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Les premiers Américains traversent l'Ouest de Vierville

Témoignage de Madame Dubois et de sa fille Janine Chambrin


(détails)
le château et les fermes de Vierville en direction de Grandcamp

la ferme de Crespigny, la dernière de Vierville sur la route de Grandcamp
(extrait "Stars and Stripes", traduction)

        Marguerite Dubois qui vit dans une ferme en pierre derrière Omaha Beach (la dernière à droite en sortant de Vierville sur la route de Grandcamp) raconte être montée avec sa fille de 11 ans, Jeanine, avoir regardé par une lucarne et de "n'avoir pu voir la mer. Elle était couverte de navires."
       Un fort bombardement se poursuivait (il était probablement 6h00). Marguerite et Jeanine se mirent dans un abri dans un champ avec 2 Allemands effrayés qui logeaient dans leur maison.

       Plus tard, les premiers Américains passèrent sur la route, beaucoup de bruit et de poussière, ils arrivèrent en tirant. "Ils ont vu les trous pour les pigeons dans les murs de la ferme et croyaient que c'était des meurtrières" raconte Jeanine, "et ils ont tiré au fusil dedans. Un des Allemands s'est rendu, l'autre a fui, mais il a été tué tout de suite là-bas. L'Américain qui l'a tué nous a demandé si c'était un bon ou un méchant? et nous avons répondu "un bon". Alors le soldat s'est immobilisé près de l'Allemand mort et l'a salué."
       C'était un moment de peur et de joie mélangée, Jeanine se souvient avoir donné des roses du jardin aux Américains, tout en ayant peur que des Allemands puissent la voir.
      "Vous en faites pas" un GI lui a dit, " si les Allemands reviennent, nous vous emmenerons avec nous"

 

 

Voici le récit de Janine Chambrin, née Dubois:

Madame CHAMBRIN Janine (née Dubois): en 1944 , écolière âgée de 11ans, résidant à Vierville, à la dernière ferme à droite route de Grandcamp (ferme Dubois à l'époque)
"Des soldats allemands ou américains ? "
"J'ai vu et rencontré des soldats américains dès le 6 Juin 44, mais je ne sais pas à quelle heure ! je ne me suis pas rendu compte de la façon dont la journée est passée ; c'était certainement dans l'après-midi, j'étais dans le jardin avec mes parents. Suite aux bombardements intensifs qu'il y avait nous étions allés nous mettre dans un abri recouvert où il y avait des chevaux et les allemands qui les gardaient. En effet, les abris dans des trous du jardin ne nous protégeaient pas assez : l'aviation était si nombreuse et les bombardements si violents que nous avions pris peur et décidé d'aller sous l'abri couvert. Mon père qui était parti aux nouvelles a aperçu plein de soldats dans la route qu'il a pris pour des soldats allemands sur le moment. L' un des soldats qui logeait à la maison, car les allemands avaient réquisitionné des pièces, est venu dans la cour et les soldats de la rue lui ont tiré dessus ! Mon père s'est aperçu que c'était des américains et il est allé au devant d'eux et il leur a dit " Jai toute ma famille à l'abri "
"Une rose pour les américains "
Ils sont venus nous chercher dans l'abri ; malheureusement je ne me souviens plus trés bien de ces américains ni de la conversation, j'étais trop jeune ; Mais je me souviens que quelques instants plus tard ma mère a cueilli une rose et m'a envoyé la porter à l'un des américains qui était là en guise de bienvenue, de bon accueil et de reconnaissance.
"Un commando?... ou ... Un véritable débarquement ? "
Les américains nous ont appris qu'il y avait le débarquement, parce que nous, jusque là nous avions pensé à un commando. Il y avait déjà eu sur Vierville de nombreux commandos avec des bateaux qui étaient venus et nous nous sommes rendus compte à ce moment là , seulement, que c'était le débarquement : nous sommes allés voir à la fenêtre, à l'arrière de la maison et nous avons aperçu tous les bateaux qui couvraient la mer ; et c'est seulement à ce moment là que nous avons réalisé que c'était le véritable débarquement.
"Je garde mon chapelet ! "
Je me souviens que quelques jours plus tard un soldat avait voulu que je lui donne un petit chapelet que j'avais sur une toute petite poupée qui représentait une communiante ; en effet à Vierville la communion avait eu lieu le dimanche et le débarquement le mardi, et moi j'avais fait ma communion le dimanche et j'avais eu cette poupée et le chapelet, aussi je ne pouvais donner le chapelet ! j'étais trop petite pour comprendre. Plus tard, j'ai beaucoup regretté.
" Nervous... le chocolat "
Le soir du débarquement la première chose que l'on nous a offert c'était des tablettes qui ressemblaient à des tablettes de chocolat et que les américains voulaient que l'on mange en nous disant " Nervous ! nervous ! nervous ! " Ma mère n'a pas voulu que j'en prenne parce qu'elle pensait que c'était plutôt une sorte de médicament pour doper et que l'on donne souvent aux soldats pendant la guerre pour qu'ils n'aient pas peur et soient vaillants.
"Couverts de cadeaux "
Un peu plus tard, nous sommes allés dans le secteur américain, nous étions couverts de cadeaux du genre : boîtes d'ananas, boîtes de fruits, cartouches de cigarettes, chocolat... enfin une profusion de bonnes choses ! Par contre, nous autres pour les accueillir à la ferme, et bien il y avait du cidre bouché et... de la goutte. Avant de boire le cidre bouché, au départ il fallait que l'on goutte parce que les américains étaient méfiants.
"je reconnais la dame.."
Lors de l'anniversaire du quarantième, il y a 10 ans, j'ai rencontré un ancien combattant qui était âgé et qui cherchait mon père, alors décédé. Je lui ai dit " Mr Dubois est décédé, mais par contre, j'ai ma mère qui est là, encore ! " Il a dit :" Je vous reconnais, je reconnais la dame qui m'a servi à boire au débarquement, je vais pouvoir dire à mes enfants : j'ai revu la dame ... grâce à qui je croyais avoir perdu la guerre ! " En effet nous leur avions offert du calvados que les américains ne connaissaient pas et ils avalaient leur verre comme un verre de vin : ils avaient failli s'étouffer !
" tu m'écriras ..."
J'ai conservé des douilles de cuivre, comme beaucoup de gens, peut-être même quelque part je dois avoir des goupilles, peut être, je ne me souviens plus. J'ai aussi un tout petit livre de prières qui m'a été donné par un pasteur qui avait mis dessus son adresse et m'avait dit " Quand tu sauras bien parler anglais, tu m'écriras à cette adresse " Et comme je n'ai jamais su très bien parlé anglais, je n'ai jamais écrit comme une vilaine que je suis ! "

Interview du 15/12/93 à Vierville
Recueilli par Benjamin Veyrat et Mickael Campo
Transcrit par Marina Pesquerel et Sophie Godé

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