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Le  PC  avancé  de  la  29ème  Division
s'installe  dans  la  carrière  de  Vierville, vers 18h00 le 6 juin




(détails) Gerhardt soucieux à bord du destroyer USS "Maloy" le matin du 6 juin



(détails) Le Général Gerhardt quitte le "Maloy" pour embarquer sur un LCS (Landing Craft Support), navire bien armé pour le soutien à courte portée des troupes à terre. On y aperçoit des chassis de roquettes vides et une mitrailleuse double de 12,7mm.

(détails)


(détails) Le PC avancé du Général Gehrardt dans la carrière de Vierville (à droite dans la descente). Un fil sommaire accroché à 2 manches à air de chars délimite la zône où sont les cartes (à gauche) et qui ne doit pas être approchée


(détails)

Le 6 juin le Général Gerhardt, Cdt. la 29ème Division, n'exerçait pas encore son commandement, car c'est la 1ère Division du Général Huebner qui coiffait toutes les  troupes US débarquées le 6 juin, et notamment le 116ème Régiment. Gerhardt ne devait prendre en charge ses unités que le 7 juin à 0h00.

Gerhardt et son état-major avancé faisait donc partie non pas de la Force "O", mais de la Force "B" dont le transport était assuré par 3 convois programmés pour arriver à Omaha à 15h30 et 16h30, le 6 juin et 06h00, le 7 juin.

La Force "B" a commencé à débarquer à 16h30 le 6 juin.

Gerhardt, qui était avec le Commodore Edgar (Cdt. la Force "B"), à bord du destroyer d'escorte USS "Maloy", a quitté ce destroyer à 17h05 et débarqué en fin d'après-midi à Vierville sur "Dog White".

Il était accompagné par son état-major restreint, son adjoint le général n'était pas là et on ne savait pas où il se trouvait. Le PC avancé de la 29ème Division a été installé sans délai dans la carrière de Vierville, côté Est de la descente, à 100m environ de la plage. (A 22h00, le Major Johns, informait le PC du 116ème RCT que le PC de division était localisé entre Vierville et la sortie de la plage, sur la droite de la route, dans la carrière de Vierville).

Lt Irwin, de la secion G3 (opérations) du QG de la 29ème:

"Il n'y a pas eu d'opposition quand nous avons remonté la vallée de Vierville et que nous nous sommes installés dans la carrière. L'échelon avancé (le Général Cota et son petit staff) était supposé être de l'autre côté de Vierville, mais aucune communication n'existait avec lui . Le PC provisoire a donc été installé dans la carrière. Un contact radio a été établi vers 22h00 avec l'échelon avancé, et Cota est venu à la carrière vers 02h00 du matin (7 juin). La décision de faire revenir l'échelon avancé (Cota) vers la carrière a été prise, et a été effctive à l'aube.

L'échelon avancé de la division, avec le général Cota, était à terre depuis 07h30, il était arrivé à Vierville par la falaise dès 11h00 avec la CieC/116. Il avait ensuite descendu le vallon de Vierville vers 13h00.

Toujours avec aide de camp, radio, et 3 gardes du corps, prenant contact au passage avec le Génie sur la plage puis avec les 2ème et 3ème Bat/116 à St-Laurent, il avait parcouru à pied la route jusqu'au Ruquet. Il avait rencontré au WN64 le Général Gerow, cdt le 5ème Corps, arrivé vers 20h30. Le Général Huebner, cdt la 1ère division, arrivé à 17h15, était en haut du vallon du Ruquet depuis 20h00.

Il a pu ainsi réunir des informations sur la situation encore incertaine, puis il est revenu à Vierville faire son rapport direct au Général Gehrardt qui a fait préparer les ordres pour le lendemain.
       
Gerhardt, optimiste comme d'habitude, pensait la situation bien en main. Ce soir-là il n'a toléré aucun pessimisme. Les récits tragiques de la journée sur la plage ont été oblitérés rapidement. Toujours concis, le général a résumé les leçons de la journée en 2 phrases: 

"Aucun compte-rendu de désastre ne devrait être autorisé. Ils sont toujours faux."

Cette nuit-là cependant, aucun contact direct ni par patrouilles n'existait entre la carrière et le PC de la 1°Division au Ruquet, et les liaisons radios étaient impossibles. (voir ci-dessous la mission donnée au capitaine Ballard vers St-Laurent)

"Dans la carrière, le Général Gerhardt était assit sur une caisse de rations C, il examinait les cartes et interrogeait les officiers de liaison." 

"Tonton Charlie" pouvait aussi voir de près les soldats de sa division remontant à pied la route vers Vierville. Une fois, Gerhardt a remarqué un homme mangeant une orange. Le Général a bondi de sa caisse, s'est précipité sur le soldat surpris et lui a passé un savon pour avoir jeté des pelures par terre. Le Général était un maniaque de la propreté (son chauffeur était parfois obligé de nettoyer plusieurs fois par jour la jeep)."             

Vers 20h00, le capitaine L. Ballard, officier de liaison du bureau S3 (Opérations), donc posté dans la carrière de Vierville, a reçu l'ordre de prendre contact avec la 1°Division en passant par St-Laurent.
Le capitaine Ballard raconte:

"J'ai demandé un volontaire pour m'accompagner, et le sergent-chef Ted Josephs s'est levé tout de suite. Après avoir reçu quelques instructions rapides du chef d'état-major, le sergent Josephs et moi nous sommes mis en route. Je me souviens que le sergent était armé d'un fusil, et j'avais une carabine et un pistolet. Je portai dans ma veste de combat une carte de nos positions telles que nous les connaissions à ce moment.

La nuit était très sombre. Vierville était cependant éclairé par des incendies non éteints. Nous avons remonté sans bruit la route vers Vierville et tourné à gauche au croisement, au centre du village. Cela nous a mis sur la route qui mène à l'est vers St-Laurent. Alors que nous étions à environ 400m après la limite du village, un chien a aboyé dans une ferme vers la droite. Nous nous sommes aplati à terre, sans bouger, un bon moment.


Après que le chien eut cessé d'aboyer, j'ai appelé en chuchotant le sergent Josephs et nous avons continué, progressant à moitié sur la route et à moitié dans le fossé qui la longe.

Au bout d'environ 1/2 heure  - il devait être bientôt 10 heures du soir - nous avions parcouru encore 400m je crois. Tout à coup, j'ai vu un homme couché tout près, à le toucher. De suite il a bondi et filé quelques mètres à droite. Immédiatement, j'ai entendu un coup de sifflet aigu et une volée de balles a sifflé dans notre direction.

Presque immédiatement 3 hommes sont venus vers moi. J'étais allongé sur le bord de la route. La chaussée était sombre, alors que les hommes s'approchant se distinguait sur le ciel. Quand je me suis jeté à terre, j'avais lâché la carabine, aussi, instinctivement j'ai sorti mon pistolet et j'ai fait feu presque à bout portant plusieurs fois et rapidement. 2 hommes sont tombés en criant. Je ne sais ce qui est arrivé au troisième. Tout s'est passé très vite. J'ai foncé en arrière à droite sur une bonne distance et me suis abrité dans un champ où j'ai repris mes esprits. J'avais perdu le sergent Josephs et j'ai pensé qu'il était tué ou capturé.

J'ai pensé que j'avais rencontré soit un point fortifié, soit une patrouille, et qu'il était plus important de rendre compte de la présence ennemie entre nous et la 1ère Division que de tenter de rejoindre cette 1ère Division. Je me suis efforcé de revenir rapidement à la carrière, où j'ai constaté que la liaison avait été établie par la plage avec des éléments de la 1°Division.

A l'aube j'ai détaché un char et je suis parti sur la route de Saint-Laurent pour rechercher le sergent Josephs. Au bout de 1500m environ, le sergent a sauté hors d'un fossé et m'a hélé. Je n'ai jamais été aussi heureux de ma vie. Il a raconté qu'il avait fait le mort pratiquement toute la nuit, non loin d'un groupe d'Allemands qu'il entendait parler. Les Allemands étaient partis juste avant l'aube."

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