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Organisation d'un bataillon de chars 


(détails)
un LCT Mark 6, avec portes avant et arrière, et passerelle sur tribord. Plans:

Les 2 positions de jupe du char Sherman amphibie DD

un char DD, jupe repliée, de profil
Ci-dessous on voit les 4 chars DD qui viennent de quitter le LCT589 sur Dog White. La photo est prise du LCT se retirant, vers 6h40 du matin le 6 juin.



(détails) Vierville, 7h30 du matin, mi-marée, 4 chars sont visibles au bord de l'eau, ainsi que des GI sur le sable au milieu des hérissons métalliques

(détails) 4 chars peut-être des 3 types DD (1), Standard (2), et Dozer (1)


(détails) Un peu plus à l'ouest, devant la future villa Philippe Marchal, on voit 6 autres chars DD sur la plage, toujours vers 7h30.


(détails) encore un peu plus à l'ouest, à la limite de Dog Red (sous Les Moulins) d'autres chars DD sont visibles sur la plage à 7h30.
Dans la partie gauche de la photo, commence le secteur où la cie C/116 vient de débarquer et où le LCI 92 va bientôt arriver


(détails) A 12h30, voici le LCI 92 échoué sur les galets, accompagné de 5 chars sur la route côtière

Les chars Sherman amphibies sur la plage de Vierville

           1/ Les LCT(A) transportant 8 chars standard de la A/743 et 4 chars-bulldozers (de la 610ème Light Equipment Cy)


Les LCT(A) (A comme armoured, cad blindés) étaient blindés à l'avant et au poste de pilotage et une grande rampe en bois était située sur le pont afin d'élever les Sherman, pour leur permettre de tirer pendant que le bateau approchait du rivage.
Ces LCA étaient lourds, en traversant la Manche, ils avaient remorqué un LCM de la SETF, et ils ont en général été retardés, souvent de plusieurs heures.
Seul le LCT 2227, sous un feu d'enfer, semble avoir abordé à Vierville vers 7h30, (avec le tankdozer du Gapteam N°1, et 2 Shermans standard) sur Dog Green. Sa rampe d'étrave, les chaînes et leurs mécanismes ont été gravement endommagée par des tirs de mortiers qui ont aussi atteint la coque sous la flottaison. Tout le navire a été marqué par les impacts de mitrailleuses. Il a fini par perdre sa rampe d'étrave au cours de la journée.

Les autres LCT(A) furent encore plus retardés et abordèrent beaucoup plus tard sur St-Laurent, notamment le LCT 2050 (Gapteam 3). Le LCT 2273 (Gapteam 2) gravement endommagé par l'artillerie, marqué par les tirs de mitrailleuses a fini par se casser en deux et à couler en mer avec ses 3 chars après avoir été tiré hors de la plage de Saint-Laurent par le LCT 2275 après 17h00.
Le LCT 2275 (Gapteam 4) a fait eau dès le 5 juin pendant la traversée de la Manche. A 11h00, il a perdu son moteur tribord, avec une gîte importante sur tribord et 50cm d'eau sur le pont tribord. A 14h00, il a dû transférer les hommes du Gapteam 4 sur leur LCM qui était en remorque et larguer cette remorque pour permettre au LCM de faire route seul jusqu'à la plage Dog White. A 18h00, le moteur tribord a été remis en service, mais le convoi n'étai plus visible. Toute la nuit le LCT a fait route au 140. A 06h00, il a été avisé par un dragueur de mines Britannique qu'il était dans une mauvaise direction et à 18 milles de Dog White où il ne s'est présenté qu'à 12h00 le 6 juin mais sans pouvoir aborder. Il a réussi à décharger ses 2 chars et le tankdozer à la basse mer vers 17h00 à St-Laurent, sous le feu, et s'est retiré en remorquant le LCT 2273 désemparé.

           2/ Les LCT transportant les 32 chars Sherman DD (Duplex Drive)amphibies des Cies B/743 et C/743
Au lieu d'être lancés en mer à 5400m du rivage comme prévu, ils furent transportés jusqu'à terre avec les 8 LCT de la flottille du Lieutenant Dean Rockwell, accompagnée par le patrouilleur PC 568. Voir aussi des extraits du rapport de Rockwell en date du 14/7/44.

Les premiers Américains arrivés sur les plages Dog Green et Dog White ont donc été les chars Sherman DD, à H-1 minute. Le LCT 535 de Rockwell a talonné sur un banc de sable à environ 15 mètres du rivage, où il a abaissé sa rampe et les 4 chars ont quitté successivement le LCT. Ils ont plongé dans l'eau profonde, protégés par leurs moteurs isolés de l'eau puis ils ont continué vers le rivage.

Alors que les chars descendaient en grondant les rampes, un canon Allemand prenant la plage en enfilade, les a pris sous son feu. Alors que Rockwell retirait son chaland, il a remarqué 2 chars touchés. L'un d'eux brûlait. Les 2 suivants, et d'autres du 743ème Bataillon restaient dans l'eau tout en tirant avec leurs mitrailleuses et leurs canons de 75mm.
Tous les chars n'ont pas été si loin. L'enseigne de vaisseau F.S. White, commandant le LCT 713, a raconté plus tard à Rockwell: "La rampe a été abaissée, et le premier char lancé. L'eau était très profonde et comme le char quittait la rampe, il est allé directement au fond et n'a plus bougé. Le chef de char a ordonné l'abandon et tout l'équipage a été ramené à bord du LCT à l'aide d'une longue aussière jetée du navire."  L'enseigne White a fait machine arrière, s'est déplacé latéralement de 100m, et a abordé une seconde fois. Les 3 derniers chars ont pu sortir de l'eau, et le LCT a prit un coup direct. Le LCT 713 est reparti avec 3 marins tués à bord. Il a dû être remorqué jusqu'en Angleterre.
Le LCT 590 a été touché lui aussi avec des hommes tués. Les LCT 535, 586, 587, 588, 589 et 591 se sont retirés normalement et ont pu retourner dans la zône de mouillage pour se faire recharger en vue d'assurer leur seconde mission prévue à H+215 (10h05) sur les plages Dog.
Souvent la tactique des chars a été de rester dans l'eau, et d'avancer avec la marée montante. Ils se sont fait moins remarquer, tirant avec la tourelle hors de l'eau, mais risquant de se faire submerger par une grosse vague.

Le colonel John Upham, commandant le 743ème Bataillon de chars, est arrivé sur les talons de la première vague. Il est d'abord resté à quelques centaines de mètres du rivage, dirigeant ses chars par radio. Quand son LCT s'est rapproché vers 8 heures, il a sauté par dessus bord et nagé jusqu'à la plage pour rejoindre ses chars. Toujours à pied, il a dirigé leurs tirs. Une balle de fusil a traversé son épaule droite, mais il a refusé les soins médicaux. Il a rencontré le soldat Charles Leveque et le caporal William Beckett qui avaient abandonné leur char avec une chenille cassée. Upham, son bras droit inerte et pendant, les a envoyé sur le talus de galets. Beckett a commenté: "Impossible de faire sortir le colonel de son impassibilité. Même à ce moment là."


(détails) La plage de Charlie-Dog Green, vers 7h30

Sur ces 2 photos d'ensemble on distingue assez mal environ 25 chars DD et quelques Standard ou tankdozer, vers 7h30 sur la plage, au moment de l'arrivée de la Cie C/116, des 2ème et 5ème Ranger et du LCI 91 devant Dog White; 35 ont débarqué sur ce secteur, ce qui fait penser que les manquants sont détruits et noyés dans la partie basse de la plage

 


(détails) la plage de Dog White - Dog Red -Easy Green, vers 7h30

Ci-dessous 3 photos prises du LCI 91, vers 1750-8h00, montrant des chars DD sur la plage et le banc de galets de Dog White, avec les épis en bois de ce secteur de Dog White
détails Vue du LCI 91, vers la gauche, plusieurs chars DD sont placés entre les épis

(détails) Le LCI 91, vue vers l'avant, 2 chars DD
détails Vue du LCI 91, vers la droite


(détails) Sur cette photo de la plage Dog Green (la villa Hardelay à droite), on peut parfaitement voir 11 chars de divers modèles sur la route (7) et sur ce qui reste de plage à la pleine mer (3 + 1 à cheval sur la digue, ce qui fait supposer que des galets sont sur la digue).
Il est probablement 12h30, la mer a commencé à redescendre, on voit une double ligne d'épaves avec les corps des fantassins des compagnies A et B/116, tués ou noyés devant Vierville et que la marée montante et le courant portant à l'Est a déposé sur la grève.
D'autres GI sont réfugiés au pied de la digue, blessés ou choqués et épuisés.


(détails) Sur cette photo, proche de D1, on distingue en tout 14 chars , mais aussi 2 LCA échoués dans les rouleaux, vestiges du débarquement des compagnies A et B/116. Il est 12h30.

 

 

 

 


Vers 12h30, 11 chars attendent sur la route de bord de mer à l'ouest de la villa Hardelay


Chars DD amphibies du 741ème Bataillon récupérés après 25 ans sous l'eau
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Un char DD amphibies récupéré au fond de l'eau


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Un Tankdozer récupéré au fond de l'eau

Combattant à la fois l'ennemi et la marée montante, les chars avaient fort à faire, piégés sur le sable, entre l'eau et le talus, incapables de dépasser la barrière de galets pour atteindre la route et formant des cibles faciles pour les canons ennemis. Le contrôle de chaque char était impossible, avec des chars éparpillés sur toute la plage plage et gênés dans leurs manoeuvres.

Cependant, les chars continuaient à tirer. L'un d'eux, en panne, tira jusqu'à ce que la marée montante noie ses pièces. D'autres tiraient pendant que l'équipage réparait les chenilles. 

Le sergent Sheppard, du 743ème Tank Batallon:
"Mon pointeur, le Caporal Legler, commença à tirer immédiatement sur les objectifs que je lui désignai. Il y avait des encuvements pour pillboxes et des emplacements de canons. Je repérai un tunnel sur ma gauche. Legler lui balança 2 obus perforants de 75mm. Une grande explosion..."

A la fin de la journée, 23 chars survivants (certains étaient avariés) du 743ème ont quitté la plage par Vierville. La Cie B/743 avait perdu 7 chars sur 16, la Cie C/743 avait perdu 8 chars sur 16. La Cie A/743, équipée de 16 Sherman standard débarqués sur l'ensemble Dog Green - Easy Green avait perdu 4 chars.

Leur travail ne peut pas être résumé facilement; le meilleur témoignage en leur faveur est la brève mention dans les archives de beaucoup d'unités dispersées signalant des positions neutralisés par des chars. «Les chars ont sauvé la journée. Ils ont tiré un feu d'enfer sur les Allemands, de même qu'ils ont reçu d'eux un feu d'enfer». 
Il est vrai qu'ils étaient nombreux, plusieurs dizaines entre Vierville et St-Laurent, et que leur blindage les mettait à l'abri de tous les canons allemands, à  l'exception du 88mm du blockhaus de Vierville. Ils assuraient donc un volume de feu considérable aux Américains.
Les 2 75mm de campagne de la Percée ou les PAK38 et 40 de 50 mm et 75mm des WN 72 et 73 étaient trop éloignés ou trop faibles pour faire autre chose qu'en immobiliser certains en touchant les chenilles.
L'artillerie de campagne tirant depuis l'intérieur des terres était peu précise et devait être dirigée en priorité contre les grands LCI ou LCT.
Le PAK43 de 88 mm du WN72 a donc pu détruire plusieurs chars, mais il a dû être vite repéré et les chars ont fini par réussir des coups d'embrasure dont on voit encore les traces aujourd'hui.


(détails) les hélices des chars amphibies DD
(Duplex Drive)

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(détails) Un char DD amphibies récupéré au fond de l'eau


(détails) la rampe spéciale des LCT équipés pour lancer des chars amphibies


(détails) Char amphibie DD, récupéré