(détails) le Lieutenant Edlin de la Compagnie A/2Rgr dans un LCA au cours d'un exercice en Angleterre

2561

Le récit du Lieutenant Edlin de la Cie A/2RAN
blessé en débarquant sur Dog Green

 

Certains des LCA de Rangers se dirigèrent sur l'est de Dog Green, tombant sous un feu intense. Le bateau de Bob Edlin, chef de section à la Cie A/2Ranger, toucha un banc de sable.

"J'ai regardé pardessus la rampe, nous étions à au moins 70 m du rivage, on avait espéré débarquer à sec. J'ai dit au patron "Essayez d'aller plus loin" Il cria qu'il ne pouvait pas. Ce marin britannique avait beau être courageux, il ne pouvait bouger du banc de sable. Je lui ait dit de baisser la rampe, sinon on allait être tués sur place.

"On avait été entraîné à ne pas sortir devant la rampe, car le bateau pouvait être poussé par une vague et vous écraser. Alors on est sorti par les côtés de la rampe. J'ai regardé à droite, et j'ai vu un bateau de la Cie B/2Ran à côté, avec le Lt. Bob Fitzsimmons, un ami, prendre un coup direct de mortier ou de mine sur la rampe. J'ai pensé que c'était la fin d'une moitié de la Cie B.


"Il faisait froid, vraiment froid, même si on était en juin. La température de l'eau était de 45 ou 50 F (7 à 10°C), j'en avais jusqu'aux épaules en y entrant, et j'ai vu des hommes se noyer autour de moi. J'ai essayé d'en accrocher deux, mais mon job était d'avancer et d'attaquer les canons. Il y avait des corps de fantassins du 116ème flottant partout. Ils étaient retournés face dans l'eau, le paquetage toujours sur le dos. Ils avaient gonflés leurs brassières de sauvetage. Heureusement, la plupart des Rangers ne les avaient pas gonflées, sinon ils se seraient aussi noyés retournés.

"J'ai commencé à courir, le fusil devant moi. J'ai traversé tout droit la plage pour essayer d'atteindre le front de mer. Devant moi, il y avait des éléments du 116ème cloués au sol et étendus derrière les obstacles de plage. Ils n'étaient pas allé jusqu'au muret du front de mer. Je leur ai crié "Levez vous et partez!" mais ils ne bougeaient pas, sonnés et complètement épuisés. Pas le temps de s'en occuper.

"J'ai continué à travers la plage. Il y avait des obstacles partout. L'aviation avait manqué complètement ses objectifs. Pas de trous de bombes pour s'abriter. Les mines n'avaient pas explosées. Rien de ce qui était prévu ici n'avait marché. J'ai compris que Vierville allait être un enfer et çà l'était.

"Alors que j'était à 20 m du muret, j'ai été touché par une balle de sniper probablement. Elle a déchiré et cassé ma jambe droite. J'ai pensé, bon, j'aurais la Médaille des Blessés. Je suis tombé, ce faisant c'était comme un fer rouge dans ma jambe. Mon fusil est tombé à quelque 3 m devant. J'ai rampé le récupérer et en me relevant sur la jambe gauche, un autre coup, de mitrailleuse je crois, a déchiré ma jambe gauche et je suis retombé.

"Je suis resté étendu quelques secondes, j'ai regardé devant et j'ai vu plusieurs Rangers allongés. L'un d'eux était Butch Bladorn, du Wisconsin. Je lui ai crié "Debout et cours!". Butch, un homme grand et fort, a juste regardé derrière: "Je ne peux pas". Je me suis redressé et j'ai rampé vers lui. Je voulais le secouer et lui faire quitter la plage. Il était couché sur le ventre, le visage dans le sable. Alors j'ai vu le sang couler de son dos. J'ai compris qu'il était touché par devant et que la balle était sortie par le dos, et qu'il était totalement immobilisé. J'ai regretté d'avoir crié après lui, mais je n'avais pas le temps de m'arrêter et de l'aider. J'ai pensé, c'est fini pour lui. Heureusement ce n'était pas vrai. Il est devenu fermier dans le Wisconsin.

"En avançant, je trébuchais. Quand on est blessé, on a les jambes qui se raidissent, pas tout de suite, mais lentement. La douleur était indescriptible. Je suis tombé sur les mains et les genoux et j'ai essayé de ramper en avant. J'y ai réussi quelques mètres, et puis je me suis évanoui plusieurs minutes. Revenu à moi, j'ai vu le Sergent Bill Kraus. Il était au muret. Quand il a vu ma situation, il a rampé en arrière sous les tirs de fusils et de mortiers et m'a tiré à l'abri du muret.

"Klaus avait aussi été blessé à une jambe. Un infirmier lui a fait une injection de morphine, et a fait la même chose avec moi. Mon état mental était tel que je lui ai dit de me piquer directement la jambe gauche qui me faisait le plus mal. Il me rappela que dans les fesses ou le bras, la morphine irait dans la jambe. Je lui ai dit de me faire une seconde piqûre car j'étais touché à l'autre jambe, il n'a pas voulu.

"Il y avait quelques Rangers réunis sous le muret - le Sergent William Courtney, les soldats William Dreher, Garfield Ray, Gabby Hart, le sergent Charles Berg. Je leur ai crié "Vous devez partir d'ici! Vous devez vous lever et attaquer!" Ils sont partis de suite.

"J'ai regardé en haut de la falaise, et j'ai pensé qu'avec cette jambe je ne pouvais y aller. Où étaient les autres? Etaient ils partis? Et j'ai entendu Dreher crier: "Montez, ces tranchées sont vides" puis le bruit de fusillade a décru. J'ai pensé, "mon Dieu, dire que je ne peux pas y aller!" J'ai entendu un Tommy gun Américain et Coutney crier "Dreher, elles sont vides, maintenant"

"Il y avait encore des tirs d'armes légères allemandes et des bruits de grenades allemandes. J'ai entendu Whitney crier "Couvrez-moi" J'ai entendu Garfield Ray faire parler son fusil-mitrailleur BAR. Puis il y a eu le silence.

"Maintenant, où est le 5ème Ranger? Je ne pouvais ni marcher ni me traîner. J'ai rampé en arrière vers la plage. J'ai vu le 5ème Ranger avancer dans la fumée d'un LCI en feu, touché par l'artillerie. Le Colonel Schneider avait vu le massacre sur les plages et mis à profit son expérience de Ranger en Afrique, en Sicile, à Anzio. Il utilisait la fumée comme écran et avançait derrière, épargnant des pertes aux Rangers du 5ème Bataillon.

"Mes années d'entraînement me disaient que l'on devait s'attendre à une contre-attaque. J'ai rassemblé les blessés sous le muret et leur ai dit de s'armer autant que possible. Je leur ai dit que si les Allemands revenaient, où bien on serait capturés où bien on mourrait sur la plage, mais on pouvait bien les emmener avec nous. Cela fait ridicule, mais 10 ou 15 Rangers étaient là face à la falaise, priant pour que le Sergent White, Courtney, Dreher et le 5ème Ranger réussissent. Notre combat n'était fini que si les Allemands ne contre-attaquaient pas.

"J'ai regardé vers la mer. Rien. Pas de renforts. J'ai pensé que le débarquement avait été abandonné. On serait bientôt morts ou prisonniers. Tous s'étaient retiré et nous avaient laissés. Enfin on avait essayé. Un type s'est penché, disant qu'il était Colonel de la 29ème. Il nous a dit de relaxer et que tout irait bien. Les Compagnies D, E et F étaient à la Pointe. Les canons avaient été détruits. Les Cies A et B/2Ran et le 5èmeRanger étaient dans l'intérieur. Les 29ème et 1ère Divisions quittaient les plages.

"Ce colonel m'a regardé et m'a dit "Vous avez fait votre travail" et je lui ai répondu "Comment? En gaspillant 2 balles allemandes dans mes jambes?" Malgré la douleur j'espérait rejoindre la section le lendemain. Quelqu'un m'a refait une piqûre de morphine."

Retour Accueil