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détails - la 2ème vague d'assaut devant Vierville, 7h00 à 9h00


(détails) Un LCA (de la CieB/116) 
détruit à Vierville, il est certainement l'un des deux que l'on voit sur cette photo prise vers 12h30 le 6 juin, ci-dessous

La Compagnie B du 116ème Régiment d'infanterie s'est dispersée en débarquant

La Compagnie B/116 devait aborder à 7h00 sur Dog Green, suivant la Cie A/116.
Ses 7 bateaux, des LCA britanniques, étaient au bon endroit, mais s'apercevant des conditions catastrophiques sur ce secteur, ils se sont dispersés à droite et à gauche et ont touché terre sur un front de presque 2 km autour de la zone prévue Dog Green. 

Les 3 péniches qui ont touché terre sur Dog Green sont arrivées sous le même feu meurtrier qui avait détruit la Compagnie A, et leurs restes se sont mêlés à ceux de la Compagnie A, dans un même effort pour survivre. 
Seules trois sections sur les 2 flancs ont joué un rôle important dans les combats ultérieurs.

La compagnie B/116 avait déjà eu beaucoup de difficultés pendant son approche. 
  (extraits "Battle at best" par SLA Marshall)
"La mer est si forte pendant le trajet que les hommes doivent écoper énergiquement avec leurs casques pour garder chacun des 6 LCA à flot. Ainsi préoccupés, ils ne voient pas le désastre qui submerge la compagnie A, jusqu'à ce qu'ils soient presque arrivés. Et ce qu'ils voient est si terrible que toute la flotille prend peur et perd sa cohésion. Un gros nuage de fumée et de poussières créé par le tir des mortiers et des mitrailleuses a presque tiré un rideau sur l'agonie de la Cie A. Devant, on ne voit rien qu'une ligne de cadavres dérivant, quelques têtes sur l'eau et la mer rouge de sang. C'est suffisant pour les pilotes britanniques. Ils crient "On ne doit pas aborder ici. Pas de repères. Il faut s'écarter".

Dans le bateau du commandant de la compagnie, le capitaine Ettore V. Zappacosta sort son pistolet Colt 45 et s'oppose: "Merde, vous allez continuer à faire avancer ce bateau!".
Son courage force l'obéissance, mais c'est quand même un ordre stupide. Celui d'expédier les bateaux de la Cie B dans les malheurs de la Cie A sans l'aider en quoi que ce soit. 3 fois. Pendant l'approche, des obus de mortier explosent à côté du bateau de Zappacosta sans l'endommager, et donnent ainsi aux occupants quelques instants de survie. A  70m du sable, Zappacosta crie "baissez la rampe!". Elle tombe et la tempête des balles déferle.

Zappacosta saute dehors le premier, se laisse entraîner une dizaine de mètres dans l'eau jusqu'au coude, et crie: "je suis touché". Il trébuche encore quelques pas. L'infirmier, Thomas Kenser, le voit saigner de l'épaule et de la hanche. Kenser crie: "essayez de tenir, j'arrive". Mais le capitaine tombe face en avant dans les vagues, et le poids de son équipement et de son paquetage gorgé d'eau le maintient au fond. Kenser saute vers lui, il est tué tout de suite. Le lieutenant Tom Dallas de la Cie C, qui les a accompagné, est le 3ème. Il réussit à aller au rivage. Là une rafale mitrailleuse lui arrache la tête avant qu'il puisse s'aplatir.

 


Sur cette photo de la plage Dog Green, on distingue en tout 14 chars, mais aussi 2 LCA échoués dans les rouleaux, vestiges du débarquement des compagnies A et B/116. Il est 12h30.

Le soldat de 1ère classe Robert L. Sales, qui porte la radio SCR300 de Zappacosta, est le 4ème à quitter le LCA, ayant attendu assez de temps pour voir les autres mourir. Son talon s'accroche au bord de la rampe et il s'étale dans l'eau, perdant sa radio, mais sauvant sa vie. Tous ceux qui essayent de le suivre sont soient tués soit blessés avant d'atteindre le sable. Sales est le seul à atteindre la plage indemne. Parcourir les quelques 200 mètres sur cette plage lui prendra 2 heures. D'abord il s'accroupit dans l'eau, et avance à plat ventre quelques pas, se cogne contre un gros rondin flottant et dérivant. A ce moment, un obus de mortier explose au dessus de sa tête, le laissant groggy. Il s'accroche à ce bois flottant pour ne pas s'évanouir et cet effort semble lui éclaircir un peu les idées. Ensuite il se rend compte qu'un isolés de la Cie A le hisse sur le rondin et utilisant son couteau, le débarrasse de son paquetage, de ses bottes et de son gilet d'assault.

Se sentant plus fort, Sales se remet à l'eau et, de derrière le rondin, l'utilisant comme abri, pousse vers le sable. Le soldat Mack L. Smith, de la Cie B, touché 3 fois dans la figure, le rejoint là. Un fusilier de la Cie A, touché 3 fois à la jambe droite, vient à côté de lui. Ensemble ils suivent le rondin qui arrive enfin à la laisse de marée haute (vers 10h00). Puis ils s'aplatissent derrière, restant là des heures après que le flot se soit retiré. Les morts des 2 compagnies s'échouent là, puis repartent avec le jusant. Quand un corps dérive près d'eux, Sales et ses compagnons, sans faire attention aux tirs, rampent depuis l'abri du rondin pour jeter un coup d'oeil. Si l'un d'entre eux reconnaît un camarade, ils s'aident pour le tirer sur le sable, hors d'atteinte de l'eau. Les morts inconnus sont laissés dans la mer. Tant que la mer est haute, ils s'attachent à ce travail. Plus tard un infirmier non identifié qui arrive marchant le long de la plage panse les blessures de Smith. Sales qui reprend des forces panse Kemper. Tous trois restent derrière le rondin jusqu'à la tombée de la nuit. Il n'y a rien d'autre à rapporter des membres de la section du bateau de Zappacosta.

Un seul des autres bateaux de la Cie B essaye aussi d'aller droit sur l'objectif. Bientôt le bateau talonne. Bientôt tous sont tués. Un pilote britannique et 30 fantassins américains. Là où ils tombent, il n'y a personne pour raconter ce qui s'est passé.

Effrayés, les pilotes des 4 autres bateaux jettent un regard rapide, reculent instinctivement, puis virent à droite ou à gauche, loin des débris de la Cie A. Ce faisant, ils abandonnent leur mission, tout en fournissant un répit à leurs passagers. Le choc est tel sur les chefs de section de bateau, et tel est leur soulagement devant ce mouvement de recul, que aucun ne proteste.

Le 3ème bateau, celui du lieutenant Leo A. Pingenot se dirige vers la Percée
, là, apercevant un petit surplomb tranquille sous la falaise, le pilote s'y rend tout droit. A 50m du rivage, Pingenot crie "Baissez la rampe!"  Le pilote se cramponne au câble, refusant de le lâcher. Le sergent-chef Odell L. Pagett lui saute dessus, l'étrangle, le jette au plancher. Les hommes de Pagett baissent la rampe et sautent dans l'eau. En 2 minutes ils en ont tous jusqu'au cou et luttent pour ne pas se noyer. Vite Pingenot est loin devant. Pagett finit par le rejoindre et ensemble ils vont jusqu'au sec. L'espace devant le surplomb est parsemé d'énormes blocs de pierre. Les balles semblent les écorner tous.

Pingenot et Padgett plongent derrière le même rocher. Puis ils regardent en arrière, mais, horrifiés, ils ne voient plus personne. Subitement de la fumée a caché à demi le paysage au-delà du bord de l'eau. Pingenot gémit: "Mon Dieu, toute la section est morte". Padgett crie: "Hé, vous êtes touchés?". De nombreuses voix montent de derrière la fumée: "Où va-t-on?" "Doucement!" "On va y arriver" "D'où vient le feu?" "Qui sait?". Les hommes continuent à se déplacer, utilisant l'eau comme abri. Les appels de Padgett sont leur première indication que quelqu'un est devant. Tous vont vers le rivage, ils sont 28 au début. Pingenot et Padgett restent devant eux, les encourageant. Padgett continue de crier: "Venez, Bon Dieu, ça va mieux par ici". Mais ils perdent 2 tués et 3 blessés en traversant la plage.

Sous le surplomb, la section prend contact avec un groupe de Rangers (la Cie C/2Rgr) et les rejoint ensuite en haut de la falaise, à l'ouest de la maison Gambier. Ils continuent le combat avec eux.

Un 4ème bateau de la CieB qui vire vers la droite a beaucoup moins de chance, car il va moins loin. Le sergent Robert M. Campbell, qui mène la section est le premier à sauter dehors quand la rampe s'abaisse. 
Il tombe dans l'eau profonde et sa charge de 2 perches explosives "Bangalore" l'entraîne au fond. Alors il jette ses perches et à la surface abandonne tout son équipement pour plus de sûreté. Le tir des mitrailleuses l'encadre, et il coule à nouveau brièvement. Assez bon nageur, il retourne vers le large et pendant 2 heures, il va nager à environ 200m du rivage. Bien qu'il n'entende et ne voit rien de la bataille, il a pourtant l'impression que le débarquement a échoué et que tous les autres Américains sont morts, blessés ou prisonniers. Ses forces l'abandonnant, de désespoir, il préfère aller au rivage plutôt que se noyer. Au delà de la fumée il retrouve rapidement les tirs. Alors il attrape un casque sur un mort, rampe sur les mains et les genoux jusqu'au front de mer, et là retrouve 5 de ses hommes, deux d'entre eux non blessés.

Comme Campbell, le 1ère classe Jan J. Budziszewski est entraîné au fond par sa charge de 2 perches "bangalore". Il s'y accroche pendant 1/2 minute avant de réaliser qu'il devait la lâcher ou se noyer. Ensuite il largue son casque, son paquetage et son fusil. Puis il fait surface. Après avoir nagé 200m, il voit qu'il est exactement dans la mauvaise direction. Alors il se retourne et va vers la plage, ou il rampe vers le rivage "sous une pluie de balles". Sur son chemin un Ranger mort. Budziszewski lui prend son casque, son fusil et sa gourde et rampe vers le rivage. Unique survivant du bateau de Campbell à quitter la plage, il passe la journée à marcher de long en large au pied de la falaise, cherchant un visage connu. Mais il ne rencontre que des étrangers et aucun ne s'intéresse à lui.

Dans le 5ème bateau (lieutenant William B. Williams) le pilote vire franchement à gauche et s'écarte très loin du secteur de son chef Zappacosta. 
N'ayant pas vu le capitaine mourir, Williams ne sait pas que le commandement lui revient. Guidé par son instinct, le pilote longe la côte longtemps, puis mène son bateau sur la plage. C'est bien vu; il a trouvé un petit trou dans la bataille. La rampe s'abaisse même sur du sable sec et la section de bateau saute à terre. (ils sont à la limite Dog White - Dog Red)

Pourtant c'était tout juste. Des tirs de mortiers l'avait accompagné; et alors que le dernier fusilier dégage de la rampe, un obus tombe en plein milieu du bateau, le casse en 2 et tue le pilote. Pour le moment la plage n'est pas sous le feu, mais les hommes de la section ne peuvent la traverser d'un seul coup. Affaiblis par le mal de mer et la peur, ils rampent, traînant derrière eux leur équipement. Au bout de 20 minutes, Williams et 10 hommes reposent au pied du talus de galets, sur le sable. 5 autres sont touchés par le tir des mitrailleuses qui balaient la plage; de 6 autres, vu pour la dernière fois s'abritant dans une mare, on n'a plus jamais entendu parler. 

Le Sergent Bill Presley était peut-être dans ce LCA. Voici son récit.

Quand les bateaux d'assaut de la Cie B se sont dispersé juste devant Vierville, le pilote du 6ème bateau (celui du Lieutenant Taylor) a tourné sur sa gauche, se dirigeant sur un point à mi-chemin entre Zappacosta et Williams.
Jusqu'à quelques instants après l'ouverture de la rampe, ce bout de plage à droite du Hamel au Prêtre, n'est pas touché par le feu. Pas d'obus de mortiers pour couronner le départ. Taylor conduit rapidement sa section à travers la plage et sous le talus de galets, perdant 4 hommes tués et 2 blessés (tirs de mitrailleuses). 

Quelques mètres sur sa droite, Taylor a vu les lieutenants Harold Donaldson et Emil Winkler tués. Mais il n'y a pas d'arrêt-réflexion; Taylor conduit sa section en file tout droit en haut de la falaise. (il sera le premier à entrer dans Vierville peu après)

 


Sur cette photo de la plage Dog Green (la villa Hardelay à droite), on peut parfaitement voir 11 chars DD sur la route et sur ce qui reste de plage à la pleine mer. Il est probablement 11h00, la mer a commencé à redescendre, on voit une double ligne d'épavesavec les corps des fantassins des compagnies A et B/116, tués ou noyés devant Vierville et quela marée montante et le courant portant à l'Est a déposé sur la grève. D'autres GI sont réfugiés au pied de la digue, blessés ou choqués et épuisés.

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