2571

Les Rangers du 5ème Bataillon racontent leur débarquement

 

(extraits)

Le Lieutenant Francis Dawson de la compagnie D/5Rgr décrit sa propre expérience: " Le skipper a viré brusquement à gauche et une énorme vague nous a élevé par dessus de plusieurs obstacles. La rampe s'est abaissé et je suis sorti. 5 jours à bord de bateaux avait affaibli mes jambes. Après avoir été debout plusieurs heures dans le tangage, mes jambes ne pouvaient se remuer rapidement." Mais il a atteint le talus de galets et une murette en planches de bois, d'où il a envoyé un coureur pour informer le lieutenant George Miller, commandant la compagnie D/5Rgr, de la position de sa section.

Le capitaine Raaen (cdt. la Cie de QG du 5ème Bataillon) a débarqué "J'ai vu un spectacle décourageant. Des obstacles partout. Des blessés et des morts, allongés sur le sable. Le sifflement des balles de mitrailleuses. Les jets de sable de leur impact sur la plage. Ces terribles obus antiaériens de 20mm explosant au dessus de nos têtes. Et naturellement les obus d'artillerie éclatant tout autour."

Malgré ces tirs, Raaen a été capable d'atteindre le rivage. Ensuite, à son étonnement, il a vu qu'il n'avait perdu qu'un seul homme de sa compagnie. Il a regardé autour "et à ce moment, il a réalisé que personne n'avait encore quitté ce morceau de plage. Les Rangers avaient abordé sur un secteur occupé par des groupes d'assaut du 116ème dont les hommes étaient choqués par les obus, sans chefs et désorganisés. La peur les paralysait, et les Rangers aussi. Raaen montra la petite murette et cria: "Le PC des Rangers est ici!
En même temps, il a essayé de déboucler sa ceinture de sauvetage sans y arriver. Son radio était à coté, "ratatiné par la peur", " je l'appelais et lui dis de la couper."

"Bien sur, mon capitaine," il s'est levé et lui a coupé sa ceinture de sauvetage. "A partir de cet instant, il n'eut plus peur et moi non plus. Je vis pendant cette première minute de combat ce que l'absence complète de peur pouvait faire chez nos hommes."

Il y avait autre chose. En général, les hommes agglutinés sur le talus de galets étaient autant déboussolés par l'épuisement que par les obus. Dans un secteur inconnu, sans leurs chefs, ils ne savaient pas quoi faire. Avec une mission précise à exécuter, la plupart des hommes se reprenaient et faisaient leur devoir.

Bien que le 5ème bataillon de Rangers ait eu moins de mal en arrivant sur Dog White à 08h00 que ceux de la première vague sur Dog Green à 06h30, les circonstances n'étaient quand même pas bonnes. Des grands LCI (les LCI 91 et 92) suivaient les LCA des Rangers sur Dog White, et l'artillerie Allemande s'est mise à tirer dessus. Raaen A VU la rampe d'un LCI touchée par un obus alors qu'un servant de lance-flammes descendait. "En un instant ce fut une masse de flammes. Horrible à voir, je détournai la tête, il n'y avait rien à faire."

 

Le Père Joe Lacy, était sur la plage, s'occupant des blessés. Lacy était, d'après un Ranger, "un vieil irlandais, petit et gros" . Les Rangers ne voulaient pas qu'il les accompagne au combat, mais il avait insisté. A bord du transport de troupes, la nuit du 5 au 6 juin, il avait dit aux Rangers: "quand vous aborderez la plage et que vous vous battrez, je ne veux voir personne s'agenouiller et prier. Si j'en voie un, j'irai lui botter les fesses. Vous me laisserez la prière et vous combattrez."

Sur la plage, les hommes ont vu le Père Lacy "aller tirer hors de l'eau les morts, les mourants et les blessés et les porter dans des abris relatifs. Il ne s'arrêta pas de le faire, mais pria pour eux et avec eux, réconfortant blessés et mourants. Un vrai homme de Dieu."
 
Quand le lieutenant Jay Mehaffey a atteint le talus, il n'entendait que le tir des Allemands, "et je croyais que l'assaut avait échoué, que tous les autres Américains avaient été tués ou capturés. A ce moment sur la plage de Vierville, l'assaut était arrêté et c'était un désastre. Le grand projet du jour J avait complètement échoué"

En fait, les Rangers se réorganisaient. Le capitaine Raaen a vu un vieux sergent installer une mitrailleuse de 7,5mm à canon refroidi par eau sur un affût tripode. "Un lieutenant du Génie en pull vert l'aidait, transportant l'eau et les munitions. Installée, le sergent se mit derrière la mitrailleuse et commença à balayer notre flanc droit, et je voyais les troupes du 116ème avançant dans la falaise. Le sergent tirait pour couvrir leur progression."

"Le lieutenant du Génie ignorait totalement le feu Allemand autour de lui. Il interpellait des hommes tassés sur les galets, effrayés et inertes, " Hé! Vous les gars, vous vous croyez des soldats?"   Sans résultat."

 

Retour Accueil