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La situation à Vierville le matin du 6 juin
vue par les Allemands


(détails) position des unités allemandes autour de Vierville et d'Omaha Beach


Le Colonel Goth, (détails)


(détails) Croquis établis par des Allemands de l'état-major du Colonel Goth, d'après leurs souvenirs des 6 et 7 juin


(détails)


(détails)
un canon d'assaut allemand "Marder" de 75mm, du 1PZ352, détruit du côté de Trévières


un canon d'assaut STUG du 2PZ352 détruit sur la route de Colleville à Surrain, juste au nord de Colleville. Il aurait été mis hors de combat par un petit groupe de para de la 101 AB égarés. Secteur du 1er bataillon du 16ème régiment (Cie B/16)


(détails) Des Marder détruits par les obus de Marine
(détails)

 

Des mouvements Allemands significatifs ont eut lieu dès le dimanche 4 juin. La 352ème DI allemande a alors été mise en alerte complète, elle était la seule unité du front de Normandie à attendre pour de bon le Débarquement grâce au flair de son 2ème Bureau. Le général Kraiss a alors choisi de rester avec ses troupes au Molay-Littry, à son QG de la 352ème, au lieu d'aller au "Kriegspiele" de Rennes, où il était convoqué avec ses homologues. Il avait alorsjustifié auprès de ses supérieurs la mise en alerte de la sa division par des manœuvres.

Le Colonel Goth à Trévières était responsable du secteur de Vierville à Arromanches, avec son 916ème Régiment d'Infanterie, renforcé de plusieurs compagnies détachées du 726ème RI. Entre Vierville et Ste-Honorine, il avait déployé le bataillon 2/916 (PC à Formigny, Capitaine Grimme) avec ses 4 compagnies installées à St-Laurent, Colleville, Surrain et Formigny. En première ligne, dans les WN, il avait 3 compagnies détachées du 726ème, la 11ème à Vierville, la 10ème à St-Laurent, et la 3ème à l'Est de Colleville. Sachant qu'il était faible en effectifs dans le secteur de Vierville, il avait rencontré dans la soirée du 3 juin le colonel Heyna, du 914ème Régiment, dont le secteur commençait juste à l'Ouest du village et lui avait demandé des hommes de renfort.

Heyna avait déjà une compagnie en moins, détachée pour la garde du QG du 84ème Corps à St-Lô. Après discussion sur la situation et ses risques, Heyna avait admis qu'il avait intérêt à renforcer son flanc droit visiblement visé en cas d'attaque sur le Bessin.

Les 2 officiers étaient conscients que les étrangers dans leurs unités ("Allemands" de Pologne, de Russie, de Tchéquie, etc…) n'étaient pas sûrs et qu'ils n'avaient aucun espoirs de renforts à part le Groupement Meyer (le 915ème Régiment et le bataillon de Fusiliers 352 - le bataillon de Reconnaissance -).

Heyna avait ainsi détaché à Vierville le dimanche 4 juin 2 sections, environ 80 hommes, qui ont renforcé immédiatement les WN de la plage. La Division a également fait avancer jusqu'aux villages de St-Laurent et Colleville au moins 2 petits canons antichars de 50mm de la Compagnie divisionnaire antichar PAK 352.

Ces ajustementsont été réalisés dès le 4 juin au soir, avec l'assentiment du général Kraiss.

Les prévisions du Major Block du service Renseignements de la 352° se sont réalisées avec le débarquement, mais dans la journée, le général Kraiss, au Molay-Littry, (son PC de la 352ème Division), apparaissait assez mal informé, tant sur la situation générale que sur ce qui se passait à Vierville.

A 02h00 le 6 juin, il a été averti de parachutages au Sud de Carentan (en fait des parachutages de mannequins simulants des tirs et des explosions). 

A 03h10, s'inquiétant des risques de séparation de la 709ème Division, sa voisine dans le Cotentin, il a fait partir vers le Sud de Carentan sa réserve, le Kampfgruppe "Meyer" (les 2 bataillons du 915ème Rég. et le bataillon de Fusiliers, tous embarqués sur des camions civils réquisitionnés), cantonnés dans la région de Bayeux. En fait ces parachutages ne menaçaient pas la 352ème. 

Kraiss a réalisé rapidement son erreur, en apprenant l'apparition de la flotte Alliée et ensuite les bombardements sur la côte d'Arromanches à Vierville, et à 05h50, il a donc ordonné à Meyer, dont la tête avait atteint la forêt de Cerisy, de suspendre ses mouvements. Il a immobilisé ainsi Meyer pendant 2 heures, même après avoir appris les débarquements en force sur tout son front (à partir de 06h30).

C'est à 07h35, qu'il s'est décidé, il a divisé le Kampfgruppe Meyer en 2, et il a ordonné à un des 2 bataillons (le I/915) de partir vers Colleville pour y attaquer les Américains débarqués, (les autres unités du Kampfgruppe étant envoyées sur Arromanches).

Le I/915, qui était alors à Blay (Ouest de Bayeux), devait être appuyé par 6 des 15 canons d'assaut "Marder" du 1PZ/352 Panzer Jager Abt. et des STUD du 2PZ/352 stationnés à Colombières.

Le bataillon 2/915 aurait dû arriver vers 09h30 sur Colleville, mais retardé par l'aviation, il n'a été engagé vraiment que dans l'après-midi. 
Quant aux blindés "Marder" et "STUD" attaqués à Engranville (au NE de Trévières) par les canons de la Marine, ils semblent n'avoir guère dépassé Formigny, sauf quelques "Marder" et STUD, dont un Marder observé détruit au bois de Saffray, mais sans que l'on sache par qui, artillerie de Marine, aviation, ou autrement?? Ils semblent avoir été retirés dans la journée et envoyés vers Bayeux et Arromanches. Un STUD a été aussi observé détruit juste au nord de Colleville.

D'après un vétéran allemand, pilote d'un Marder, 5 ou 6 de ces engins ont roulé vers la côte en venant de Trévières. Ils ont été pris du côté de Formigny sous des violents tirs de Marine, un camion de munitions a explosé, la colonne a été arrétée, et les Marder se seraient repliés, perdant un engin (celui retrouvé détruit au bois de Safray?, cf mémoires de Michel Hardelay)

A 08h35, le Général Kraiss a envoyé les 2 bataillons restant du Kampfgruppe (le II/915 et le bataillon de Fusiliers), avec le reste du PZJagAbt. vers Arromanches, où ils ne sont arrivés qu'en fin d'après-midi. Ils ont été repoussés et pratiquement détruits à Crépon au Nord de Bayeux par les Britanniques qui avaient largement percés le front et disposaient de chars en nombre. Le Colonel Meyer a été tué au combat.

De son côté, le 84ème Corps (PC à St-Lô) disposait de la 30ème Brigade Mobile ("Mobile", car se déplaçant à vélo) entre St-Lô et Coutances. Il semble avoir envoyé un de ses 3 petits bataillons, le 513ème Abteilung, dès 2h du matin sur la côte à la Pointe du Hoc et à la Percée. Il est peut-être intervenu à Vierville pour aider à bloquer l'avance US à l'Ouest de Vierville. Ce bataillon disposait aussi de petits canons automoteurs de 47mm, eux non plus ne sont pas intervenus, peut-être à cause de l'aviation.
Les 2 autres bataillons, les 517ème et 518ème Abteilung, ont été envoyés à Tour-en-Bessin et Formigny pour le 7 juin matin.

Le Régiment de Flak N°32 (des canons de 88mm à la fois antichars et antiaériens), stationné à Maisy (près Grandcamp) a été repositionné à Formigny dans la matinée pour y bloquer d'éventuels blindés américains.

Localement sur Omaha, le WN74 à la Percée a pu assister à l'échec apparent des débarquement à Vierville et à l'arrêt de tous débarquements depuis 8h30 sur la plage de Vierville. 
Mais il était trop loin pour se rendre compte de l'évolution favorable pour les assaillants avec la reprise des débarquements au delà de St-Laurent et la prise de Vierville par des soldats infiltrés par les falaises.

Ainsi vers 12h00, il envoyait de la Percée un compte-rendu rassurant, laissant croire que les Américains étaient bloqués et détruits sur la plage de Vierville et les débarquements arrêtés. Il ignorait apparemment la perte de Vierville.
  Pourtant, il n'y avait pas de compagnie Allemande vraiment disponible pour défendre Vierville bourg, toutes les sections de combat de la 11ème/726, renforcées par les 80 hommes du 914ème Régiment étaient sur la côte dans les WN 70 à 73.     

Il semble que la perte du WN 70 fut signalée très tôt en début de matinée, mais la neutralisation des WN71, 72 et 73 ne fut probablement pas signalée lorsqu'elle survint en milieu de journée. 
Quant à la situation dans Vierville, ce n'est que tard dans la journée que les Allemands en prirent conscience.

Les PC allemands de Trévières (916ème Régiment) et du Molay-Littry (352ème DI)  pensaient donc la situation bien en main pour eux à Vierville.


On a le témoignage très instructif du soldat Wegner de la 3ème compagnie du 914° Régiment, en poste depuis le 4 juin au WN72 de Vierville

En début de matinée, le PC du 916ème Rég. (à Trévières), a envoyé la Cie 7/916 (cantonnée à Surrain) renforcer la défense de  Colleville, et la Cie 6/916 (cantonnée à Formigny) renforcer la défense de St-Laurent. Ce sont peut-être des éléments de cette compagnie qui ont bloqué le 5ème Rangers de 10h00 à 14h00 au Sud de Vierville, et qui ont été arrêtés à l'Ormel par le Lt. Taylor. 
Ces troupes ont été renforcées dans l'après-midi seulement par des éléments du bataillon II/915, et par des éléments des "Pionniers de forteresse" (Festung Pionere) stationnés au SO de Bayeux.

 
A l'Ouest de Vierville, la Cie 9/726 stationnée à Gruchy, Englesqueville et la Percée (renforcée par un élément de la 30ème brigade mobile arrivée dans la journée à la Percée) a établi un barrage efficace dès le matin contre la poussée vers la pointe du Hoc à partir de Vierville. C'est là que son commandant, le Capitaine Gründschloss (résident au château de Gruchy) a été tué.


Le Colonel Priller
L'aviation Allemande s'est manifestée une seule fois, vers 9h00, 2 chasseurs Allemands Focke-Wulf 190 venant de l'Est ont survolé en rase-motte la plage de Vierville. Ils étaient pilotés par le commandant Joseph Priller et le sergent Heinz Wodarczyk. Ils volaient à 50 mètres d'altitude. 
Tous les canons de DCA (75, 40, 20 et 12,7mm) de la flotte ont tiré, manquant bien sûr ces 2 avions volant probablement à plus de 600 km/h, mais atteignant par contre d'autres navires de la flotte. 

L'absence d'aviation ennemie dans la zone d'attaque a constitué un atout considérable pour les Américains. Il est facile d'imaginer ce que l'intervention de chasseurs-bombardiers aurait signifié pendant les heures critiques du matin, quand les troupes attaquantes étaient massées sur l'étroite bande de plage. 


(détails) un chasseur Allemand FW 190


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