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Le 5ème bataillon de Rangers,  quelques témoignages 

(extraits livre S. Ambrose)
"Sur la plage, le général Cota a commencé à encourager les hommes et les petits groupes à bouger, en leur disant: "Ne vous faites pas tuer sur la plage, si vous  devez mourir, allez sur la falaise, mais partez d'ici ou bien vous êtes sur d'y rester définitivement". Au capitaine  Raaen (de la cie de commandement du 5ème Bataillon de Rangers), il a dit, "vos hommes sont des Rangers, je sais que vous ne lâcherez pas"
Cota alla  trouver le Colonel Schneider (commandant le 5ème Bataillon de Rangers) à son PC sur le talus de galets. Cota restait debout; Schneider aussi.
D'après un témoin, Cota a dit: "Nous comptons sur vous les Rangers pour ouvrir la route." Le sergent Fast, interprète de Schneider, se souvient de Cota disant: "J'attends des Rangers qu'ils ouvrent la route."
Quoique Cota ait dit exactement, la devise des Rangers est devenue: "les Rangers ouvrent la route"  ("Rangers lead the way"). C'est une bonne devise, bien gagnée, mais comme elle implique que les Rangers soient passés devant, elle a besoin d'une mise au point.

Les Rangers ne pensaient pas avoir besoin d'un coup de pied du général Cota pour avancer. "Il n'y avait pas ou peu d'appréhension pour traverser les barbelés et monter dans la colline," se souvient le caporal Gale Beccue de la compagnie B/5Ran. "Nous avions fait cela tant de fois à l'entraînement que c'était une habitude."  Un soldat et lui ont fait leur travail, ils ont placé une perche explosive "bangalore" sous les barbelés, ont ouvert un passage, puis ils se sont avancés. Ils n'ont rencontré que peu d'opposition: "Les Allemands avaient dû se replier pour préparer des positions en arrière." Pendant ce temps, l'artillerie allemande se concentrait sur les navires suivants (les LCI 91 et 92), rendant la plage "bien pire que quand nous y avions débarqué."

Quant à la devise des Rangers qui voudrait que ceux-ci aient ouvert la route au 116ème Rég., il faut bien convenir que la première compagnie organisée à être montée sur la falaise de Vierville est la compagnie C/116. Au moment ou les Rangers débarquaient, beaucoup de groupes du 116ème étaient déjà partis. Ils ont précédé les Rangers.
C'est un détail, les Rangers n'avaient certainement pas l'intention de minimiser le rôle du 116ème quand ils ont adopté leur devise, mais le fait est qu'elle choque certains survivants du 116ème Régiment.

Comme le capitaine Raaen franchissait les barbelés en conduisant ses hommes, il se souvient, "Il y avait là le petit Tony Vullo, le plus petit du bataillon, couché dans les ruines d'un petit fortin, les pantalons abaissés, et en train de se faire soigner les fesses blessées par une balle." Il avait été touché par un seule balle qui avait traversé ses 2 fesses en y laissant 4 trous séparés. "Naturellement, les gars se moquaient de lui en passant à coté."

Pour certain, grimper la falaise s'est fait en toute sécurité. Le lieutenant Dawson et sa section de la compagnie D/5Rgr étaient dans ce cas. Il a atteint le sommet, s'est dirigé parallèle à la cote le long de la crête, tirant ou jetant des grenades sur les Allemands dans les tranchées en dessous.
En grimpant, la compagnie de QG du capitaine Raaen a été bloquée par les tirs d'une mitrailleuse. Le lieutenant Dawson a vu d'où ça venaient. Elle était à 75m, sous la crête de la falaise, tenue par 2 hommes. Dawson a fait avancer son tireur au fusil-mitrailleur BAR, mais les Allemands l'ont aperçu et l'ont tué.
Dawson a repris le BAR, attaquant la position en tirant l'arme à la hanche. Les 2 Allemands terrifiés ont sauté hors de leur fortin et ont fui vers le haut de la falaise mais Dawson les a abattu tous deux.

Cela a dégagé Raaen. Il est monté, rencontrant beaucoup de fumée d'herbes et de broussailles. "Mon capitaine, on peut mettre les masques?" ont demandé ses hommes.
Raaen doutait que cela soit utile, mais avec réticence il a accepté. Comme la fumée épaississait, il a décidé de mettre le sien. Il a ôté son casque, l'a mis entre ses genoux, de la main gauche a ouvert le couvercle du sac et en a sorti le masque. Il avait oublié les pommes et les oranges qu'il y avait coincées: elles ont dégringolé dans la pente.
Il a mis son masque, aspiré un bon coup, "et je me suis presque évanoui. J'avais oublié de retirer le bouchon d'entrée d'air. J'ai du enlever le masque, aspirer encore 2 fois de la fumée, remettre le masque, enlever le bouchon avant de pouvoir respirer facilement. J'ai repris mes esprits, et me suis avancé de deux pas et je suis sorti de la fumée. J'étais si furieux que j'ai gardé le masque encore 4 ou 5 mètres pour me punir d'avoir faibli en mettant ce masque."

Le soldat Carl Weast
a entendu crier "Gaz!" . Weast a mis son masque mais il avait la visière fendu et il a pu se rendre compte par l'odeur que ce n'était que de l'herbe qui brûlait, "alors j'ai arraché ce satané masque et je l'ai jeté. 
C'est la dernière fois de la guerre que j'ai porté un foutu masque." 
Le soldat Weast était furieux. Il voulait savoir "Où était donc passée l'aviation qui aurait dû tout bouleverser? Je ne vois pas un seul cratère de bombes, nulle part! Je n'en ai vu nulle part."

Le capitaine Raaen avait déjà appris sur la plage qu'il fallait donner quelque chose de précis à faire à des hommes qui ont peur. Quand il est monté sur la falaise, il a appris quelques autres leçons: ne pas faire une confiance aveugle aux renseignements et ne pas se faire des idées sur un terrain qu'on n'a pas vu soi-même.
"Quand nous avons examiné les cartes et les modelages de la Normandie," raconte Raaen, "nous avons vu les haies entourant les champs. Bien sûr, nous connaissions les haies anglaises." Comme pratiquement tous les autres officiers, Raaen supposait que les haies française étaient comme les anglaises - basses, compactes, construites aussi bien pour barrer que pour sauter par dessus à la chasse au renard. Les photos aériennes ne donnaient pas la hauteur des haies.
"Dès que nous sommes arrivés sur le plateau, nous avons vu que les haies françaises étaient différentes. En France les haies forment un tas de terre de 2 à 4 mètres de haut, avec d'épaisses broussailles dessus, des grosses racines et c'était de véritables barrières. On ne pouvait pas traverser une haie. On pouvait y grimper et se retrouver coincé au sommet dans une jungle de ronces, de troncs, de racines, de branches, de tout, quoi!"  En général, il n'y a qu'un seul passage, pour permettre au fermier d'entrer avec ses vaches et son matériel, mais les passages étaient gardés par des feux de mitrailleuses.
"Les Allemands creusaient dans une haie, plaçaient une mitrailleuse dedans, puis découpaient un meurtrière vers l'avant, lui procurant un champ de tir et une protection totale. On ne pouvait même pas voir d'où ils tiraient."
Finalement les Américains ont appris à combattre dans cet environnement. Mais les méthodes, avec des chars spécialement équipés, n'ont été mises au point qu'après 2 semaines de combats. Et d'ailleurs il n'y avait pas de chars sur la falaise de Vierville le 6 juin.

Quand Raaen installa son PC de compagnie dans un champ devant Vierville, il a subi des tirs d'artillerie. Il a appris rapidement une autre leçon. "Au bout de 5 minutes de tirs d'artillerie, vous apprenez quand vous devez plonger et quand vous ne devez pas. Vous pouvez savoir d'après le bruit de l'obus qui arrive où il va frapper. Si vous êtes à 50m, c'est trop compliqué de se jeter par terre. Vous continuez à marcher. Naturellement si ça doit tomber plus près, vous vous aplatissez et vous priez."

Comme le colonel Schneider grimpait dans la colline, il a croisé une colonne de prisonniers Allemands. Schneider a dit à son interprète, le sergent Fast, de voir ce qu'il pouvait en tirer. Fast n'avait pas été entraîné pour ça, mais il s'est débrouillé.
"J'ai choisi le plus jeune, le plus timide en apparence, le plus bas en grade des boches."  Après quelques menaces, il fut coopérant. Le prisonnier  a donné la position des champs de mines et indiqué des fortifications cachées dans la falaise. Il dit qu'il n'y avait pas d'Allemands dans Vierville (ce qui était vrai), mais qu'il y en avait "beaucoup" dans l'intérieur.

Pendant que Raaen établissait un contact avec la compagnie K/116, le colonel Schneider a poussé son 5ème Bataillon de Rangers à traverser la route de Saint-Laurent à Vierville, avec l'intention de contourner Vierville par le sud pour rejoindre la Pointe du Hoc. Mais les compagnies de tête ont été bloquées par des tirs de mitrailleuses venant des haies au sud de la route. 3 fois Schneider essaya de les déborder, seulement pour être arrêté par d'autres.
"Nous sommes tombés sur le plus inextricable réseau d'Allemands jamais vu," se souvient le soldat Donald Nelson. "Nous étions cloués au sol sans pouvoir bouger." Le colonel Schneider est arrivé pour voir ce qui se passait.
"Des tireurs embusqués," a répliqué Nelson.
"Vous ne pouvez pas les avoir?" a demandé Schneider.
"Non, mon colonel, on ne peut même pas les voir," a répondu Nelson.
Schneider a enlevé son casque, l'a perché sur un bâton qu'il a levé.
"Dès que le casque s'est montré au dessus de la haie," dit Nelson, "les snipers tirèrent dessus. C'est comme cela que l'on a pu en avoir quelques uns."

Nelson était tout à fait "en tête sur la ligne de front." Il voulait en savoir plus, aussi il a rampé avec un copain sur la haie, "nous avons enlevé nos casques et nous avons vu un groupe de 5 Allemands installant une mitrailleuse juste en face, à une dizaine de mètres. Nous n'avons pas bougé, les observant. Ils ont terminé la mise en place, armé la mitrailleuse avec une balle dans le canon. J'ai  fait signe avec mon pied à mon camarade, il a répondu de même et on les a allumés. J'ai couvert mon camarade qui est allé voir s'ils étaient morts, ils l'étaient."

Récit du Sergent Vic Miller, 5th Ranger Bon

Jour J 1944. - Je ne me souviens pas très bien être monté sur les navires de transport. Nous étions sur 2 bateaux Britanniques qui nous ont fait traverser la Manche. Je ne me souviens même pas du nom du mien parmi les 2 cités dans mes notes. En tous cas, nous étions à bord. Les péniches d'assaut, les LCA, étaient suspendues aux bossoirs autour du transport. Dans mes souvenirs on nous avait dit qu'ils seraient descendus bien au delà de la position qui nous aurait permis de monter dedans directement, de peur qu'on ne puisse plus ensuite les descendre, et donc nous devrions descendre par les filets le long de la coque. En fait nous sommes montés dans les LCA en position haute, et ils ont été ensuite descendus avec nous à bord, pour être mis à l'eau.

Mais avant tout, je me souviens bien qu'ils nous ont donné un bon petit déjeuner avec des œufs au plat et c'est tout ce dont je me souviens. Je ne me souviens pas de ce que je portais comme vêtements. Je suppose qu'il s'agissait de nos treillis, mais je ne peux en jurer. Quoi qu'il en soit, je suis sûr que j'avais une veste de combat légère, probablement de treillis, nous avions tous aux Rangers des bottes de parachutistes. Mon équipement personnel comme sergent de Section comportait un fusil M1, donc j'avais une ceinture avec toutes les munitions pour M1. J'avais des jumelles, un coupe-barbelés à la ceinture. J'ajoute que je portais les jumelles dans le dos entre les poches de munitions M1, plutôt que en bandoulière. Le coupe-barbelés était accroché à une poche. J'avais un lance-grenade dans une poche suspendue à la ceinture. J'avais ma gourde à la ceinture. J'avais une boussole à la ceinture. J'avais une trousse de secours à la ceinture. Nous avions des couteaux de combat. Je le portais à ma ceinture de pantalon plutôt qu'à la ceinture de munitions. Et j'avais une baïonnette, sûr, mais elle était sur le sac à dos. Nous portions des sacs légers, je me souviens, sans nos couvertures. C'était l'équipement standard de toutes façons. J'ai oublié de mentionner un outil très important, une pelle de tranchée. Nous devions bien sûr prendre des masques à gaz, nous les avions. J'avais aussi une montre Hamilton 17 rubis, fournie à chacun, et nous avions un couteau automatique de para, dont la lame sortait en appuyant sur un bouton. C'est tout ce dont je me souviens de l'équipement personnel que je portais. Naturellement dans le sac, il y avait une toile imperméable, des gamelles et des couverts, les choses essentielles. Et ensuite on a mis des brassières de sauvetage, et finalement on est monté dans nos LCA qui ont été descendus et on fait route vers la côte. On nous avait donné 2 sacs pour vomir, et dans mes souvenirs, sur 30 et quelques hommes, seulement 2 ne s'en sont pas servi. Probablement tout le monde s'est servi des 2. Mais certainement ils ont été largement utilisés, et je peux dire que, serrés comme nous étions, il n'y avais pas de place pour s'appuyer solidement, alors si quelqu'un était malade, s'il n'avait pas de sac, il n'avait plus qu'à vomir dans le cou de celui qui était devant, et ce n'était pas agréable.

Alors on est parti, et ça remuait. Les péniches roulaient et tanguaient beaucoup, cela contribuait au mal de mer qui assaillait la plupart d'entre nous. Alors on a avancé vers la côte, et en approchant, elle ne ressemblait pas à ce que nous attendions. Il y avait de la fumée. Apparemment l'herbe brûlait, après tous les obus envoyés, et comme nous arrivions plus près, ce n'était pas très engageant, on voyait des traçantes descendant sur la plage, cela voulait dire que des gens tiraient sur la plage, que s'ils tiraient, d'autres allaient être touchés et c'était nous qui y allions.

En tous cas, comme nous arrivions de plus en plus près, on voyait de plus en plus de détails. Il y avait les obstacles, ces triangles d'acier pointant avec leurs mines accrochées, cela apparaissait terrifiant. Et, naturellement, comme j'ai déjà dit, les balles volant toujours sur la plage. On pouvait voir les balles traçantes, les arrivées d'obus, et comme avancions vers le rivage, nous sommes finalement arrivés au point où le patron Britannique de notre péniche a dit: "On a touché, on a touché" . Il a fait tomber la rampe, et notre Lieutenant, le Lieutenant D. Anderson, je crois, a dit "Tous dehors" et a disparu sous les vagues. Quelqu'un devant l'a rattrapé et ramené à bord. Je crois que c'est le Sergent Charles Vandervoort qui a simplement mis son Thomson Gun sur le ventre du patron et lui a dit: "Je crois qu'il vaut mieux nous amener à terre!" Je peux dire que notre bateau, dans ces conditions a été celui qui s'est approché le plus près du sable parmi tous les autres, parce que nous sommes sortis avec de l'eau pas plus haute que les genoux! Je ne blâme pas cet équipage; dès que nous sommes sortis, ils ont pu faire marche arrière et se tirer de cet assez mauvais coin.

En même temps, en commençant à débarquer, j'ai remarqué que le 2ème bateau de notre Compagnie n'était pas aussi chanceux que nous. Ils n'ont pu débarquer avec de l'eau aux genoux, mais à la taille, et comme j'attendais mon tour de sortir, j'ai remarqué un des hommes de la section de cet autre bateau, mon copain avec des problèmes de filles Georges, qui n'était pas très grand, qui était chargé de munitions de mortier, a sauté avec de l'eau jusqu'aux épaules et ne pouvait plus bouger. Alors le Sergent Beccue, qui a assez mauvais caractère, s'est précipité, l'a attrapé et traîné jusqu'à la plage.

Pendant ce temps, nous sortions de notre LCA, et sans plus d'ennui, nous avons avancé rapidement et nous nous sommes allongés sur des galets au dessus du sable. On nous a dit d'attendre que les officiers se réunissent et décident de la suite. Pour décrire la scène, on pourrait remarquer que la marée montait vite. Il y avait quelques blessés, dispersés là où ils étaient tombés, certains assez loin, le sable se transformant en bancs de plus en plus petits avec la marée montante ils criaient en demandant de l'aide. Il n'y avait pas grand chose de possible de notre point de vue.

Les chars avaient été gréés avec des systèmes de flottaison - on en avait vus avant - avec des jupes de toile relevable, et des hélices. Ils devaient sortir en mer de leur LCT et se diriger avec leurs hélices vers la plage, prêts à combattre. Le problème, d'après ce que j'ai compris, c'est qu'ils ont coulé dans la mauvaise mer, alors il n'y avait que peu de chars sur la côte. L'un d'eux roulait d'un côté ou de l'autre, mais semblait ne rien faire, sinon risquer d'écraser des blessés ne pouvant s'écarter.

Bref, nous avions envie de partir, mais j'étais là allongé près du secrétaire de Compagnie , John Spurlock, et je me souviens, alors que nous étions à côté l'un de l'autre, que John prenait soigneusement les galets un par un sous lui pour les placer à côté, enfonçant ainsi son corps de plus en plus. Ce n'était pas une mauvaise idée.

Finalement ils ont décidé ce qu'il fallait faire, que le secteur n'avait pas été occupé par l'infanterie arrivés une heure avant. Ils étaient toujours là sur la plage au lieu d'avoir établi une tête de pont, y compris la route au dessus que nous aurions dû traverser et que notre mission serait de prendre cette tête de pont. Alors quelqu'un a mis un Bangalore sous les barbelés qui s'étendaient là - il y avait une sorte de parapet et une barrière avec de nombreuses lignes de barbelés. Finalement ils ont fait exploser le Bangalore et créé une brèche. Nous avons alors commencé notre ascension dans la pente très raide, toujours obscurcie par la fumée. Nous sommes monté, avec des hésitations naturellement, ne sachant pas ce qui nous attendait. Cela pouvait être la mort. Néanmoins on montait, suivant des sentes. Il y avait des panneaux partout : "Achtung! Minen!" et c'est possible que cela ait été miné, et alors on aurait sauté en continuant. Pourtant il fallait y aller!

Soudain, je n'ai plus vu un des rangers de mon peloton - il y en avait 2 à ce moment - il en manquait un, je suis redescendu en bas où je l'ai retrouvé: "qu'est ce que vous faites là en bas?" " Bon, on nous a dit qu'il y avait des mines là-haut" J'ai dit "C'est dur, mais on y remonte" et on a continué. Et soudain, j'ai vu je ne savais pas quoi exactement. C'était en fait un Allemand mort, mais je n'avais jamais vu un mort comme ça avant. Il était allongé dans son uniforme, la peau cireuse, et j'ai pensé, ça doit être un mannequin que quelqu'un a installé là. Si je le touche il va probablement exploser, c'est probablement un piège. Telles sont les pensées qui vous viennent quand on voit ça pour la première fois.

Mais nous avons continué à monter et avons atteint finalement le sommet de la colline. Nous avons atteint la route côtière qui va à Vierville et St-Pierre-du-Mont. Nous sommes restés là un moment et soudain avons entendu 4 ronflements, 4 roquettes (Les Nebelwehrfer de Saint-Laurent) - je n'aime pas trop ces armes spéciales - qui sont passées au dessus de nous et sont arrivées sur la plage, nous pouvions voir la plage, et un LCI là, en train de débarquer ses troupes par ses escaliers latéraux - je ne sais pas comment cela s'appelle - et soudain tout s'enveloppé de flammes. J'ai entendu dire qu'un obus avait touché un soldat chargé d'un lance-flammes, en tous cas tout a simplement disparu dans les flammes. C'est le genre de choses qui arrivait. Ils continuaient à bombarder la plage, et ces roquettes s'abattaient là bas, nous étions heureux d'être au dessus. Alors on a continué et traversé la route côtière. J'étais plutôt à la queue de la compagnie. La compagnie comprenait 65 hommes, pas une très grosse compagnie, aussi elle ne s'étalait pas sur une grande distance, mais ils avançaient à côté d'une sorte de fossé le long d'une haie. A ce moment le Cdt du bataillon, le Lt-Colonel Schneider est arrivé, je l'ai entendu, c'était très intéressant. Apparemment, nous étions supposé recevoir l'appui en quelque sorte d'un groupe d'artillerie. Un Lieutenant quelconque est arrivé pour voir le Colonel et lui rendre compte qu'ils n'avaient pu mettre à terre qu'un seul canon, et le Colonel a dit "Bravo, on va pouvoir tirer là devant" et le Lieutenant a répondu "Désolé, mon Colonel, mais c'est trop près. Nous ne pouvons tirer à une aussi courte portée. Nous pouvons tirer plus loin." Alors ça n'aidait guère.

Il devait y avoir 2 Compagnies du 2ème Bataillon de Rangers pour appuyer le 5ème Rangers. 3 compagnies du 2ème attaquaient la Pointe du Hoc. 1 Compagnie attaquait le point fortifié de la Pointe de la Percée d'où l'on tirait beaucoup sur la plage. Et 2 Compagnies devaient nous accompagner sous les ordres de notre Colonel, et dans mes souvenirs, quand ils sont venus au rapport, ils n'étaient que la valeur d'une section pour les 2 Compagnies. Et nous avons appris qu'un des LCA de la Cie F avait coulé. Heureusement il s'est avéré que les hommes étaient passés sur un autre navire et qu'ils étaient finalement venus à terre. Comme mon copain Harry Vogler, avec qui je m'était engagé dans les Rangers, était dans ce groupe, j'ai été heureux de l'apprendre plus tard.

En tous cas, on était là. Et ensuite, ils ont demandé des tirs de mortier, alors on en a installé un et on a tiré quelques coups, là où une contre-attaque était supposée, et au moins ça a aidé à la repousser. Ensuite, ils ont dit qu'il fallait entrer dans Vierville et prendre le village. Alors on s'est déplacé. Nous étions à l'Est, comme je m'en souviens, et nous avons traversé le village en essayant de trouver des snipers ou d'autres Allemands cachés, en fait on a finit la journée comme ça. On a terminé de l'autre côté du village, côté Ouest, dans une sorte de périmètre, c'était le soir, on nous a dit de nous enterrer là pour la nuit, alors j'ai creusé une tranchée allongée et assez profonde, je m'y suis couché, après je suppose le jour le plus long!

En tout cas j'ai dormi. Bien sûr, nous avions des sentinelles. J'ai été réveillé tôt le matin suivant (7 juin) par le Capitaine appelant "Baseplate - Plaque de Base!" C'était le surnom qui m'avait été donné par le 1er Sergent pour un motif compris par tous ceux qui ont connu l'Armée. - (dans une section de mortiers, celui qui transporte la plaque de base doit seulement avoir un dos solide, il n'a pas besoin de savoir autre chose!) - "Plaque de base, est-ce qu'il y a de la place pour moi dans ta tranchée?" "Non, mon Capitaine" j'ai répondu" , "Alors, il vaut mieux que tu viennes par ici". Je suis sorti du trou, j'ai pris mes affaires et j'ai sauté jusqu'à lui, parce qu'on pouvait bien nous tirer à tout instant. Il m'a dit qu'il fallait revenir et nettoyer Vierville de nouveau, apparemment des snipers étaient revenus pendant la nuit. Nous sommes revenus, et il y a eu quelques opérations instructives. A un certain moment, j'étais accroupi car j'avais un petit problème avec un sniper. On se tirait dessus et chacun de nous deux ne savait où était exactement l'autre. Alors un Américain venant d'arriver de la plage et de derrière un mur a appelé: "Sors et viens ici!" "Je ne peux pas bouger, je serais tué" "Alors, je vais lancer une grenade par dessus le mur" Cela ne me semblait pas opportun, et heureusement j'ai réussi à lui faire changer d'idée.
Il faut ajouter que, étant étudiant diplômé en horticulture, j'avais bien remarqué des fraisiers, et plus tard dans la journée, je me suis assis pour en manger! Ce n'était pas exactement ce que j'étais censé faire, mais il y avait de plus en plus de nouvelles troupes à terre ce jour-là, et c'était grandiose de voir les ballons de barrage. Chaque navire avait un ballon pour empêcher les avions ennemis de descendre les mitrailler, c'était grandiose, mais on ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait tant de monde au large, tant de navires et si peu de gens à terre. La nuit précédente, cela avait été inquiétant de constater tous ceux qui n'étaient pas là et qui auraient dû. Heureusement, on a pu tenir, avancer et ainsi de suite.

Je n'ai que des souvenirs vagues du 6 juin. Ils subsistent, après toutes ces années, affaiblis. C'était un jour exceptionnel. Je ne me souviens pas avoir eu réellement peur. On avait été entraîné pour cela, je voulais y participer. J'ai failli le manquer pour avoir été hospitalisé et réaffecté. Après le Dépôt, je n'étais pas en aussi bonne forme qu'avant, après tout ces entraînements rigoureux. Mais c'était une étrange impression que de vouloir participer au jour J. ce n'était pas rationnel, mais je ne regrette pas. Peut-être ceux qui ne s'en sont pas sorti le regrettent, j'en suis sûr. C'est la vie. Voilà mes souvenirs du 6 juin. Les choses ont peut-être été plus passionnantes et plus dures les jours suivants, mais c'est ce qui m'est arrivé personnellement le 6 juin.

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