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Le 175ème Régiment d'Infanterie traverse Vierville
en route pour Gruchy et La Cambe



Les  mouvements du 7 juin


(détails) Le PC du Général Gerhardt dans la carrière de Vierville (à droite dans la descente). Un fil sommaire accroché à 2 manches à air de chars délimite la zône où sont les cartes (à gauche) et qui ne doit pas être approchée.



(détails) Le château de Gruchy


Au delà de Vierville, une Française avec sa petite fille s'est adressée au Capitaine Miller (il s'agissait peut-être de Madame de Loÿs)"Les Boches! les Boches!" a expliqué la femme, faisant signe à Miller de la suivre. Miller a pris avec lui quelques hommes et a suivi avec précautions la femme au delà d'un grand château (Gruchy?) et jusqu'à un petit ravin. Les Américains ont entendu des plaintes en allemand provenant d'un tunnel bien caché au fond du ravin. Miller et 2 hommes ont sauté dedans, leurs armes prêtes. Ils ont crié à l'entrée du tunnel: "Achtung!,  Raus!  Raus!" De nouveau des plaintes. Miller et ses hommes ont pénétré lentement dans le tunnel, tourné un coin, et se sont retrouvé dans une grande salle souterraine, face à face avec un infirmier Allemand. Criant "Kamerad! Kamerad!" les Allemands ont levé les bras en l'air. Plusieurs blessés étaient étendus là. Apparemment l'endroit devait avoir été un PC. Alors que les défenses Allemandes s'effondraient, l'état-major avait dû partir rapidement, laissant derrière eux les blessés intransportables.
 "Le Général Gerhardt, assis sur une caisse de rations C, tôt le matin du 7 juin dans la carrière de Vierville, réfléchissait à ses prochains mouvements. Il avait reçu peu avant l'aube son premier ordre officiel du Général Gerow, cdt. le Vème Corps, (installé, lui, au Ruquet), aller rapidement prendre Isigny.

 "Il voulait permettre aux 115ème et surtout au 116ème Régiment de se réorganiser après leurs combats, leur dispersion et leurs pertes de la veille. Alors il a décidé d'utiliser son seul régiment frais, le 175ème, actuellement en "réserve flottante" du Vème Corps au large. 

 "Il a convenu avec Gerow de commencer le débarquement à 12h00 sur la plage de Vierville, Dog Green. L'ordre en a été donné à 11h46 au Colonel Goode, du 175ème.

 "C'était assez simple de lancer cet ordre à Goode, mais c'était beaucoup plus difficile pour Goode de le passer à ses Chefs de Bataillon et de Compagnies dispersés sur leurs transports au large. 

 "En fait, la zône des mouillages devant Omaha, avec son mélange de navires de guerre et de Landing Craft était aussi pagayeuse que la plage. D'abord, depuis la veille les navires s'étaient rapprochés au plus près de la côte et la belle ordonnance de la veille à 11 milles au large avait disparu. Ensuite, chacune des 12 compagnies du Régiment étaient chargée sur des transports différents. Des petites vedettes de la USNavy ont donc parcouru l'Armada hurlant dans leurs porte-voix: "Tous les éléments du 175ème sont attendus d'urgence sur la plage!"

"Même après que l'ordre ait été passé à toutes les unités, nombreuses sont celles qui ont dû attendre que la Navy rassemble suffisamment de LCVP et LCA pour les conduire à la plage. Du temps a été encore nécessaire pour que les hommes y descendent avec des filets jetés le long des coques des transports. De ce fait le 175ème est arrivé sur la plage par petits paquets.

 "Et c'est alors que  Gerhardt a découvert avec indignation où le 175ème avait été débarqué. Il avait voulu que le Régiment débarque sur le flanc Ouest d'Omaha Beach, à Vierville, pour qu'il puisse rapidement partir vers Isigny. Mais la Marine avait estimé que le débarquement devant Vierville était trop dangereux, surtout à marée haute, à cause des obstacles toujours en cours d'enlèvement sur la plage. Le 175ème avait donc été dirigé sur St-Laurent, 3 km plus à l'Est. Plus tard, Gerhardt s'est plaint: "Le régiment a été débarqué trop à l'Est, ce qui a exigé un long mouvement latéral. Compte tenu des contraintes sur les troupes à terre, ce délai aurait pu être coûteux".


 "Après débarquement, le 175ème a été immédiatement dirigé sur la vallée de Vierville. "Le 175ème a marché en formation desserrée sur la plage et a été visé par des tirs de snipers" se souvient J. Milnor Roberts, aide de camp de Gerow. "Mais bien pire, les soldats marchaient au milieu des corps des gars qui avaient été tués la veille, et ces gars portaient l'écusson de la 29ème. Les jeunes marchaient ainsi parmi les cadavres de leurs camarades. Le temps qu'ils arrivent à Vierville, ils en ont été bouleversés".

Le Capitaine Miller a conduit la Compagnie F/175 (moins une de ses sections mystérieusement disparue) vers l'Ouest, au pied des falaises. Le capitaine Jimmy Hays, du QG régimentaire, a aperçu Miller et l'a averti: "Tout est changé. Le colonel Goode avait raison. Vous pouvez oublier les plans initiaux. Nous devons aller à Gruchy, là sur la carte" a montré Hays."Demain nous irons à Isigny, plus vers l'Ouest."  Miller n'avait jamais entendu parler d'Isigny, d'après les premiers plans, la F/175 devait aller droit au Sud en quittant Omaha.

La Compagnie C/175, elle, n'a jamais reçu le contre-ordre et elle est partie vers le Sud, pour découvrir plus tard que le reste du Régiment était ailleurs. La compagnie a combattu avec le 115ème pendant 3 jours avant de rallier le 175ème.

Le 175ème a finalement rejoint à pied la plage de Vierville, où il s'est mélangé l'après-midi avec un gros afflux de troupes et de véhicules se pressant dans la montée.

"Il y avait un bouchon comme on peut en voir au coin de la 42ème Rue et de Broadway" (à New-York) se souvient Slingluff, "les véhicules pare-chocs contre pare-chocs (ceux du 175ème et ceux du 110ème bataillon d'artillerie, et d'autres encore), les chars (ceux du 747ème bataillon de chars, les renforts et remplacements du 743ème), les fantassins au milieu (du 175ème en particulier), et de temps en temps un obus de 88mm qui tombe".

En remontant la vallée de Vierville, les hommes du 175ème sont passés devant le PC spartiate de la 29ème division. "La zône avait été isolée par des cordons pour que personne ne puisse s'approcher des cartes d'opérations", se souvient le Lieutenant Sam Allsup, chef de section à la Compagnie A/175, "Cela ressemblait à une énorme confusion organisée, et toute les opérations de la division étaient dirigées de derrière un tas de ruines."

En haut de la vallée, les hommes du 175ème ont changé de cap vers l'Ouest pour sortir de Vierville. C'était au coucher du soleil (22h00); comme le ciel s'assombrissait, le régiment a marché encore 2 km et a tourné au Sud au petit hameau de Gruchy. Ils ont eu un court moment de repos avant de repartir vers Isigny, via La Cambe, en marche de nuit.


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