L'église avant la guerre

(détails)A gauche le presbytère, qui a été détruit avec l'église.


(détails) L'église détruite. L'escalier menant à l'étage des cloches était encore utilisable.


(détails) La petite maison appartenant aux Collières, à 100m au nord de l'église, détruite en même temps, elle aussi



le presbytère avec son toit crevé, vu du clocher de l'église

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La destruction du clocher de Vierville, le 6 juin à 14h15

En début d'après-midi à Vierville, l'isolement du colonel Canham était total. Sa seule radio en état était celle de l'officier de liaison du 743ème bataillon de chars, qu'il ne pouvait même pas joindre sur la plage. Canham reçut bien une aide de la marine - mais pas tellement utile -

A 13h50, un timonier du LCI 538, alors au large d'Omaha Beach, a envoyé un message optique au destroyer "Harding": " D'après une information des équipes d'observation à terre, croyons que le clocher est un observatoire d'artillerie. Pouvez-vous le détruire?"
Réponse du "Harding": "De quelle église s'agit-il?"
"Vierville" a répondu le LCI
"Ne voulez-vous pas parler de Colleville?"
"Le Colonel Houston (??) dit que non"
Le "Harding a insisté": "D'où tenez-vous cette information?"
Réponse: "Du Colonel Houston"
Le "Harding" a rendu compte de la demande au Commandement des Observateurs Avancés de la Force O. Celui-ci a répondu 5 minutes plus tard, accordant la permission de tirer sur l'église pendant 1 minute, indiquant par la suite que l'on avait déjà tiré sur cette église et que pas plus de 1 minute de munitions ne devaient y être consacrées. 
Le compte-rendu d'opération du "Harding" note, "A 14h13, ouvert le feu à 3200 yards (2900m) et démoli complètement l'église, utilisé 40 coups (de 127mm), tous au but."

Bien qu'un major Reed (inconnu parmi les troupes US de Vierville) des Rangers aurait indiqué par la suite au "Harding" que 4 mitrailleuses Allemandes étaient dans le clocher, il semble bien que l'information ait été complètement fausse. Il était évidemment impossible d'installer 4 mitrailleuses dans le clocher et à cette heure, les Américains contrôlaient le centre de Vierville, et n'ont certainement pas demandé sa destruction.

(Souvenirs de Jeanne Coliboeuf, rapporté par Michel Hardelay)
"Jeanne entendit le tintement des cloches lorsqu'elles tombèrent avec la flèche du clocher et dit à son mari: "Tu n'auras pas à sonner l'Angélus et probablement ceux à venir pendant longtemps". 


(détails)
Le "Harding" devant Vierville

Timonier 3d Class Albert J Berard, LCT 538.
"Les batteries côtières tiraient sur nous avec une grande précision jusqu'à ce que notre skipper me rejoignit et me donna l'ordre d'utiliser la lampe pour avertir le destroyer USS Harding pour lui demander de détruire le clocher de l'église du village de Vierville (13h50). Nous suspections que les Allemands utilisaient ce clocher comme poste d'observation. Après avoir reçu l'accord des hautes autorités, le Harding est venu si près que nous pensions qu'il allait toucher terre. Nous pouvions voir les canons tourner dans la direction et le bombardement du clocher a commencé (14h15). Après tout le monde a pu voir le résultat. Les canons ont bombardé sans aucune précision."

L'incident est caractéristique du Jour J (et même des combats ultérieurs en France) sous plusieurs aspects. Chaque fois que  les Américains recevaient des obus, ils étaient convaincus que les Allemands utilisaient les clochers voisins comme observatoires, et ils s'employaient à les abattre. Quelquefois ils avaient raison, mais souvent ils avaient tort. En tous cas, beaucoup de clochers en Normandie furent ainsi détruits.
Dans le cas de Vierville, le village était tenu par les Américains (mais ni le "LCI 538", ni le Commandement des Observateurs Avancés, ni le "USS Harding" ne le savaient)  et aucun des Américains qui étaient sur place ne pensait que le clocher abritait un observatoire.

La réponse à la question de savoir si tous les coups ont été au but peut être facilement discutée. Il est certain que l'église a reçu de nombreux obus (elle était presque entièrement détruite), que le presbytère voisin a reçu plusieurs obus dans son toit, et que la maison des Collières, 100m en avant a aussi été détruite. 

Les obus qui ont tués des civils dans le village (à la boulangerie) ont été tirés à 6h00 avec la préparation d'artillerie avant le débarquement. 
Les G.I.américains ont subi aussi quelques pertes dans le village à cause du tir des navires et notamment une salve de canons de marine a tué un Ranger et
a blessé 2 hommes du Command Group 116, qui se trouvait juste au sud de l'église. Il est probable que cela s'est passé au moment du bombardement de l'église.

Des contradictions de témoignages, même directs et oculaires, sont monnaie courante dans le cas des combats du 6 juin à Vierville. Ces témoignages sont déformés par les circonstances : - groupes ignorants de ce qui se passe à côté - absence de radio - groupes isolés - stress du combat, etc.