Origine géographique des soldats de la 29ème division: Maryland et Virginie, la Compagnie A/116 venait de Bedford près de Roanoke

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Récit détaillé du débarquement de la Compagnie A/116

 

 

(Extraits du livre de S.L.A. MARSHALL : "Battle at Best")

Environ 60% des hommes de la Cie A/116 venaient de la même ville, Bedford, en Virginie; pour Bedford, les 15 premières minutes sur Omaha Beach furent un désastre irrémédiable. La compagnie G qui devait aborder juste à l'est de la A, sur Dog White, dériva de plus d'un kilomètre, aussi les Allemands défendant le point fort de Vierville s'acharnèrent sur la Cie A. Ce fut un massacre. Une trentaine de survivants, presque tous blessés. Voici quelques détails sur son agonie.

 

La Compagnie A (Able Cy) du 116°rég., embarquée dans 7 LCA, est encore à 4500m de la plage quand elle est prise pour la première fois sous un feu d'artillerie. Les obus tombent court. A 1000m, le bateau N°5 est frappé à mort  (en fait il a probablement coulé suite à des avaries subies lors de sa mise à l'eau, lorsqu'il a abordé un autre LCA) et coule. Six hommes se noient avant que des secours arrivent. Le sous-lieutenant Edward Gearing et vingt hommes pataugent avant d'être recueillis par un patrouilleur de la marine, manquant ainsi le combat sur le rivage. C'est leur jour de chance.
Le soldat John Barnes de la Cie A/116 était dans ce LCA. Alors qu'il approchait en ligne de front avec 11 autres bateaux, quelqu'un cria: "Regardez! Vous raconterez ça à vos petits enfants!"
Et Barnes pensait: "Oui, si nous en sortons vivant."
Devant, il pouvait voir le clocher de Vierville. La Cie A était exactement au bon endroit. Le LCA fonçait en rugissant à travers les vagues. 
"Tout d'un coup un tourbillon d'eau enveloppa mes chevilles et l'avant du bateau plongea. L'eau atteint rapidement ma taille et nous avons appelé les autres bateaux de chaque côté. Ils nous firent un signe d'adieu en réponse. Le bateau coula sous mes pieds. Je pressais les cartouches de gaz de ma ceinture de sauvetage. La boucle sauta et elle fila. J'agrippais le dos de l'homme à côté de moi, je coulais. Je grimpais sur son dos, paniqué. Des têtes flottaient sur l'eau. Nous voyions les autres bateaux s'éloigner vers le rivage."

Quelques hommes avaient muni leurs armes de ceintures de sauvetage et les avaient gonflées. Barnes vit un fusil flottant, puis un lance-flammes avec 2 ceintures autour. 
"Je m'y accrochais, mais je continuais de couler. Je ne pouvait garder la tête hors de l'eau. J'essayais de larguer les sangles de mon gilet d'assaut, mais je n'arrivais pas à bouger. Le lieutenant Gearing attrapa mon gilet et coupa les sangles avec son couteau ce qui m'allégea. Maintenant je pouvais nager."

Le groupe était à 1 kilomètre du rivage. Le sergent Laird voulait y aller en nageant, mais le lieutenant Gearing dit: "Non, nous allons attendre et nous faire repêcher par un bateau qui passera par ici." Mais aucun ne voulait s'arrêter; les pilotes avaient l'ordre de continuer et de laisser le travail de sauvetage à d'autres. 
Au bout d'un moment, "Nous avons entendu un appel amical d'un LCA. Il s'arrêta, son bateau était vide. Il nous aida à grimper à bord. On reconnut le pilote. Il était de l'"Empire Javelin". Il ne retournais pas à la plage. Nous avons demandé ce qu'étaient devenus les autres. Il dit qu'il les avaient débarqués OK. Nous revînmes ainsi sur l"Empire Javelin", que nous avions quitté à 4 heures du matin. Depuis combien de temps? Quelques minutes, il me semblait. Quand j'ai pensé à demander, il était 13 heures."

Barnes et sa section de navire étaient des chanceux.

Les 6 autres LCA continuent leur route indemnes jusqu'à 100m du rivage, là où un obus tue 2 hommes dans le bateau N°3. Une douzaine d'autres se noient alors que le bateau coule. Il reste 5 LCA.

Le lieutenant Edward Tidrick dans le bateau N°2 hurle: 
"nous arrivons juste au bon endroit, mais regardez: pas de mur, pas de trous d'obus, pas d'abri, rien!".

Ses hommes sont sur les côtés du bateau s'efforçant de voir leur objectif. Ils regardent mais ne disent rien. A 6h36 exactement, la rampe est abaissée dans l'axe du bateau et les hommes sautent dans l'eau qui leur monte tantôt à la taille tantôt au-dessus de la tête. C'est le signal attendu par les Allemands sur la falaise. Déjà frappée par les mortiers, la zone est immédiatement balayée par un feu croisé de mitrailleuses venant des deux côtés de la plage.

Chaque section de bateau avait prévu d'aller jusqu'au sable en 3 files par bateau, la file centrale passant en premier, les files latérales s'étirant ensuite à droite et à gauche. Les premiers sortant essayent, mais sont déchirés par les balles et séparés avant d'avoir fait 5m. Même les blessés légers se noient, écrasés par le poids leurs équipements. 

Du bateau N°1, tous sautent dans de l'eau qui dépasse leurs têtes. La plupart sont entraînés au fond. Une dizaine de survivants restent autour du bateau, accrochés à ses bords pour essayer de flotter.

La même chose arrive à la section du
bateau N°4. La moitié est perdue par le feu ou par noyade avant que quelques uns arrivent sur le sable. Toute organisation a disparue de la CieA avant qu'elle ait tiré un seul coup de feu.

Dès lors la mer devient rouge. Même chez certains des blessés légers qui sautent dans de l'eau peu profonde, les coups sont mortels. Assommés par une balle dans le bras ou affaiblis par la peur et le choc, ils sont incapables de se relever et se noient dans la marée montante. D'autres blessés se traînent jusqu'au sable et s'y couchent totalement épuisés, pour être rattrapés par l'eau montante et noyés. Quelques uns avancent indemnes à travers les balles qui balayent la plage, voient qu'ils ne peuvent y rester. Ils reviennent dans l'eau pour s'y cacher. Sur le dos, les narines hors de l'eau, ils rampent vers le rivage avec la marée. C'est ainsi que la plupart des survivants s'en sortiront. Certains cherchent l'abri des obstacles plantés sur la plage et y sont abattus par les tirs de mitrailleuses.

Moins de 7 minutes après l'abaissement des rampes, la Cie A est inerte et sans chef. Au bateau N°2, le lieutenant Tidrick prends une balle dans la gorge en sautant de la rampe dans l'eau. Il trébuche jusqu'au sable et s'effondre à 3m du soldat 1ère classe Leo J.Nash. Nash voit le sang gicler et entend la voie étranglée de Tidrick: "avancez avec les cisailles!". C'est futile; Nash n'a pas de cisaille. Pour donner cet ordre, Tidrick s'est redressé sur ses mains, devenant une cible pour un instant. Nash, aplati dans le sable, voit des balles de mitrailleuses déchirer tout le corps de Tidrick. De la falaise au-dessus, les Allemands tirent sur les survivants comme du haut d'un toit.

Le capitaine Taytor N.Fellers et le lieutenant Benjamin R.Kearfoot n'en sortiront pas. Ils ont embarqué avec une section de 30 hommes dans le bateau N°6 le LCA N°1015). Mais ce que sont devenus exactement ce bateau et sa cargaison humaine, personne ne le saura jamais. Personne ne l'a vu couler. Comment chacun des hommes à bord trouva la mort restera sans réponse. La moitié des corps noyés furent retrouvés plus tard le long de la plage. On pense que la mer a gardé les autres.

Sur la plage, seul un officier de la CieA vit encore, le lieutenant Elijah Nance, touché au talon en quittant le LCA, touché une seconde fois au ventre en arrivant sur le sable. Au bout de 10 minutes, tous les sergents sont morts ou blessés. Pour un homme comme Gilbert G.Murdock, ce nettoyage fait penser que les Allemands sur la falaise ont repéré les chefs et concentré leurs tirs sur eux. Les hommes qui avancent encore dans l'eau avec la marée ont jeté fusils, paquetages et casques pour survivre.

Sur la droite du bateau de Tidrick dérivant avec la marée, son pilote mort à côté de la barre criblée d'éclats,
le 7ème LCA, transportant un groupe médical avec un officier et 16 hommes se pointe sur la plage. La rampe s'abaisse. Au même instant, 2 mitrailleuses concentrent leur feu sur l'ouverture. Personne n'a le temps de sortir. Tous à bord sont fauchés là où ils se trouvent.

Au bout d'un quart d'heure, la Cie A/116 n'a pas encore tiré un seul coup. Aucun ordre n'est plus donné. Personne ne dit plus rien. Les quelques survivants capables bougent ou non, en fonction de ce qu'ils croient le meilleur. Rester vivant est une occupation à plein temps. Le combat est devenu une opération de secours dans laquelle seule compte la force de l'exemple.

Au dessus des autres se dresse le secouriste Thomas Breedin. En atteignant le sable, il se débarrasse de son paquetage, de sa veste, de son casque et de ses chaussures. Un moment il se tient debout pour que les autres le voient et aient la même idée. Ensuite, il rampe dans l'eau pour tirer les blessés sur le point d'être submergés par la marée. Les eaux plus profondes sont toujours parsemées par ceux qui avancent au rythme de la marée. Mais maintenant, à l'exemple de Breedin, les plus forts d'entre eux deviennent des objectifs plus visibles. Ils s'approchent, prennent leurs camarades blessés et les font flotter comme des radeaux jusqu'au rivage. Les mitrailleuses continuent à ratisser l'eau. Tour à tour elles détruisent l'oeuvre de sauvetage, arrachant les corps flottants des mains des marcheurs ou les tuant tous deux. Mais pendant cette heure, Breedin est sous le charme et continue son travail imperturbablement.

Au bout d'une 1/2 heure, à peu près les 2/3 de la compagnie a disparu pour toujours. Il n'existe pas de chiffrage des pertes à ce moment. Seul Dieu sait si les fusiliers de la Cie A sont mort plus de la noyade que du feu de l'ennemi. Les indications terrestres semblent le montrer, mais il n'y a pas de preuve.

Après 1 heure, les survivants ont rampé sur la plage jusqu'au pied du front de mer, où il y a un étroit sanctuaire d'espace protégé. Ils sont couchés là, désarmés, trop choqués pour ressentir la faim, incapable même de se parler. Personne ne vient les secourir, leur demander ce qui est arrivé, leur donner de l'eau, ou leur offrir une compassion non réclamée. Le jour J à Omaha n'offre pas le temps et l'espace pour de tels actes. Chaque compagnie débarquant a trop à faire avec ses propres difficultés.

Après 1 heure 45, 6 survivants de la section de navire de l'extrême droite (à l'Ouest) se frayèrent un chemin sur un ressaut de la falaise. 4 tombèrent épuisés par cette courte escalade et n'allèrent pas plus loin. Ils restèrent là toute la journée, ne virent personne d'autre de la compagnie. Les 2 autres, les soldats Jake Shefer et Thomas Lovejoy, rejoignirent un groupe du 2ème Bataillon de Rangers, CieC, et combattirent avec eux toute la journée contre le point fortifié de la maison "Gambier". 2 hommes. 2 fusils. C'est la seule contribution de la CieA aux combats du jour J.

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