24323

Témoignages divers Compagnie A/116 (livre S.Ambrose)

 Autres récits concernant la Compagnie A :

(extraits livre S. Ambrose "D-Day")

L'enseigne de vaisseau Joe Smith était un "Navy Beachmaster" (maître de plage de la Marine). Il devait placer des pavillons pour guider les LCA de la cie A du 116°Rég. Son LCA devait toucher la plage en premier. "Les Allemands nous ont laissé tranquille en arrivant. Nous ne savions pas pourquoi, nous pouvions voir les Allemands nous regarder d'en haut, c'était une curieuse sensation. Nous étions juste devant la casemate du 88 devant Vierville, mais heureusement pour nous, il était installé pour tirer latéralement sur la plage et non de face, et ils ne nous voyaient pas."

Le beachmaster Smith raconte ce qu'il a vu: "Ils ont baissé la rampe, et une ou deux mitrailleuses Allemandes ouvrirent le feu, et on voyait le sable gicler devant le bateau. Personne ne bougea. Le pilote se leva et cria, pour un raison ou une autre le calme se fit un instant et on l'entendit aussi clairement qu'une cloche: 
"Bon Dieu, sortez! J'en ai d'autres à aller chercher!"

Un LCA transportant une section de la Cie A arriva derrière Smith. Les hommes croyaient que, comme on le leur avait dit, les bombardements aériens et navals avaient détruit toute opposition. Les rampes furent abaissées.

Le maître électricien Alfred Sears était dans le dernier LCA de la première vague. L'enseigne de vaisseau lui avait dit "tous les points forts Allemands seront détruits quand nous aborderons"
Sears continue: "Nous en étions tellement sûrs que mes hommes et moi étions sur le pont au dessus de la chambre des moteurs pendant la traversée, profitant du spectacle, fascinés par le tir de barrage des LCT lance-roquettes. Environ un milliers de fusées parsemèrent la plage juste à l'endroit où nous allions. C'était rassurant."
Et Sears se souvient: "Nous avons touché un banc de sable, abaissé la rampe, et alors l'enfer s'est déversé sur nous. Les soldats reçurent une grêle de balles de mitrailleuses dans le bateau. Le lieutenant de l'armée a été tué de suite, d'une balle dans la tête."

Le sergent Thomas Valance a survécu. "En descendant la rampe, nous étions dans l'eau aux genoux et avons commencé à faire comme à l'entraînement, avancer, se coucher, tirer. Le problème c'est qu'on ne savait pas sur quoi tirer. Je voyais des traceuses venant d'un emplacement bétonné qui me semblait colossal. Je ne m'attendais pas à en voir un si gros. Je tirais dessus mais ça ne servait à rien de s'attaquer à une casemate bétonnée avec un fusil calibre 7mm,5."

La marée montait, et les hommes autour de Valance se faisait toucher. Il trouvait dur de se lever, comme les autres, il était terriblement surchargé, mouillé complètement, épuisé, essayant de se traîner dans le sable et l'eau et d'éviter les obstacles minés. "Je dus abandonner mon équipement qui me maintenait au fond."

"Il devint vite évident que nous ne ferions pas grand chose. Je me souviens flottant dans l'eau, une main en l'air pour garder un équilibre, quand je fus atteint à la paume puis à travers le poignet."
"Le soldat Henry Witt se retourna vers moi. Je me rappelle ses paroles: "Sergent, il vont nous faire mourir ici comme des rats. Exactement comme des rats."
Valance fut à nouveau touché, à la hanche gauche, l'os brisé. Il ramassa 2 autres blessures légères. Son sac fut touché 2 fois, et la jugulaire de son casque déchirée par une balle. Il rampa sur la plage "et je m'adossais au mur de la digue, perdis à peu près connaissance et, en fait, j'ai passé le reste de la journée dans cette position. Ma participation au débarquement s'était terminée comme pour le reste de la compagnie, balayée par le feu Allemand. Les cadavres de mes copains s'échouaient à côté, et j'étais le seul vivant parmi tant d'amis tous morts, souvent déchiquetés." 

Le soldat George Roach était assistant du lance-flammes. Il pesait 60 kg, et portais 45kg de matériel, comprenant son fusil M1, les munitions, les grenades à main, un bidon de 20 litres d'essence pour le lance-flammes, un jeu de clés de démontage, et une bouteille d'azote.
"Nous sommes descendu par la rampe, il y avait beaucoup de pertes. Nous ne savions pas d'où venaient les tirs, du haut de la falaise ou des maisons de vacances sur le bord. Je me laissais tomber sur le sable et tirais sur les maisons. Le sergent Wilkes: "sur quoi tu tires?", et je répondis "Je ne sais pas."
Le seul autre survivant de la section de bateau que Roach pouvait voir était le soldat Gil Murdoch. Les deux hommes étaient couchés derrière un obstacle. Murdoch avait perdu ses lunettes et n'y voyait rien. "Tu sais nager?" demanda Roach.

"Non"
"Bon, regarde, on ne peut pas rester ici, retournons dans l'eau, et laissons-nous porter par la marée."
Il reculèrent s'abritèrent derrière un tank détruit. Tous deux étaient légèrement blessés. La marée les rattrapa et ils s'accrochèrent au char. Roach se mit à nager vers le rivage; le patron d'un LCVP le ramassa à mi-chemin. "Il me hissa à bord, vers 10h30, et je m'endormis rapidement."

Roach finalement atteignit le talus, où il aida des infirmiers. Le lendemain il retrouva les restes de sa compagnie. "J'ai rencontré le Général Cota, j'ai parlé un peu avec lui. Il me demanda de quelle compagnie j'étais. Je lui dis et il hocha la tête. La compagnie A était détruite. Quand nous nous sommes retrouvé, nous étions 8 bons pour le service."

(Cota demanda à Roach ce qu'il ferait après la guerre. "Un jour j'irai à l'Université, j'aimerai aller à Fordham."  5 ans, jour pour jour après, Roach étais diplômé de Fordham. "Depuis," raconta-t-il en 1990,"il n'y a pas de jours où je n'ai pensé à ceux qui ne sont pas revenus ce jour-là.")

Le bateau de l'adjudant Lee Polek était sur le point de couler bas en approchant de la plage. Tout le monde écopait avec son casque. "Nous criions à l'équipage de nous amener plus vite, préférant combattre que de nous noyer. Comme la rampe s'abaissait, nous fûmes touchés par des tirs de mitrailleuses et de fusils. Je criais de se tenir prêt à nager et à se battre. Nous recevions des tirs directement dans le bateau. Mes 3 chefs de peloton devant, et d'autres, furent touchés. Quelques hommes grimpèrent par les côtés. 2 marins furent touchés. Je sortis dans de l'eau aux chevilles, essayais de courir, mais j'ai eu de suite de l'eau jusqu'aux hanches. Je traînais me cacher derrière un obstacle de ferraille. Des balles ricochaient dessus, d'autres touchaient d'autres de mes hommes. Je remontais la plage en rampant derrière le talus de galets et bien peu de mes hommes m'ont rejoint. Je comptais, 11 restaient seulement sur les 30 du bateau. Quand la marée monta, nous retournâmes en courant pour tirer les blessés à l'abri. Certains furent atteints de nouveau sur la plage. Plus d'hommes groupés, plus de blessés par les obus. Les hommes s'entraidaient."
"Pendant que nous étions agglutinés là, je dis à Jim Hickey que je voudrais vivre jusqu'à 40 ans, travailler 40 heures par semaine pour 1 dollar de l'heure (quand j'ai été recruté, j'avais 37,5 cents de l'heure). J'étais sûr de m'en sortir pour 40 dollars la semaine."
"Jim Hickey m'appelle encore le 6 juin pour me demander: "Hé, sergent, tu te fais toujours 40 dollars la semaine?"
______________________________________

 Extraits "Jour J à l'aube"

Cecil Breeden est un jeune homme tranquille de l'Iowa, un état du centre des Etats-Unis. Il est l'un des 3 infirmiers qui partent à l'attaque dans la péniche de commandement de la compagnie A du 116ème Infantry. Quand ces hommes débarquent dans le pire secteur d'Omaha ce matin-là, un des infirmiers tombe immédiatement et l'autre est grièvement blessé. Breeden accomplira sa tâche seul toute la journée. Debout sous le feu des mitrailleuses et des mortiers, il va de blessé en blessé sans sourciller. Quand un GI touché tente de le tirer à couvert, Breeden se dégage et répond: "Pour l'instant c'est toi qui a écopé. Quand j'aurai été touché, tu pourras t'occuper de moi". Cecil Breeden est mort en 1991, sans avoir sollicité ni reçu le moindre témoignage officiel de reconnaissance. Ses camarades ont oeuvré pour que la Medal of Honor ou la Distinguished Service Cross lui soient accordées, en vain. Pour les vétérans de la compagnie A, Cecil Breeden demeure un véritable sauveur. Pour les historiens du jour J, il se distingue parmi tant d'autres hommes courageux comme l'incarnation de l'esprit des libérateurs. De nombreux autres héros se sont révélés le matin du 6 juin. Malheureusement, leur histoire n'a pas été écrite et leurs noms ne seront jamais connus.

 

 

Retour Accueil