due aux combats du 6 juin.


(détails) Mouvements de l'après midi, secteur Saint-Laurent


(détails) Positions du soir, secteur Saint-Laurent


(détails) La pénétration du 3ème bataillon du 116ème régiment, accompagné de quelques éléments du 2ème Bataillon, le matin du 6 juin, en direction du vieux Saint-Laurent


(détails) Entre Les Moulins et Le Ruquet, le 6 juin vers 12h30


Dog Red, le 7 juin vers 14h, à mer descendante, un char Sherman standard détruit avec d'autres véhicules (un GMC US avec logement spécial pour équipements de transmissions?, 2 tracteurs Thornycroft de la RAF brûlés, et 1 Austin de la RAF avec générateur (équipements pour des radars spéciaux GCI destinés à guider les chasseurs de nuit Mosquitos).
Au fond un LST sur la plage, devant un corps de GI mort sur la plage


Témoignage d'un habitant de St-Laurent (à la ferme du Prieuré)


Les Moulins le 6 juin vers 12h30(détails)
Le LCI 92 est sur les galets à gauche, peu visible.

(détails)


détails


(détails) Le 7 juin, après la bataille, un GI mort sur les galets devant la maison "Les Sables d'Or" où le Colonel Bingham s'est abrité la veille

 

 

 

 

 

 

 

 


(détails) A 14h00 le 6 juin, premières pénétrations dans les dunes et franchissement du fossé au Ruquet


Des marins du 6ème Bataillon Naval de Plage, devant St-Laurent le 6 juin


(détails) Un Sherman standard (le Ceaseless, du 743ème Tk Bn) détruit devant Dog Red, le 7 juin


Le LCT 207 aborde sur la limite Dog Red Easy Green pour débarquer ses 4 canons surchenille blindée du 58ème FAA Bon. Au delà, on aperçoit le LCI92 échoué sur les galets de DogWhite et des chars DD du 743ème Tk Bon






 

 

Retour Accueil