Plan du WN73


(détails)


(détails) WN73, abris à côté de la maison "Gambier"


(détails)
Vue du WN 73, avec le bunker pour canon de campagne de 75mm et la maison "Gambier


(détails) la maison Gambier avant guerre


les ruines de la maison Gambier après la guerre


(détails) fosse à mortier du WN73 avec images peintes figurant  le voisinage

Karl Wegner était mitrailleur MG42 en bas de Vierville, près du bunker avec canon de 50mm. Son sergent a dû neutraliser un autre fortin plein de Russes en état de rébellion, mais a été tué en s'en occupant. Quand Karl a dû s'échapper, il est sorti de son fortin par la porte arrière, a traversé un court espace découvert, plongé dans un trou, fait son chemin dans un réseau de tranchées puis à découvert. Il s'est fait tirer dessus probablement par des Rangers de la CieC/2Rgr et a fini par rejoindre Gruchy.

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La Compagnie C du 2ème Ranger  neutralise
la zone fortifiée WN73
(la maison Gambier)

 

Sur toute la plage Omaha, la Compagnie C/2Rangers a été probablement la première unité d'assaut à atteindre le plateau, et cela sur le secteur Charlie, une zone où des falaises verticales commencent à border l'ouest de la plage de Vierville. 
Débarquant avec les premières vagues d'assaut, à 6h45, environ 30 hommes sont arrivés valides à l'abri de la falaise de 30m, après la traversée de la grève sous le feu des défenses de la vallée de Vierville.
Leurs officiers, le capitaine Ralph Goranson, et les lieutenants William Moody et Sidney Salomon, étaient avec eux. C'étaient des volontaires, entraînées spécialement pour des assauts difficiles. 

(Par exemple, le sergent Scribner se souvient du sergent "Duke" Golas: "Il avait la moitié de la figure emportée par une grenade et il était toujours debout sous la falaise à tirer avec son arme, appelant les boches à descendre se battre.")

Les officiers savaient que la compagnie était isolée, que le vallon de Vierville était plein d'Allemands et que leur seule possibilité était de grimper sur la falaise. Ils étaient entraînés à l'escalade et ils avaient ce qu'il fallait.
Les lieutenants Moody et Salomon et les sergents Julius Belcher et Richard Garrett se sont déplacés vers la droite jusqu'à une faille dans la falaise, à environ 300m à l'ouest de la maison Gambier. Utilisant leurs baïonnettes comme des prises, s'entr'aidant, ils sont parvenus au sommet. Là, Moody a attaché des cordes à barreaux aux piquets d'un champ de mines et les a renvoyées au pied de la falaise, permettant au reste de la compagnie d'escalader à son tour. 
Ainsi dès 7h30, les 30 rangers de la CieC/2Rgr étaient sur la crête.
De cette falaise, les Rangers ont aperçu sur leur gauche ce qu'ils ont appelé une maison fortifiée (la maison Gambier, encastrée dans la falaise, à 200 m à l'ouest de la vallée de Vierville). En fait elle n'était pas fortifiée, elle aurait pu l'être, étant construite en pierre comme les fermes normandes. Elle était entourée d'un réseau de tranchées de communications reliant toutes sortes d'abris, casemates, tobrouks, emplacements de canons et de mortiers, le tout formant le WN 73, point fortifié dominant la plage et le vallon de Vierville. 
La mission d'origine de la compagnie C/2Rgr était d'aller vers l'ouest le long de la falaise, vers la Percée, mais le capitaine Goranson a décidé de nettoyer d'abord la zone fortifiée. Le lieutenant Moody a conduit une patrouille à l'attaque de la maison. Il a forcé la porte à coups de pied et a tué les officiers à l'intérieur, puis a commencé à fouiller les tranchées. Moody a été tué d'une balle au front. Le lieutenant Salomon a repris le commandement de la patrouille. Il est descendu dans les tranchées, utilisant des grenades au phosphore pour nettoyer les abris et les casemates.
Ils ont détruit ainsi rapidement les mortiers et les principales positions extérieures, neutralisant le WN73, sans le nettoyer totalement. Le combat a duré toute la journée sur ce côté ouest de la vallée de Vierville. Goranson n'était pas assez fort pour déloger les Allemands. Ils nettoyaient une tranchée, et avançaient seulement pour constater que les Allemands réoccupaient la position et revenaient constamment par le réseau de tranchées.

Entretemps , le capitaine Goranson  avait aperçu une section de bateau du 116ème régiment (de la Cie B/116) aborder sous la falaise sur sa gauche (elle était 1km trop à l'ouest). Il a envoyé un Ranger pour les guider jusqu'au sommet, se procurant ainsi ses premiers renforts.


Témoignages

Les sergents George Morrow et Julius Belcher ont aperçu une mitrailleuse qui prenait sous son feu tout l'ouest de la plage de Vierville, une de ces armes qui avaient tué tant de Rangers une heure avant. Elle continuait à tirer en permanence sur la plage. Avec rage, Belcher a foncé sur cette position, oubliant sa propre sécurité. Il a ouvert la porte de la casemate, a jeté une grenade au phosphore dedans. Le phosphore commençant à les brûler, les Allemands ont abandonné leur arme, et sont sorti par la porte en hurlant. Belcher les a abattu au fur et à mesure qu'ils émergeaient.

Tous ne furent pas courageux. Le lieutenant Heaney s'est souvenu "d'un officier dont je tairai le nom. Il avait été l'un des meilleurs pendant l'entraînement. Nous sentions qu'il serait un combattant exceptionnel. Mais j'ai retrouvé cet officier au fond d'une tranchée pleurant comme un bébé, et incapable de bouger. Le sergent White désigna un de ses hommes pour le ramener sur la plage pour y être évacué, et c'est la dernière fois que j'en ai entendu parler."

Le lieutenant Salomon conduisait une "section" de 3 hommes. Il a raconté: "Nous descendions une tranchée en courbe. Nous sommes tombés sur un mortier dans une casemate bétonnée. Encore quelques grenades, des coups de fusil et de mitraillette Thomson, et nous avons continué dans les tranchées."  Pour le sergent Scribner, il semblait que cela ne finirait jamais.

Le lieutenant Salomon perdait espoir. Regardant la plage en bas, il ne voyait que le chaos. "Jusqu'à midi le jour J," a-t-il commenté plus tard, "J'ai cru que c'était un échec et je me demandai si nous pourrions nous replier avec succès et recommencer un assaut dans un proche avenir."

"J'étais très inquiet sur cette falaise," a raconté plus tard le sergent Semchuck, "m'attendant à ce que les boches nous repoussent à l'eau. Ils auraient pu. La nuit du jour J, quand nous avons rejoint les cies A et B/2Rgr (à Vierville), le moral est remonté à 100% Je sautais de joie. Je savais que les boches avaient raté leur seule chance de victoire. Je n'avais pas envie de me recommencer un  autre jour J."

Le sergent Lutz était du même avis: "Mon vieux, jamais plus de jour J pour moi, si possible!"


La compagnie C n'avait pas accompli sa mission initiale vers la Percée. Son action a pourtant été décisive. En fixant les Allemands sur le flanc ouest du vallon de Vierville et sur la falaise, les rangers ont neutralisés des mitrailleuses et des mortiers qui auraient ajouté au carnage sur la plage et ils ont contribué à la reddition vers 13h00 des défenses du pied de la vallée de Vierville. Sans eux la redescente de la vallée par le général Cota à cette heure-là n'aurait probablement pas été possible. Au pire, la vallée n'aurait été dégagée que le lendemain.

Ce n'est que vers la fin de l'après-midi que les Rangers et la section B/116 ont réussi à occuper le point fort et à annihiler la résistance. Avant d'aller bivouaquer sur Vierville, ils ont envoyé une patrouille à la Pointe de la Percée, où ils ont trouvé le WN74 complétement bouleversée par les tirs de la Marine.

Pour la plupart des Rangers c'était leur première expérience de combat. Elle montre la qualité de leur entraînement, car ils ont complètement battu des Allemands retranchés. Ils l'ont fait non pas en sacrifiant des hommes, mais en prenant des précautions et en utilisant les tactiques de leur entraînement.
Leurs pertes dans ce combat, ne se sont élevées qu'à deux hommes, dont le Lieutenant Moody.

Plus tard l'équipe d'intendance chargée des sépultures a dénombré 69 allemands morts. Il est probable qu'ils n'ont pas fait de prisonniers.
 
Pour la cie C/2Rgr et la section B/116, c'était une action isolée. Ils étaient les seul Américains à l'ouest de Vierville. Ils étaient sans liaisons, toutes les radios ayant été perdues. Ils ont eu un peu d'aide des canons de marine (notamment le "Mac Cook"), mais pas toujours la bienvenue. Ne sachant pas que des Rangers étaient sur la crête, les destroyers tiraient aux canons de 20mm et de 127mm sur la position.
 
Le sergent Scribner a vu un obus de 127mm exploser juste sur une casemate de béton; il a été étonné de voir un trou de 15cm de profondeur seulement. Les Allemands savaient faire du béton solide.
Le sergent William Lindsay était dans un blockhaus de béton quand il a reçu un coup direct de 127mm. Il a perdu une dent, a été choqué, et en a perdu la raison temporairement. 3 fois ce jour-là, ses camarades l'ont empêché de se jeter dans le vide. Le soir, rouge de colère, il a engueulé un colonel, il l'a accusé d'avoir volé son fusil, qu'il portait cependant en bandoulière. Après que Lindsay ait récupéré son bon sens au bout de quelques heures, les Rangers s'en sont amusés et compatirent avec les Allemands qui, dans leurs blockhaus, ont dû supporter les impacts des obus de 356mm du cuirassé "Texas".
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