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L'infanterie et les Rangers à Vierville l'après-midi du 6 juin


(détails) schéma des diverses pénétrations des falaises vers Vierville


(détails)
L'après midi et le soir




Témoignage du soldat Rocco Russo, Cie 7/116: "le Général Cota nous a installé le soldat Simmons et moi, dans le cimetière, à côté de l'église, où nous avons creusé un trou pour deux. Avec notre bazooka, nous étions postés pour protéger notre unité contre une possible attaque de chars allemands. Nous n'avions pas pensé à repèrer les environs avant la nuit. Quand elle est tombée, les ombres autour de nous se sont mises à bouger, nous étions inquiets, craignant que des Allemands rampent vers nous, nous avons essayé de dormir, mais notre épuisement n'a pas suffit à surmonter notre frousse. Le matin, on s'est rendu compte que les ombres étaient celles de 2 arbres du cimetière. On a ainsi appris une bonne leçon cette nuit là. Quand on s'enterre avant la nuit, bien repèrer la forme du voisinage."

 

 

 

 

 

Dans l'après-midi du 6 juin, quelques 700 fantassins et Rangers Américains se trouvaient dans Vierville et ses environs immédiats.
C'étaient essentiellement les 8 Cies de Rangers A à F/5Ran et A et B/2Ran, la Cie C/116, et des éléments épars des Cies B, D, F, G, H, K/116, qui ont été complétés en fin de journée par les survivants des Cies A/116 et C/2Rgr revenant de la plage et de la maison Gambier.

A part le 5ème Rangers et la Cie C/116, toutes les unités avaient subis de lourdes pertes (40 à 80% de leurs effectifs).
Les liaisons étaient difficiles, sinon inexistantes, faute de radios.
Il n'y avait ni chars (les chars restant du 743èmeBat. ont été bloqués sur la plage jusque vers 21h00), ni artillerie de soutien (aucune liaison radio avec les navires, ni avec le peu d'artillerie débarquée au Ruquet).
Le commandement, au PC du 116ème, isolé dans le quartier des Isles, ne pouvait vraiment les contrôle, sinon par coureur à pied.

Les ordres étaient pour les Rangers et le 1er bataillon de pousser vers l'Ouest, la Pointe du Hoc. Les Allemands de la compagnie 9/726ème (ceux de Gruchy, de la Percée) avaient installés un écran de défense efficace à l'Ouest de Vierville dans la matinée. Ni le 2ème Rangers et la C/116 attaquant à partir de 12h00, ni le 5ème Rangers arrivant vers 17h00 ne pouvaient le franchir faute d'armes lourdes.
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Voir à ce sujet les mémoires du maire d'Englesqueville, parti à vélo d'Englesqueville et qui a traversé les lignes Allemandes et Américaines pour se retrouver l'après-midi à Vierville avant de revenir à Englesqueville en passant par Louvières.

Aucun renfort d'infanterie n'était disponible, d'autant plus que le régiment de renfort, le 115ème Rég. avait débarqué au Ruquet vers 11h00 et était employé autour de St-Laurent toujours tenu par les Allemands.

Le colonel Canham a alors décidé de ne pas poursuivre son effort sur la route côtière vers la Pointe du Hoc, car le 5ème Ranger constituait sa principale force pour défendre Vierville, contre une contre-attaque venant du sud.

Le soir, après l'ouverture de la route venant de la mer, 23 chars survivants du 743ème Bataillon sont passé par le carrefour et sont venus se placer sur des positions dans Vierville et notamment derrière la CieC/116 près de la ferme de Normanville. Le tir de ces chars a répliqué plusieurs fois aux grêles de balles venant des positions Allemandes devant la Cie C/116.

Un des gros problème pour les Américains avait été de maintenir le rythme de leurs mouvements. La propension naturelle et inévitable des hommes (épuisés, ayant vécu l'enfer sur la plage et se retrouvant dans un calme relatif sur le plateau) était de penser qu'ils avaient gagnés un peu de repos, et qu'ils avaient finit leur job de la journée.
Enfin souvent les hommes arrivant dans une zone habitée avaient à leur disposition immédiate du cidre, ou même parfois du calvados.


Le sergent William Lewis du 116ème Rég. se souvient "essayant de rassembler mes hommes hors de Vierville. J'avais trouvé une grosse quantité de vin (cidre?) et nous avions tous bu."

L'absence de radio, le manque de cohésion des unités, la nature du terrain et l'isolement ont contribué à la perte de cadence. Chacun pensait que son groupe était le seul dans le coin, et c'était quelque fois le cas. 

Ces faiblesses et un terrain facile à défendre ont profité aux Allemands. Toujours, les groupes en progression sur le plateau tombaient sur des nids de résistance dans des positions préparées, généralement établies autour de nids de mitrailleuses enterrés le long des haies et avec de bons champs de tir. La localisation de ces positions était difficile à cause de la confusion créée par les tireurs isolés et il a fallu beaucoup de temps pour anéantir ces résistances avec les faibles armes disponibles. Les manoeuvres de  contournement entraînaient souvent l'éparpillement des groupes d'assaut et la perte progressive des liaisons.
Ces difficultés pour combattre dans un pays sillonné de haies n'étaient pas faciles à résoudre, en aucune circonstance, et encore beaucoup moins pour ceux dont c'était la première expérience. Bien que les Allemands n'aient jamais été concentrés en groupes importants, ils ont pu stopper l'avance américaine très rapidement. Les unités d'assaut ont combattu de façon désordonnée et surtout séparément.

Témoignages de fantassins du 1/116:
"Depuis midi jusqu'à la fin du jour J," raconte le soldat Harry Parley, du 116ème Rég., "je suis incapable de me rappeler chronologiquement ce qui m'est arrivé. Le reste de la journée est un fouillis dans ma mémoire, de courses, de batailles, de cachettes.

Nous étions comme une bande de hors-la-loi, généralement ne sachant pas où nous étions, rencontrant souvent d'autres groupes comme le nôtre, nous joignant ou nous séparant en fonction des circonstances, et toujours demandant des nouvelles de notre compagnie ou de notre bataillon."

Parley raconte aussi un incident de ce début d'après-midi. Il se déplaçait sur une route quand il a entendu le bruit caractéristique des chenilles, puis le coup de départ d'un canon allemand. "Terrifié, je me suis retourné, j'ai couru comme un fou et j'ai plongé dans le fossé de la route. Il y avait déjà dedans un vieux sergent dur-à-cuire, couché sur le coté comme sur un divan. Je lui ai crié: "C'est un char - qu'est-ce qu'on va faire maintenant?"

Le sergent, un vétéran de l'Afrique du Nord et de la Sicile, a regardé calmement Parley pendant quelques secondes, comme au poker, et lui a dit: "Du calme, mon vieux, peut-être qu'il va s'en aller." Bien sûr, il est parti.
Et en effet, une demi-douzaine de canons d'assaut sur chenilles "Marder" du 352ème Panzer Abteilung (Escadron blindé de la 352ème division) ont fait une tentative vers midi au Sud de Vierville. Repérés par l'aviation, attaqués par le "Texas", et insuffisamment accompagnés d'infanterie, ils ont fait demi-tour, probablement aussi rappelés pour aller appuyer la défense Allemande de Bayeux, très menacée par la percée Britannique.

Le soldat Paul Calvert, du 116ème Rég., après avoir décrit le chemin parcouru par sa compagnie vers Vierville a déclaré: "La fin de journée a vu notre groupe fatigué, démoralisé, désorganisé, et parfaitement incapable de toute action concertée. Les hommes étaient dispersés entre les positions capturées aux Allemands sur la falaise de Vierville et l'Ormel."

Témoignages de Rangers:

Dans l'après-midi, le lieutenant Jay Mehaffey, du 5/Ran, était aux limites Ouest de Vierville. Il avait perdu un homme passant devant l'ouverture d'une haie, à cause d'un sniper. A ce moment, un autre Ranger arriva sur la route avec 8 prisonniers. Mehaffey les fit s'aligner dans l'ouvert de la haie, les mains sur leur casque, et il put ainsi faire franchir le passage par ses hommes derrière les prisonniers.

"On n'avait pas le temps de s'occuper des prisonniers," dit-il. Aussi, une fois installé en sécurité, il fit signe aux prisonniers Allemands désarmés de continuer jusqu'en bas de la falaise où ils trouveraient bien quelqu'un pour se rendre.
"Nous avons été observés toute l'après-midi," se souvient le caporal Gale Beccue des Rangers. "Un homme se déplaçant seul attirait le feu des snipers, mais n'importe quelle concentration amenait les mortiers et l'artillerie. Nous tenions le village, mais en dehors de Vierville nous n'avions que des visions fugitives des Allemands."
Un Ranger disait: "Ils auraient pu nous balayer avec n'importe quel vieux balai-brosse."
Le lieutenant Francis Dawson, des Rangers, avait déjà gagné la DSC pour avoir sorti ses hommes de la plage. Quand il est arrivé à Vierville, son unité a été stoppée à l'ouest par une mitrailleuse. "Nous n'avons pas pu l'éliminer, alors nous avons reculé, sommes revenus sur la route de Vierville et avons essayé de la déborder. Mais la nuit est tombée, nous n'étions pas loin de Vierville et nous nous sommes enterrés."

Le Capitaine Raen, de la Cie de Commandement du 5ème Ranger Bon:

"Après avoir organisé notre défense et placé des sentinelles, j'ai ordonné aux hommes de s'enterrer. C'est à ce moment que j'ai pris conscience de ma plus grande erreur de la journée. J'avais laissé ma pelle de tranchée à bord du HMS "Prince Baudouin". 2 hommes se sont proposés pour me creuser un trou, mais non, je ne voulais pas en entendre parler. J'ai essayé avec mon casque, mais une argile compacte, vieille de plusieurs siècles, ne se laissait pas entamer. La nuit tombait, il fallait faire quelque chose. J'ai remarqué une meule au milieu de la cour de ferme. Une meule de foin, ça doit être chaud, le temps semblait se faire plutôt frais, le foin amortirait les projectiles, alors pourquoi pas? J'ai retiré un peu de foin, je me suis couché, j'ai remis du foin par dessus. C'était chaud. mais j'étais un citadin, pas un campagnard connaissant la différence entre un tas de foin et un tas de fumier. Je l'ai apprise en une seconde. Toutes les sortes d'insectes piquants français étaient sur moi, des centaines. J'ai bondi comme un ressort."



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