Plan du WN70


(détails)schéma des diverses pénétrations des falaises vers Vierville


(détails)vue du WN70, vers l'Est les villas à moitié démolies, au premier plan la casemate en construction


(détails) La position pour un canon de 75 non protégé


(détails) falaise dans le secteur Dog Green, à gauche les cyprès de la villa Hardelay


(détails) Secteur Dog Green, WN70


(détails)Les Rangers sont entrés dans Vierville par le Hamel au Prêtre

(détails) L'épicerie Dumont au début de la rue du Hamel-au-Prêtre 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les Cies A et B/2Ranger, associées à une section de la Cie D/116 neutralisent la zone fortifiée WN70
au dessus de la villa Hardelay puis entrent dans Vierville

Après leur débarquement difficile sur l'Est de Dog Green, une moitié seulement des Compagnies A et B du 2ème bataillon de Rangers avaient réussi à atteindre l'abri du front de mer vers 7 h 40 (entre les villas Hardelay et Robert Lebrec).

Quelques chars, tirant sur les emplacements ennemis, étaient éparpillés le long de la plage, mais les Rangers n'ont pas vu d'autres troupes et ont eu l'impression d'être seuls sur la plage, et pourtant à moins 500 m sur leur gauche, le 5° Bataillon de Rangers prenait pied sur une plage déjà surpeuplée par l'infanterie d'assaut du 116ème Régiment. 

Dès qu'ils ont pu atteindre le talus de galets, ces 60 hommes se sont précipités sur la route de promenade et se sont abrités dans les buissons entourant les villas démolies qui s'alignaient le long de la plage.

La section la plus à l'ouest, composée de 18 Rangers de la Compagnie B/2Rgr s'est dirigée vers la droite et, se collant au pied de la pente, a fait quelques centaines de mètres vers la vallée de Vierville, avec l'intention de l'emprunter, suivant leurs instructions. En s'avançant ainsi, ils ont subi des tirs intenses dans un espace découvert à l'Ouest de la villa Hardelay et sont revenus sur leurs pas.


Pendant ce temps, les Rangers de la Compagnie A/2Rgr et le reste de la B/2Rgr, après avoir traversé la route par petits groupes commandés par des sous-officiers, avaient
progressé au-delà des villas et grimpaient dans la falaise en plusieurs endroits
A cet instant, ils ont été rejoints par une section de mitrailleuses isolée de la Compagnie D/116, commandée par le Lt Morse. Les Rangers et morse ont convenu de continuer ensemble, en s'appuyant mutuellement.
3 chars DD les ont beaucoup aidé à réduire au silence le point fortifié WN70 qui était audessus d'eux.

Voici le témoignge du Lt Morse, recueilli par le Lt Shea.


Le Lieutenant Vern Morse et sa section d'armes lourdes de la CieD/116, programmée pour soutenir la Cie C/116 dans l'intérieur, n'avait pas non plus abordé au bon endroit. Ils se sont retrouvés en dessous du WN70.
Dans son témoignage Morse indique que ses hommes étaient à l'ouest du LCI (le LCI 91) qui avait été touché avant même que ses hommes aient abordés. Pour se situer plus exactement il remarque qu'un autre Landing Craft était échoué sur la plage à sa droite et qu'il pensait que ce n'était pas un LCI. (probablment un LCA, immobilisé au milieu de la plage)
Morse et ses hommes se sont dépêchés de remonter la plage dès que la bateau a talonné et que la rampe a été abaissée. Il ne se souvient pas s'il y avait une murette en bois ou non. En tous cas sa section d'armes lourdes s'est déplacée de suite légèrement vers la droite et a atteint une sorte de croisement sur la route de promenade asphaltée qui courait le long de la plage. (une entrée de villa?)
Il ne leur a pas été nécessaire de s'occuper de barbelés. Soit il n'y en avait pas, soit les roquettes du bombardement préalable les avaient soufflés.

Morse se souvient bien du point où lui et ses hommes ont traversé la route. C'était là où il y avait plusieurs maisons avec un mur de jardin devant (la base avait 60/90cm de hauteur, surmontée par des piquets et un grillage. Le tout faisait environ 2m de haut, interrompu par une entrée charretière à l'ouest du coin du mur (cela ne permet pas d'identifier l'endroit, la plupart des villas de la plage étant ainsi clôturées)
Alors que ses troupes traversaient le milieu du groupe de maisons, Morse a rencontré un lieutenant des Rangers (ceux des Cies A/B-2RAN) avec quelques hommes autour de lui. Il disposait ses Rangers, leur indiquant où passer pour grimper la falaise
Le Lieutenant Rangers a demandéà Morse son objectif. "Gruchy, je devais soutenir la Cie C/116 qui doit y aller aussi" répondit Morse.
"Bon, maintenant vous me soutenez," dit le Ranger en souriant, "nous allons tous les deux à Gruchy"
Morse a donné son accord et il est retourné vers ses hommes pour les instructions à donner. (Il n'était pas sûr, mais il pensait que le nom de l'officier Ranger était "King").
5 Rangers ont été envoyés en couverture par le lieutenant des Rangers. Leur mission était d'atteindre d'abord la crête, puis de couvrir le reste de la colonne qui grimperait vers le plateau.

Morse raconte que les 5 Rangers ont été suivis à 150/200m par le reste de la colonne des Rangers et de sa section. Une résistance des positions Allemandes sur la crête (le WN70) a tué 2 des Rangers, en a blessé 2 autres, le dernier s'est immobilisé près de la crête.

Morse et le Lieutenant des Rangers ont discuté rapidement. Ils ont convenu qu'il fallait attaquer cette position. D'abord leur secteur affecté était à droite. Ils ont compris qu'ils avaient atterri trop à l'est et que cette position allemande  sur le sommet était une menace sérieuse pour la sécurité des hommes qui avaient débarqués ou allaient débarquer en dessous sur la plage.

Virant franchement vers la droite, le groupe mixte a attaqué les positions et le nid de mitrailleuse qui étaient enterrés et camouflés sur la crête.
Les armes lourdes ont été laissées en arrière et le groupe s'est avancé armé de carabines, fusils automatiques M1 et grenades à main. Au cours du bref combat qui a suivi 5 ou 6 Allemands ont été tués ou blessés et une quinzaine faits prisonniers.
Morse a décrit ces positions: des trous individuels reliés par des tranchées peu profondes de communications. Il y avait au moins 2 positions de mitrailleuses et plusieurs abris enterrés.
Le groupe avait tourné autour de la position, attaquant les Allemands par l'arrière. Morse raconte qu'ils avaient déjà tué des Allemands "simplement en tirant dessus", lorsqu'un Ranger a crié à Morse de lui donner une grenade à main. Le Ranger avait vu un Allemand filer dans un abri près du bout d'une tranchée. Morse lui passa une grenade. Il la lança et un Allemand sortit en trébuchant, les mains en l'air.
"Couvrez-moi" cria le Ranger au Lieutenant, "je vais le désarmer"
Morse le couvrit et alors que le Ranger commençait à tourner autour de l'Allemand, il s'est arrêté brusquement et a montré quelque chose derrière Morse. Morse s'est retourné rapidement et a vu 2 soldats Allemands debout à moins de 1m 50, leurs mains en l'air. Ils venaient de sortir de leurs trous individuels et tenaient leurs mains sur leurs têtes. Ils ont déclaré être des étrangers qui avaient été forcés de servir dans la Wehrmacht.
Morse les a désarmé rapidement et les a conduit en arrière vers l'est rejoindre les autres prisonniers rassemblés.

Morse avait l'intention de continuer vers l'ouest le long de la crête, mais comme il approchait d'une simple clôture barbelée perpendiculaire à son déplacement, une mitrailleuse a bloqué ses mouvements
(il se trouvait aux lisères Est du WN70). Il a essayé plusieurs fois de passer sous la barrière, chaque fois obligé de se plaquer au sol pour éviter une grêle de balles au dessus de sa tête.
"Chaque fois que je bougeai le fil barbelé, essayant de ramper en dessous de ce satané truc, ils m'envoyaient une rafale
Finalement il a reculé en rampant vers l'est. Il a décidé d'abord de s'occuper des prisonniers. Il ne pouvait se permettre d'envoyer un de ses hommes à l'arrière, et pourtant il avait besoin de "s'en débarrasser".
Peu après, Morse a vu le colonel Canham pour la première fois. Il pense que cela s'est passé à 30/40m à l'ouest des pins rabougris: il a rencontré Canham, l'officier S3 du régiment, le major Thomas Howie, l'officier S2 (renseignements), le major Asbury Jackson. Jackson lui a retiré les prisonniers et Canham lui a appris que la colonne de la Cie C/116 était partie vers Vierville. Ils ont retiré leur groupe mixte de ses positions sur la falaise, sont revenus vers les pins et sont partis dans le sillage de la colonne qui entrait dans Vierville.

On peut se poser la question de savoir si le bombardement préparatoire avait atteint les positions allemandes sur la falaise. La plupart des témoins disent avoir remarqué peu de dommages apparents sur les positions ouvertes, mais certains Allemands au moins, avaient été surpris et tués par les tirs. En particulier, Morse a remarqué un cadavre d'Allemand. Ce soldat devait fumer un cigare; il reposait recroquevillé près d'une haie, là où il était tombé, le cigare encore entre les lèvres.
On peut aussi remarquer que personne n'a parlé d'un canon de 75, ce qui semble confirmer que le WN70 n'avait que des armes légères et des mortiers.

Vu du côté des Rangers, on note que 2 Rangers de la Compagnie A/2Rgr ont atteint le sommet et y ont trouvé un lacis de tranchées ennemies vides avec deux ou trois nids de mitrailleuses, en pleine vue, juste au-delà de la crête. Quelques minutes plus tard, six autres Rangers les ont rejoint et ils ont commencé à fouiller les tranchées. Des tirs de mitrailleuses sont partis de deux endroits quand les Allemands sont sortis de leurs abris et se sont remis en batterie, mais ils avaient attendu trop longtemps.
Les Rangers de tête étaient à moins de 20 mètres et d'autres petits groupes grimpaient derrière eux. Par groupes de deux ou trois, ils ont nettoyé les positions ennemies, faisant six prisonniers et en tuant beaucoup plus. Il n'y eut que trois morts parmi les attaquants.

La Compagnie B/2Rgr est arrivée alors à son tour au sommet, de retour de sa tentative vers la vallée de Vierville par le pied de la falaise.

Les observateurs d'artillerie Allemands en contact avec l'arrière signalèrent à 08h46: "Il apparaît que le WN 70 au nord de St-Laurent a été pris par l'ennemi".

Les hommes des 2 cies A et B/2Ran
ont fait ensuite mouvement vers Vierville avec la section Morse. Ils y sont arrivés probablement entre 9h00 et 10h00.

Morse n'a pas eu de contact avec la compagnie C/116 avant l'entrée dans Vierville. Et c'est peu après qu'il a vu le Général Cota pour la première fois.
Morse a été interrogé pour savoir s'il avait vu d'autres éléments du 116ème  avant d'entrer dans Vierville. Il s'est souvenu avoir vu le Capitaine Thomas Murphy du bataillon 2/116 juste avant d'avoir atteint la route St-Laurent - Vierville et de tourner à droite vers l'ouest.
Le Capitaine Murphy avait réuni quelques éléments dispersés de son bataillon qui avaient débarqués près de lui, formant une sorte de détachement et il partait à la recherche du reste de son bataillon 
(le 2ème Bat/116 n'avait débarqué que 3 ou 4 sections de bateau des Cies F/116 et H/116 sur Dog White, un petit groupe de la G/116 débarqué à St-Laurent avait aussi rejoint Dog White. Le bataillon était très largement dispersé vers l'est, avec un groupe un peu plus important entre Les Moulins et Le Ruquet, conduit par le major Bingham).
A ce moment Morse recherchait les hommes du Bataillon 1/116 partis vers Vierville. Il a demandé à Murphy, s'il les rencontrait, de signaler sa position. Murphy a pris ensuite la route de l'est, où il pensait trouver son bataillon. Les 2 groupes se sont séparés, Murphy vers l'est, Morse vers Vierville.