les objectifs des "Liberators"
sur la plage Omaha


le trajet aller-retour sur la Manche

les zones de rassemblement des Liberators au départ de leurs bases d'Angleterre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2311

    Les bombardements aériens sur Vierville
Reportage à la base de Bungay

 

   Réf.:  extrait revue "Le fana de l'aviation" N°T6994

Bungay, Suffolk, lundi 5 juin 1944, 23 heures. Rien ne semblait bouger sur la grande base américaine. Les silhouettes sombres et trapues des 33 quadrimoteurs B24"Liberator" du 446ème Groupe de Bombardement se détachaient à peine sur le ciel presque noir. Pourtant, ce calme n'était qu'apparent. Tendus, les chefs d'équipage attendaient depuis des heures devant leurs appareils. Ils savaient que le grand jour allait commencer dans quelques heures, et que, d'un moment à l'autre, ils allaient entrer dans la danse.
Enfin, les haut-parleurs appelèrent tous les équipages aux briefings, les conférences qui précédaient chaque mission, pour les pilotes, les navigateurs, les bombardiers. Il était 23 h 30. Lecture fut faite de l'ordre de mission n° 328 qui concernait l'ensemble de la 2ème Air Division. Et notamment le 20ème Wing qui devait fournir 4 groupes avec 114 quadrimoteurs  Américains pour aller pilonner les positions ennemies juste en arrière des plages de Vierville à la Percée.
A la tête de cette armada aérienne voleraient les 33 avions du 446ème Bomb Group qui attaquerait les points fortifiés WN71 et 72 juste en bas de la vallée de Vierville (objectif N° 37 de l'ordre d'opération).
Un autre groupe de 33 avions se chargerait de l'objectif N°36, le point fortifié WN73 (la maison Gambier).
2 autres groupes de 24 avions chacun, attaqueraient les WN74, pointe de la Percée (objectif N°35) et WN70 au dessus de la villa Hardelay (objectif N°38). 
Chaque avion emportait 3 tonnes de bombes environ.

Cette première mission était importante, car elle devait précéder de peu l'assaut amphibie. Elle portait sur les objectifs côtiers de Vierville. L'objectif principal était de mettre les Allemands en état de choc et de couper les voies de communication derrière les plages, et c'est pourquoi la plupart des appareils étaient armés de bombes explosives de 225 kg et de bombes à fragmentation de 45 kg.
.
Les instructions étaient très strictes. Les avions en difficulté pourraient faire demi-tour tant qu'ils n'auraient pas franchi la côte anglaise. Au-delà, cette manoeuvre  leur serait formellement interdite. Le trafic s'effectuerait à sens unique. Tout appareil volant en sens inverse dans les couloirs aériens au-dessus de la Manche, risquait d'être abattu.

Enfin, dans leur message aux équipages, les Généraux Doolittle et Hodges insistèrent fortement sur la nécessité d'écraser les défenses adverses avec toute la puissance nécessaire mais avec précision afin de ne pas mettre en danger les troupes alliées dont le débarquement suivrait immédiatement.


(détails)
 

(détails) un "box" de Liberators  

un des Libérators du 446°Group
avec ses couleurs caractéristiques


(détails) un Liberator attaqué par la Flak

(détails)
box de B24 larguant leurs bombes, on peut imaginer la dispersion à l'arrivée des bombes à terre



(détails)
B24 survolant un convoi


(détails)
B24 près de la côte


(détails) Un des rares cratères de bombes noté près de la côte, sur Dog White, au droit des villas Godard, photo à 12h30 le 6 juin

 

 



Retour Accueil


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il était à peine 2 heures du matin lorsque, à Bungay, les 33 "Liberator" à dérives jaunes et noires du 446ème Bomb Group commencèrent à rouler. Ouvrant la marche, celui du capitaine Charles Ryan, surnommé "Red Ass" (le cul rouge), à cause du coussin rouge qu'il avait cousu au fond de sa combinaison de vol. A bord avait également pris place le commandant du groupe, le Colonel Jacob I. Brogger. 
Les quatre moteurs Pratt & Whitney de 1200 ch hurlèrent leur pleine puissance comme pour houspiller l'avion qui s'élançait trop mollement, et s'envolait presqu'à regrets tant il était lourd. Derrière lui, un à un, s'élevèrent les avions des quatre escadrons du Group. 33 pilotes : Ryan, McConnell, Hornbuckle, Willis, Henderson, Beauregard, Crook et les autres.
Tous les avions du 446ème Group mirent le cap au Nord-Ouest, en s'éloignant de la France, en fait vers la zone de rassemblement du 20ème Wing, où ils allèrent laborieusement former leur "box", groupe de bombardiers en forme de boîte, avant d'emprunter le corridor aérien réservé au 20ème Wing de la 2° Air Bomb Division. 
Une fois encore, l'organisation avait été minutieuse. A chaque unité, chaque avion avait été attribué un plan de vol, des horaires et un objectif dûment identifié. La 2ème Bomb Division fournit les 16 escadrons de 6 ou 8 B-24 "Liberator" contre les objectifs N° 35 à 38, entre 6h00 et 6h25.

Le mauvais temps protégeait les Allemands. Très vite il devint évident que les conditions météorologiques n'étaient vraiment pas favorables aux Alliés et qu'elles imposeraient la procédure de bombardement sans visibilité, encore moins précise... d'où des précautions supplémentaires pour éviter que des bombes tombent sur les fantassins sur le point de débarquer..
Afin de s'assurer que des bombes exploseraient à 1 000 m au moins des troupes d'assaut, il fut décidé de retarder les largages après le moment déterminé par radar.
Ces décalages allaient de cinq secondes pour les bombardements prévus à l'heure H moins 15 minutes, jusqu'à 30 secondes pour ceux qui étaient prévus à H moins 5. Par ailleurs, le plan de vol prévoyait une approche perpendiculaire à la côte qui simplifiait la navigation et exposait moins les avions à la Flak, tout en éliminant le risque de méprise par les artilleurs amis.
Après leur attaque, tous les avions effectuèrent un virage à droite pour regagner l'Angleterre, par l'ouest du Cotentin.
Compte tenu des incidents de vol, une centaine d'avions sur les 114 prévus participèrent à ces 4 missions sur Vierville et la Percée. Les décollages s'enchaînèrent à partir de 1h 55 du matin, et les rassemblements successifs des escadrons se déroulèrent presque comme à l'entraînement, sauf pour certains qui ne parvinrent pas à retrouver leur leader. Il y eut aussi quelques accidents et pannes diverses. 
 

               Au passage de la côte anglaise, les avions s'alignèrent en six rangs, derrière un bombardier-guide équipé d'un radar H2X qui donnait une image du sol masqué sous les nuages. Le "Liberator" du Capitaine Charles Ryan atteignit le secteur de l'objectif N° 37 (en bas de Vierville), peu avant 6 h, une demi-heure avant l'Heure H. Il était très exactement 5 h 56 lorsque le Lieutenant Jacobs, bombardier de "Red Ass", ordonna le largage des bombes de 45 et 225 kg sur les positions allemandes de Vierville-sur-mer. Ce bombardement dura 20 minutes au cours desquelles la trentaine de pilotes du 446ème Bomb Group lâchèrent leurs bombes au-dessus des nuages, sur les indications des avions-guides.

Cependant certains ne purent attaquer à cause de la densité des nuages, ou, plus simplement, parce qu'ils furent incapables de localiser leur avion-guide.

Pour les équipages des quadrimoteurs B24 "Liberator", il n'y avait aucune visibilité; ils ne pouvaient rien voir que d'autres "Liberator: ceux qui étaient collés derrière celui des leurs équipé du radar spécial. Quand le bombardier-guide larguait ses bombes les autres faisaient de même. Un tel système était tout à fait inadapté au but recherché, et ceci également en cas de bonne visibilité.

A 6000m d'altitude, avec des nuages épais par dessous, un ciel qui commençait à éclaircir, savoir où on se trouvait pouvait être un mystère. De nombreux pilotes n'ont pu se repérer. Les ordres, si l'on ne voyait pas l'objectif et si l'on ne suivait pas un bombardier-guide, étaient de rentrer avec les bombes à l'aérodrome.

Dans son quadrimoteur, le lieutenant John Meyer entendit sur le téléphone intérieur le copilote se plaindre des nuages. Il disait:  "c'est une sacré arme secrète que Hitler a trouvé."

"Ce fut une journée décevante," dit le lieutenant Meyer, "Nous n'avons sûrement pas accompli la mission." La seule bonne affaire fut la légèreté de la Flak Allemande, et il n'y eut pas de Luftwaffe. "ce fut une de ces missions ordinaires sans risques ("a milk run")," conclut Meyer. Un pour cent des avions furent touchés par la Flak.

On ne sait pas exactement où tombèrent les bombes, probablement dans la campagne, dispersées au Sud de Vierville, du coté de Louvières et Formigny. Il semble que quelques batteries de 88mm de la Flak au Sud de la RN13 ont été touchées. Probablement aucune bombe n'a touché les points forts visés sur la côte.

Il y a eu des pertes civiles, puisque à Louvières une trayeuse et un de ses jeunes fils furent tués à 6h du matin par une bombe perdue. C'était la grand mère d'un futur maire de Vierville.