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Le Sergent Branham débarque devant Dog White
avec son LCVP de la K/116

Le Sergent Felix Branham, chef de peloton à la Cie K/116

 

Felix Branham est monté dans un LCVP à 4h20. Comme ses copains, il a trouvé la Manche mauvaise
La pluie et les embruns les trempaient et les vagues les rendaient malades. "Chaque fois qu'un bateau était mis à l'eau, il se joignait à un cercle qui s'agrandissait. nous avons tourné en rond jusqu'à ce que finalement on se dirige vers la Normandie. Nous n'étions pas à portée de mitrailleuses ou de fusil et seulement de temps en temps un obus arrivait par hasard. Nous approchions assez pour que, le ciel s'éclaircissant, nous distinguions le contour de la côte et l'horizon. Cela ressemblait à Slapton Sands. Un type dans mon bateau s'est dressé et a regardé pardessus le bordé. Il a été dégoutté et a dit " Merde, encore un exercice, je croyais que c'était pour de bon".

"A 6h00, la Marine a commencé à tirer. Le bruit des obus vrombissant au dessus, les bombes lâchées par les bombardiers moyens et les chasseurs-bombardiers, - (seuls des bombardiers lourds sont intervenus) - et les tirs des batteries côtières allemandes et des mortiers lourds - (il n'y en avait pas) - était assourdissant. Quand notre LCVP s'est approché encore, les balles de mitrailleuses ont commencé à marteler la rampe et le bordage.

"A environ 50 m de la plage, on a touché un banc de sable parallèle au rivage. Dans la zone de rassemblement, on nous avait dit qu'il y aurait des bancs de sable et surtout ne pas s'y arrêter et y baisser la rampe. Nous devions les franchir et nous rapprocher. Les 2 types de la Marine allaient baisser la rampe, mais le Lt. Lucas, notre chef de section de bateau a hurlé "Non, Non!" et a dit au patron de contourner le banc comme on nous avait recommandé. Malheureusement d'autres bateaux ont oublié les leçons et sont sortis du LCVP sur un banc de sable. Avec tout leur équipement lourd, les vagues, la marée montant de 30 cm en 10 minutes, ils se sont noyés. D'autres bateaux immobilisés sur un banc de sable ont été détruits; les hommes malades qui restaient à bord étaient réduits en cendres.

"J'avais de l'eau par dessus mes bottes. On criait, hurlait, mourait, courait sur la plage, les équipements volaient partout, des hommes étaient saignés à mort, rampaient, étendus partout, les tirs venant de toutes les directions. Nous nous jetions derrière tout ce qui était de la taille d'un ballon de foot.

"Le Colonel Canham (Cdt le régiment), Le Lt. Cooper et le Sergent Crawford hurlaient pour nous faire sortir de la plage. Je me suis retourné pour dire à Gino Ferrari "Allons-y, Gino" mais avant de finir ma phrase, quelque chose s'est écrasé sur le côté de mon visage. Il avait été touché au visage et sa cervelle s'était écrasée sur moi. J'ai avancé et la marée est venu rapidement recouvrir son corps et je ne l'ai plus revu.

"Un fusil-mitrailleur BAR avait été arraché des mains de Canham peu auparavant. La balle avait traversé son poignet droit et il portait une attelle de fortune. Son garde du corps, le Soldat Nami, le suivait de près, veillant à recharger le pistolet Colt 45 du Colonel. Canham vidait un chargeur, tendait le pistolet à Nami qui rechargeait l'arme. Avant, pendant les entraînements, on avait l'habitude de traiter de tous les noms le Colonel Canham. Quand il a pris le commandement du 116ème, il nous a pourri la vie. Nous pensions que ce serait encore un chef de second ordre. Après l'avoir vu au combat, j'ai dû changer d'avis."

 

Le Sergent Felix Branham a compté seulement 20 hommes sur 30 dans sa section de bateau quand ils sont arrivés dans la zone de rassemblement le soir. "Nous avons creusé des trous d'homme, espérant que les autres groupes de bateau nous rejoindraient. Le matin du 7 juin; nous étions un groupe de 150 et sommes redescendus sur la plage. Je n'avais jamais vu autant de morts et de blessés de ma vie. La marée montait et les corps étaient rejetés sur la plage. Avant de les emporter, on les rassemblait."

Branham avait été élevé dans la haine des Allemands après les récits de son père et de ses oncles sur la première Guerre Mondiale. Le jour J a augmenté son ressentiment. "Je haïssait les Allemands, ces salauds. J'étais là pour les détruire après tous ce qu'ils nous faisaient, les copains tués, ceux avec qui j'avais grandi. Quand j'ai vu certains Américains tués, ma haine a encore augmenté. Nous avions 2 blessés laissés près d'une route. Nous avons trouvé que des Allemands étaient revenus et les avaient tués avec leurs propres armes, tirés de face dans la tête. Un homme qui avait fait le mort est revenu au poste de secours et a raconté ce qui s'était passé.

"Nous avions des ordres, les 3 premiers jours de tuer et détruire, sans faire de prisonniers. J'ai failli tuer une vieille femme près de Vierville. J'avais entendu un bruit, je me suis approché le fusil M1 près à tirer. C'était une vieille femme ramassant du verre brisé d'une fenêtre cassée. Un aumônier du 5ème Rangers a abaissé mon fusil. "Non, mon fils, pas elle"

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