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Le compte-rendu des opérations de la compagnie C/116

 

(interview des hommes par le lieutenant Shea après la bataille)

"Pour les débarquements du jour J sur Omaha Beach les hommes de la Cie C/116 étaient répartis en 6 sections de navires. Les 6 LCVP devaient aborder à H+50 (07h20), sur Dog Green en une seule vague.

La compagnie avait pour mission de suivre les Compagnies A et B déjà débarquées (6h30 et 7h00), gagner les hauteurs de Vierville et continuer en s'assurant de divers objectifs définis dont le premier était le hameau de Gruchy, 2 km à l'Ouest de Vierville.

2 des 6 LCVP de la Compagnie étaient affectés à des sections spéciales, nommées "Sections Assaut" 1 et 2. Ces 2 sections étaient équipées pour nettoyer toute les défenses subsistant après le passage des Cies A et B. Toutes deux étaient pourvues d'armes spéciales, y compris lance-flammes, charges explosives, perches explosives "Bangalores", mortiers de 60mm et bazookas. Avec ces équipements, les 2 sections pouvaient détruire n'importe quel fortin ou fortification isolée qui aurait été épargnés par les deux premières compagnies.

Les 4 autres bateaux transportaient des "Sections Soutien" (sections ordinaires de fusiliers auxquelles on avait rattaché les armes de la section armes lourdes de la compagnie). Une des sections avait une équipe de mortier de 60mm, les 2 autres avaient une mitrailleuse légère chacune. Un bateau transportait le Capitaine Berthier Hawks, cdt. de la Cie, avec le personnel de QG de la Compagnie.

Enfin une section de la Compagnie D (armes lourdes), conduite par le Lieutenant Verne V. Morse devait aborder quelques minutes avant (07h10). Un peloton de mitrailleuses de 7mm5 à refroidissement par eau et un peloton de mortiers de 81mm étaient ainsi affectés au soutien direct de la compagnie C dans sa marche sur Gruchy. 
Le groupe de Morse devait débarquer avant pour qu'il puisse décharger ses armes lourdes et commencer à monter la côte de Vierville pendant que les fusiliers de la Cie C, plus légèrement équipés, débarqueraient. Les dispositions tactiques théoriques précisaient que les hommes de la Compagnie C dépasseraient la section de la D à mi-chemin dans la côte de Vierville et que dès cet instant Morse serait mis sous les ordres du capitaine Hawks pour l'emploi des armes lourdes.

La mer mauvaise, un vent frais venant du nord-ouest, un fort courant traversier et la confusion assez générale dans les débarquements se conjuguèrent pour empêcher les 6 LCVP d'aborder au bon endroit, au bon moment, et dans le bon ordre. En reconstituant soigneusement les événements on a pu ainsi décrire leur débarquement.
 

On pense généralement que la Section Assaut 2 a été la première à toucher terre. Le Technical Sergeant Walden D. Huffer, adjoint du chef de la section décrit ainsi son abordage : 
" Les hommes étaient accroupis dans le LCVP. Ils se rendaient compte de l'approche du rivage et s'apprêtaient à se précipiter sur la plage dès que la rampe s'abaisserait. Ils étaient tous calmes, attendant le raclement de la coque sur le sable ou les graviers."
"En s'approchant du point d'abordage, les rouleaux firent plonger et relever brutalement le bateau. Ils étaient encore en route et au sommet d'une vague quand les hommes sentirent le fond du navire heurter quelque chose. Un instant après ce coup qui résonna comme si la coque avait heurté un obstacle sous-marin, le navire hésita, puis versa sur le côté, envoyant les hommes et leurs matériels dans 1 à 2 mètres d'eau."
"Tous les équipements spéciaux, lance-flammes, charges explosives, bangalores et mortiers furent perdus pendant que nous étions jetés à la baille" indiqua Huffer. 

Dans la confusion, les hommes reprirent pied et se dirigèrent vers la plage dans les rouleaux.
Huffer et les sergents Albert V. Dopolski et Anthony J. Palembas confirmèrent "qu'il n'y avait pas d'autres troupes"  sur la plage quand ils abordèrent. Ils pensaient qu'il y avait peut-être 4 ou 5 chars en vue, mais au moins 3 étaient hors d'usage, et bien que 1 ou 2 tiraient de temps en temps, les hommes doutaient qu'ils puissent jamais quitter la plage pour combattre.

L'emplacement exact de l'abordage a été déterminé de 3 façons. En premier lieu, un char moyen mentionné par le témoin qui s'abrita derrière (d'après J. T. Shea). Les hommes étaient 40 à 50 m à l'Est de ce char. En second lieu, plus tard, l'arrivée du LCI 91 (qui fut incendié) qui s'échoua 150 à 170m à l'Ouest. En troisième lieu, un second LCI, fut détruit 40 m plus à l'Est. Les témoins ne se souviennent pas s'il prit feu comme le LCI 91 et ne se souviennent pas de son N° (Probablement le LCI 92, qui s'est échoué vers 8h00 sous la villa Richard, le LCI 91 s' étant échoué auparavant vers 7h40 face au 1er cimetière, au milieu de la plage)
Les hommes trempés se traînèrent à travers la plage jusqu'à un petit mur de soutènement en bois, le long du front de mer. Ils étaient serrés les uns contre les autres pendant que les autres LCVP déversaient leur cargaison humaine sur le sable. Le renforcement des forces d'assaut fut alors assez rapide à ce moment, car "en 10 à 15 minutes" les hommes de la Section Assaut 2 furent rejoints par des Rangers, des sapeurs de la Brigade Spéciale du Génie et d'autres troupes, tous serrés sur le banc de galets qui s'adossait à la murette de bois.
  (il s'agit des 450 Rangers du 5ème Bataillon (arrivés sur 14 LCA), de sapeurs du 147ème Bat du Génie de plage et du 121ème Bat de combat du Génie, du QG du 116ème Régiment, arrivés sur les LCI 91et 92, et bien sûr le restant de la Compagnie C. Le Général Cota et le colonel Canham sont arrivés aussi à ce moment et au même endroit sur un LCVP)

En essayant de reconstituer la séquence des événements, on pense que le bateau de la Section Assaut 2 a dû aborder avant 06h53. L'ordre exact d'arrivée des 6 navires de la Cie C est impossible à retrouver dans la confusion de cette journée. 
La seule heure indiquée est issue du témoignage du sergent Francis E. Huesset, chef de peloton mitrailleuse légère, dans la Section Soutien du lieutenant Schwartz. Huesset dit: "Nous avons touché à 6h53. Le Lieutenant Schwartz a regardé sa montre quand la rampe a commencé à descendre et il nous a dit l'heure". Huesset se souvient aussi que le LCI "qui a pris feu"  était seulement à 25m à droite de sa section. Ce LCI a abordé après l'arrivée du LCVP de Huesset. (ce LCI 91 est arrivé vers 7h40)
 

Tous conviennent que les hommes de la Cie C était agglutinés contre la murette entre les 2 LCI (cela devait donc être à partir de 8h00, arrivée du 2ème LCI). On peut donc être sur que la Cie C est arrivée en avance de 20 à 30 minutes (soit vers 07h00), et environ 1000 à 1300m à l'Est de l'endroit prescrit (Dog Green).
 (compte tenu de ce qui suit, cet horaire très avancé est douteux, appuyé uniquement sur le témoignage de Huesset)

Pendant que les hommes étaient accroupis contre la murette , sonnés par un atterrissage brutal, les mortiers, cannons et "Nebelwerfer" s'abattaient sur la plage (cette artillerie visait les LCI qui se présentaient à partir de 7h30) ; ils virent le LCI 91 foncer dedans. Ils estiment que ce LCI malchanceux est arrivé 4 ou 5 minutes  après eux (c'est très douteux car il était programmé pour 07h40, soit 35 minutes plus tard, les souvenirs sont probablement imprécis, peut-être les "6h53" sont-ils aussi erronés, en règle générale tous les débarquements étaient en retard de 5 à 40 minutes, jamais vraiment en avance).
Peu après le LCI était enveloppé d'une terrible boule de feu orange et d'une fumée noire et huileuse. Ils virent les hommes de ce bateau sauter par dessus bord, certains hommes d'équipage essayant futilement de lancer un dinghy de caoutchouc du côté bâbord. (il existe un témoignage détaillé de mise à l'eau d'un radeau gonflable, mais sur le LCI 92, arrivé au voisinage peu après le LCI 91, peut-être là aussi il y a confusion, ce n'est pas rare dans les récits du 6 juin)

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