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A la gare routière le 7 juin - souvenirs de Michel Hardelay  (5b)

 

POUR MEMOIRE, ces souvenirs ont été dispersés en plusieurs chapitres classés chronologiquement :

 


 


(détails) La gare routière (à l'époque
où c'était encore une
gare de train)


(détails) L'hotel Pignolet (à La Pie qui Tette) et la gare
 

Louis Coliboeuf

 

 A la gare routière:
      ("Ces renseignements ont été recueillis auprès d'un des deux fils du père Louis (Coliboeuf), devenu mon beau-frère quatorze ans après.")

      "A la suite de l'incident qui bloqua le carrefour au passage des fantassins, le commandement - installé la veille au soir dans la petite carrière de la rue de la Mer, carrière qui devait être par la suite énormément exploitée par le Génie U.S. pour déposer en enrochements d'accès - décida de la fouille des maisons et de l'internement temporaire des civils habitant à l'Ouest du carrefour, pour vérification d'identité.

      A la gare routière chaque unité passant devant le bâtiment et apercevant le trou noir de l'entrée de la cave faisait sortir ses occupants qui y avaient passé la nuit en compagnie de leur chien et d'un cochon qu'ils engraissaient. Certains avaient même tiré quelques coups de revolver, les balles avaient ricoché sur les murs et provoqué la sortie de la mère Jeanne (Coliboeuf), furibonde. Celle-ci avait empoigné les deux revers du battle-dress de l'officier et lui avait crié  "Il y a des enfants dans cette cave, vous voulez nous tuer tous?"

      Suivant les décisions prises le père Louis et ses deux fils furent donc priés de sortir de la cave et, accompagnés, furent conduits à la carrière. On avait ordonné aux hommes de mettre les deux mains sur la nuque, mais le père Louis avait refusé en disant :
         "Ce n'est pas à un français qui a fait la guerre 1914-1918 qu'un américain doit demander cela".

           Ils furent donc tous trois emmenés jusqu'à la carrière, vers 10 h1/2 et là ils retrouvèrent une cinquantaine d'hommes de l'entreprise TODT qui avaient évacué le château, du moins je suppose les ouvriers originaires de pays alliés, les cadres et les autres préférant suivre les Allemands.
           La troupe partit pour les rives du Ruquet, à Saint-Laurent vers 11 heures. Le parcours fut sans histoire et relativement facile, si ce n'étaient les épaves de matériel à contourner et la vue de nombreux cadavres de G.I. entassés sur le trottoir bordant la mer, surtout dans le secteur "DOG RED" (devant St Laurent) où ils étaient parfois sur quatre épaisseurs.
         Arrivés à Saint-Laurent, à la suite d'un ordre donné à leur insu au chef du convoi, on vint leur dire qu'ils pouvaient, tous trois, retourner à leur domicile de Vierville.
         Mais le trajet du retour fut tout différent du trajet de l'aller, un calvaire à la place d'une promenade. Les allemands avaient amorcé leur contre-attaque et des obus de mortiers et de canons de plus gros calibre tombaient au hasard  sur la plage; ils durent, maintes fois, s'aplatir en catastrophe, parfois à côté d'un cadavre, pour échapper aux éclats. Ils mirent ainsi plus de deux heures pour revenir à la sortie de plage de Vierville et regagnèrent leur cave peu avant le rassemblement des civils où ils n'étaient pas conviés (à 17h00).

(détails) Jeanne Coliboeuf

(détails) La famille Coliboeuf en 1947

 

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