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Extraits de documents écrits par des témoins oculaires qui ont séjourné à Vierville en 1939-40-41

 

Un texte rédigé par Jean-Paul Hausermann illustre de manière un peu romancée, mais assez exacte, la nature et la forme des relations à Vierville entre occupés et occupants d'abord, puis en 1945-46, les relations entre anciens occupés et soldats allemands prisonniers et affectés chez des particuliers à Vierville pour y aider à la reconstruction

" Hans, te souviens-tu ?

(ou, si la grande table de la cuisine pouvait raconter ce qu'elle a vu et entendu...)"


Lettre de Mme Hausermann, le 1er septembre 1939, âgée de 66 ans, habitante de Vierville, écrivant à son fils résidant en Amérique du Sud.

Vierville - Vendredi 1er Sept 1939   (EXTRAITS)

… tout le pays est l’arme au poing ; le village se vide des tous les hommes disponibles depuis quelques jours ; il ne restera plus bientôt que les tout jeunes et les vieux.

....1er coup de gong de la mobil. génér.    En fait celle-ci existe sans que le mot ait été prononcé. On évacue Paris de tous les petits, nous avons reçu et installé hier dans les petits hôtels que vous savez 50 tout petits entre 2 et 5 ans accompagnés de femmes de service et d’institutrices  que des gens de bonne volonté (dont vos 2 beaux-frères) sont allés chercher à la gare de Bayeux. Il y avait là tout un train arrivé avec mille enfants à répartir dans l’arrdt. de Bayeux. Tout s’est passé dans le plus grand ordre, les petits ayant leur nom, leur destination, leur adresse inscrits sur une plaque métallique et attachée au cou. J’avais reçu le matin la visite d’une déléguée de la Croix-Rouge et mes 2 filles s’étaient mises à sa disposition pour l’aider à recevoir, à caser tout ce petit monde. Notre  brave Dubois (le maire) avait du reste mis beaucoup d’activité à organiser lits et chambres, et dès hier soir tout ce petit monde dormait paisiblement après avoir été se promener sur le « beau sable » et vu « la grande Seine » ; Ce sont tous des petits du 4ème Arrdt – pas riches ! – A leur âge il sera facile de les consoler de l’absence de leur maman qu’ils ne réclameront plus dans 2 jours. Quelques uns qui paraissaient ravis de se trouver dans les autos de vos beaux-frères prenaient cela pour une partie de plaisir, il y en avait un même qui incitait Jean Cordelle à aller plus vite et à dépasser l’auto précédente. On reconnaît bien là le petit poulbot ! Nous en aurons d’autres, toutes les maisons vides sont réquisitionnées ici, tant pour les enfants que pour les habitants évacués. Strasbourg l’est en partie, et nous avons ici des Messins venus pour leur propre compte, quand il était encore facile de voyager.

... le gouvernement invite par TSF plusieurs fois par jour à ne pas rester dans la capitale 

… notre vie n’est faite que des inquiétudes de tous ; il y a ici plusieurs jeunes mamans que les maris ont dû quitter ; j’en ai vu 2 qui se trouvent sans le sou......Je reste en communication avec le brave Dubois, qui peut me signaler les misères et la charmante Huet (l’institutrice) revenue de ses vacances écourtées pour tenir sa place ici, c’est une brave fille.

.....Le fils de Jeanne (Jeanne de Léon, il faisait son service militaire) écrit de Maubeuge qu’ils sont prêts à partir et que cela ne tardera guère. La pauvre maman pleure silencieusement.

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Lettre de Mme Hausermann, le 24 juin 39 , à son fils résidant en Amérique.

Vierville vendredi 7 septembre 1939   (EXTRAITS)

Mes enfants chéris,  je suis prévenue que le courrier avion est supprimé, il ne reste donc que les bateaux lesquels partiront… et arriveront on ne sait plus quand. Je suis sans nouvelles de vous, et cela m’est bien pénible 

…La mobilisation s’est terminée hier dans le plus grand calme, les hommes sont partis sans une récrimination, les femmes ont retenus leurs larmes.…. Nous travaillons et tricotons à force pour tous les petiots qui sont ici. Samedi vos sœurs ont été aider à installer 80 petiots évacués de Paris. Piprel leur avait préparé chambres et lits, il les nourrit pour une somme qui ne lui permet pas de s’enrichir et déjà ces petits ont meilleure mine, leurs éclats de rire  font plaisir à entendre ; ce sont des enfants du 4ème (Bastille) – tous pauvres- , il a fallu en reconduire qq uns à l’hôpital de Bayeux, ......Nous attendons 80 femmes et enfants demain, évacués de Vincennes, Legallois, Pignolet, Merlin ont été réquisitionnés pour eux, le 2ème seul consent à les nourrir, les autres donnent le logement. Les femmes s’arrangeront avec des vivres que fournira le village, en attendant les allocations qui seront distribuées à la fin du mois.

.....Mlle Huet s’emploie le plus intelligemment du monde et avec un dévouement inaltérable à contenter tout le monde et son père, ce qui est bien difficile. Notre maire  est parti lui aussi…et notre brave Muscadet (le cheval) que Jean-Pierre a été conduire hier matin à Trévières d’où il a été dirigé immédiatement en troupe vers Caen . Je le regrette, mais qu’est ce que cela à côté du sacrifice de tant de mères, de tant de femmes ! …..

…..  Peu ou point de nouvelles du front français et cela « a proposito »  les journaux sont censurés impitoyablement, ; et nous ne sommes vraiment au courant .... de ce que l’on veut bien nous dire, que par la TSF qui nous donne  les communiqués officilels plusieurs fois par jour…..

….. Toutes les villas sont à peu près occupées, et de ce fait on a réglé sévèrement (même dans le village) les éclairages du soir. Notre vieille maison est facile à masquer, dès la nuit c’est le noir le plus complet. Il s’agit de ne pas donner aucune indication aux Boches, déjà on aperçoit longeant la côte les gros cargos, et le sémaphore est peuplé de mathurins ; alors que tous les pêcheurs de Grandcamp ont presque tous repris leurs sacs pour aller s’embarquer sur nos bateaux, il reste les tout vieux  et les trop jeunes qui ont repris les petites barques pour aller pêcher et aider ainsi aux familles des fils qui sont partis ;

Nous ne sommes du reste pas rationnés pour un sou, la nourriture ne nous est pas mesurée, ce qui permet de rassasier nos boys dont l’appétit s’aiguise à l’air du large. Le beurre a diminué sensiblement, les envois sur Paris étant en partie arrêtés, en partie seulement car les trains peuvent emmener les civils jusqu’à impossibilité.

…J’ai reçu ce matin une lettre de la légation Tchécoslovaque me demandant si besoin était, je ne refuserai pas mes conseils et une aide à la femme du secrétaire, envoyée ici avec une dizaine d’enfants dont les pères se sont engagés pour combattre le Boche. Bien sûr !

…Mon jardin est toujours beau, on cueille des poires, j’en enverrai en panier demain aux petits de la plage….

....J’ai écrit à tous nos amis, ... Toutes les lettres arrivent au compte-goutte....
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Lettre de Mme Hausermann, le 12 septembre 39 , à son fils résidant en Amérique.

Vierville mardi 12 septembre 1939   (EXTRAITS)

.......Notre vie s’écoule lentement ! donc durement malgré nos doigts qui travaillent pour les soldats et les petits. Les petits nous en avons toute une horde installée chez  Piprel, dont les pères sont aux armées, ils ont déjà changé de mine. Nous avons aussi une petite colonie d’enfants tchécoslovaques dont les pères se sont engagés, et dont les mères travaillent à Paris .     ….. J’ai été les voir, ils sont sous surveillance de la femme du secrétaire de chancellerie qui les soigne et les nourrit pour 6F par jour et par tête !!….

Nous ne manquons de rien ici, le beurre et tous les produits du lait ont même baissé, comme à chaque automne.
Le brave Dubois après avoir emmené les chevaux, organisé les arrivées des réfugiés, aide chez le boulanger (celui-ci est mobilisé) à faire le pain. Quel brave homme. Chacun aide le voisin de son mieux, nos grands garçons ont été offrir leurs bras, on a scrupule à les utiliser et pourtant Dieu sait s’ils le feraient de bon cœur…..

....presque toutes les villas sont occupées par les mères, les femmes, les enfants, et les gendarmes ont fort à faire le soir pour faire clore les yeux de toutes ces fenêtres  éclairées. Il ne s’agit pas de faire signe aux Boches.

L’autre jour une forte canonnade au NO nous a fait supposer que celui-ci n’était pas loin. Et le ciel est parcouru  par des escadrilles de gros bombardiers qui surveillent la mer et protègent le débarquement de nos amis d’outre Manche, dont les grosses autos sillonnent  nos routes chargée de matériel et sans doute de « jams » » de ???? et de thé. Quel réconfort de sentir ces braves garçons et leur cavalerie de St-Georges à côté de nous.
J’ai grande envie d’écrire à mon Commodore de Vierville (un officier de la RAF qui est descendants d'anciens châtelains de Vierville) qui peut-être rôde avec son appareil par chez nous que sa vieille maison est prête à l’accueillir dans ses moments de repos….

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Lettre de Mme Hausermann, le 16 septembre 39 , à son fils résidant en Amérique.  

Vierville, samedi 16 septembre 1939   (EXTRAITS)

……… Les hommes sont partis, sont remplacés dans nos fermes par les vieux, les femmes et les jeunes. Michel est aujourd’hui occupé à engranger chez Dubois, et lundi les 3 boys restant iront rentrer la récolte chez une petite fermière dont le mari est au front.

....Pas de nouvelles du fils de Jeanne, c’est bien long, il a dû partir dès le 1er jour pour le front.

....Ici nous récoltons des poires, et j’ai pu en envoyer de bons paniers aux petits réfugiés et aussi aux petits tchèques ; il en part aussi dans plus d’une maison du village, et nous tricotons comme des diables, Mme C. est pour cela une précieuse aide et enrichit nos provisions de lainages pour l’hiver ; il en faudra beaucoup pour les soldats et les petits ; Il ne s’agit pas de se laisser gagner par le froid.

.....Dubois nous a été rendu ici, heureusement, il est à la foire et au moulin aidant tout le monde, réconfortant les apeurés

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Lettre de Mme Hausermann, le 20 septembre 39 , à son fils résidant en Amérique.

Vierville, mardi 20 septembre 1939   (EXTRAITS)

.....On me prévient aimablement de la poste que le courrier avion est rétabli avec vous, sans en savoir le jour, je vous écrit dès maintenant ; nos lettres sur Paris et toute la France sont fort retardées, et pour cause : contrôle et un personnel réduit aux PTT, aux convois, les lettres sont surtout réservées aux soldats, je risquerait en attendant de manquer peut-être ce bienheureux courrier.

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Lettre de Mme Hausermann, le 26 septembre 39 , à son fils résidant en Amérique.

Vierville, mardi 26 (?) septembre 1939   (EXTRAITS)

… La rentrée des classes a été reculée jusqu’au 16, heureusement les autos ne sont pas réquisitionnées et l’essence encore facultative,

.... Il est possible aussi que la vieille maison soit réquisitionnée en partie pour des réfugiés, on évacue toute l’Alsace sur le Limousin. Je ferai de mon mieux pour adoucir à ceux qui en auront besoin les tristesses de l’heure. En attendant nous tricotons avec acharnement, les journaux, la TSF réclament que toutes les femmes tricotent en pensant à l’hiver qui s’amène et sera dur pour nos soldats. Et puis nous allons recevoir 100 autres enfants évacués, je ne sais d’où,  et qui vont avoir besoin aussi de vêtements chauds… on va les installer chez  Merlin, Pignolet, etc, où ils trouveront un accueil confortable, déjà les 40 petits que nous avons depuis 1 mois ont changé de mine.

.....Presque toutes les villas de la plage sont occupées par leurs propriétaires......

.....Nous ne manquons de rien, les prix de la nourriture sont très surveillés, et nos braves gendarmes parcourent nos routes pour veiller à tout. Les convois d’anglais  continuent dans le plus bel ordre et munis de splendide matériel à parcourir nos routes, salués par nos paysans, et les avions qui sillonnent le ciel nous avertissent par leur présence continue lorsqu’un débarquement se fait non loin de chez nous. Ils surveillent de haut la mer et le Boche. 

… nos boys continuent à aider dans les fermes où les fermières sont restées seules. Ils sont depuis hier chez la fille de Baurens (?) dont le mari mobilisé exploite la ferme de Normanville, aidant à rentrer le sarrasin dans les granges. Ils le font du meilleur cœur, .....Je pense que demain ils iront à l’Ormel où Leterrier se trouve presque seul pour a faire marcher une ferme de 100 ha....

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Lettre de Mme Hausermann, le 30 septembre 39 , à son fils résidant en Amérique.

Vierville, samedi 30 septembre 1939   (EXTRAITS)

.....Notre village est très animé par tous les réfugiés et les petits que l’on nous envoie. On dit, et c’est bien possible que beaucoup des premiers  rentrent chez eux, leur installation dans certaines de nos campagnes étant bien précaire et insuffisante. Le gouvernement réclame en vain que  l’on ne rentre pas à Paris, où d’un moment à l’autre le Boche peut déclencher une offensive meurtrière qui nécessiterait une nouvelle évacuation.

… Les casernes regorgent de soldats réservistes à qui on a permis de venir faire les récoltes et les vendanges, ils aiment mieux cela que d’être inoccupés dans les casernes. On a renvoyé aussi des pêcheurs de Grandcamp inscrits maritimes et partis au 1er jour, mais les bateaux sont au complet, ils sont revenus pour se mettre à la pêche avec l’ordre bien entendu de se tenir à la disposition de l’autorité militaire au 1er appel.

....Aucune restriction jusqu’à présent pour les gens de l’arrière, on dit que la carte d’essence sera instituée au 1er novembre. ....nous n’avons plus qu’un car aller et retour sur Bayeux et les trains sont naturellement réservés aux soldats.

….La nourriture reste facile ici et sans augmentation, mais il faut s’attendre un jour ou l’autre  à revoir les cartes de pain, de sucre, etc,

....Le temps s’est bien refroidi avec les tempêtes d’équinoxe de NE que nous avons eu toute la semaine ; on fait une flambée dans le petit salon tous les soirs, et j’ai du feu dans ma grande chambre

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Lettre de Mme Hausermann, le 7 octobre 39 , à son fils résidant en Amérique.

Vierville samedi 7 octobre 1939   (EXTRAITS)

… ce ne sont pourtant pas les hommes qui manquent, les casernes et les dépôts regorgent de réservistes, ainsi que l’arrière front, de troupes, à ce point qu’on a pu accorder des permissions pour les récoltes…..La vie même de notre village s’organise déjà mieux. …. Les produits agricoles se vendent bien malgré la mévente sur Paris dont une partie de la population est évacuée. Nous en savons quelque chose par ici, Grandcamp est bondé de Parisiens du 4ème et d’habitants de Vincennes,

…. je ne mettrai le reste de la maison qu’en demi veilleuse, car il se pourrait que d’un jour à l’autre je sois envahie par des réfugiés ou de la troupe.. ..nos amis les anglais ne sont pas installés loin d’ici et leurs superbes convois continuent à défiler sur nos routes normandes vers l’Est. Tout cela est rassurant mais serre le cœur…

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Lettre de Mme Hausermann, le 15 octobre 39 , à son fils résidant en Amérique.

Vierville dimanche 15 octobre 1939   (EXTRAITS)

… rien de nouveau ici, l’automne s’avance doucement…. On ramasse les dernières poires. J’ai pu faire des heureux avec tous ces fruits, sans compter tous ceux qui ont régalés vos neveux.

....Il a fallu ajouter une classe, qui se fait à la Mairie,  pour les petits des familles réfugiées dans les villas. J’ai vu quelques réfugiés dont l’allocation se fait attendre. Nous n’y pouvons rien. Je ne suppose pas que les caisses de l’Etat regorgent de réserves, et cependant que de dépenses de tous côtés. J’aide tant que je peux, en réservant cependant la plus grande part pour notre petit village.

.....J’ai vu Dubois hier et dois voir Mlle Huet ces jours-ci ; tous remplissent leurs devoirs de maire et de secrétaire avec une bonne humeur admirable. On n’imagine pas le flot de paperasses dont ils sont surchargés, et le brave Dubois est toujours prêt à donner la main au battage des grains, aux labours qui devraient être faits dans les fermes dont les hommes sont partis.

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Lettre de Mme Hausermann, le 21 octobre 39, à son fils résidant en Amérique.

Vierville samedi 21 octobre 1939   (EXTRAITS)

… Piprel remplit sa tâche admirablement, il manque à ces petits  leurs papas et leurs mamans !… une grosse camionnette a apporté de Paris, pour eux, des vêtements chauds. J’ai vu les institutrices et aussi not’ maire, le budget de la commune ne permettra pas d’ouvrir la cantine scolaire cet hiver. Beaucoup de ceux qui en étaient les clients ont des parents qui ne sont pas partis. On les aidera avec des bons de pains et de viande ; votre argent servira à cela. J’en garde la disposition ; Les allocations sont versées avec beaucoup plus de parcimonie qu’en 1914 ; non sans raison, il y a eu de tels abus ! Les enfants touchent toujours, mais les mères dont beaucoup sont cultivatrices ne touchent rien. En général les pères de 4, 5 ou 6 enfants restent à l’arrière.

….Jusqu’ici aucun de nos petits soldats de la contrée n’est signalé blessé ou mort, à part 2 garçons d’Asnières, qui servaient d’agents de liaison sur motocyclette, se sont écrasé contre un arbre.

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Lettre de Mme Hausermann, le 28 octobre 39, à son fils résidant en Amérique.

Vierville samedi 28 octobre 1939   (EXTRAITS)

Dimanche matin 29/10,  (le fils de Mr Gambier) il rentrait de garde et avait trouvé sur la plage le corps d’un noyé. D’où vient-il ce pauvre corps ? Quelque victime des Boches peut-être, dont on un gros submersible  s’est échoué près de Douvres ; une épave où l’on a trouvé 60 cadavres. Que tout cela est triste ! La mer rejette dans sa fureur, car la tempête continue, des tas d’épaves qui viennent on ne sait d’où.

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Lettre de Mme Hausermann, le 11 novembre 39, à son fils résidant en Amérique.

Vierville samedi 11 novembre 1939   (EXTRAITS)

.......Je crois bien que l’arbre de Noël n’aura pas lieu non plus, il y a ici une cinquantaine de petits parisiens, .........je pense que je pourrai faire provision de gourmandises que l’on distribuera à l’école en fin d’année. …..

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Lettre de Mme Hausermann, le 18 novembre 39, à son fils résidant en Amérique.

Vierville samedi 18 novembre 1939   (EXTRAITS)

......Notre petit village est toujours tranquille, et les travaux se font grâce au dévouement des femmes et des vieux. Leterrier dirige l’Ormel, dont son fils aîné allait en se mariant prendre la direction, il est fiancé, et l’exploitation de son gendre qui est au front. Rude tâche, je l’ai vu l’autre jour bien fatigué.

J’ai bien envie de faire mettre le téléphone, mais je crains bien que la Marine et nos amis les Anglais empêchent de téléphoner dans la Manche ; le département appartient à ceux-ci qui s’installent… pour 10 ans.

La vie n’a pas encore beaucoup augmenté, et nous trouvons tout, y compris l’essence, qu’on distribue largement.

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Lettre de Mme Hausermann, le 10 décembre 39, à son fils résidant en Amérique.

Vierville 10 décembre 1939 dimanche  (EXTRAITS)

.....Nous sommes tenus ici-même à la prudence et 4 soldats veillent nuit et jour sur la côte, qui ont élu domicile chez Pignolet. Je ne sais pas si je vous ai dit qu’un couple de Boches dont les fenêtres de la villa resplendissaient de lumière chaque soir, à Saint-Laurent, ont été arrêtés et déportés dans un camp de concentration. Il a donc fallu mettre du papier bleu aux lampes difficiles à cacher, j’ai mis des grands rideaux à la cuisine et à la petite salle à manger. Nous avons toute la semaine été abreuvés du glas que notre curé sonne 3 fois par jour et 4 jours pour le moins à chaque décès. Le père Leberruyer est mort,.......; morte aussi  la 2ème fille des Saillard, 19 ans ½, d’une fièvre typhoïde, elle était bonne à Bayeux, la mère attend son 12ème dans 2 mois, complètement épuisée, du reste.

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Lettre de Mme Hausermann, le 19 décembre 39, à son fils résidant en Amérique

Vierville 19 décembre 1939   mardi    (EXTRAITS)

.... L’arbre de Noël aura lieu cette année à la mairie .......75 petits qui fréquentent l’école réjouira et réchauffera toute cette jeunesse.

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Lettre de Mme Hausermann, le 16 janvier 40, à son fils résidant en Amérique

Vierville 16 janvier 1940  mardi   (EXTRAITS)

 

..... les produits agricoles se vendent du reste fort bien, à une vente d‘animaux la moindre vache valait de 4 à 5000F, un cheval sans qu’il soit un pur-sang 10 à 11000F, une jument boiteuse et âgée de 28 ans a fait 6000F.

Lettre de Mme Hausermann, le 23 janvier 40, à son fils résidant en Amérique

Vierville mardi 23 janvier 1940  (EXTRAITS)

 

… nous sommes à peu près bloqués par la neige depuis que je vous ai écrit la semaine passée. Le courrier arrive quand il peut et part de même, les cars sont arrêtés depuis 2 jours, on dit que la neige a près d’un m. de haut sur la route vers Bayeux, et cela ne m’étonne guère à en juger parce que nous avons par ici. Nous avons été privés d’électricité et presque acculés à la famine si nos réserves personnelles ne nous avaient permis d’alimenter notre table…. Le paysage était sinistre du côté de la mer violemment secouée par un fort vent de NE…. Pas moyen d’arracher une salade ou un poireau, et nos boutures, malgré le feu entretenu nuit et jour, ont bien failli passer un mauvais ¼ d’heure dans la serre dont on ne pouvait plus ouvrir la porte scellée par le gel….nous avons eu –9°.

Dans les pièces occupées, nous avons pu maintenir une température suffisante grâce aux tonnes de bois que l’on enfourne et à la salamandre qui mange mon anthracite. J’ai fait poser un poêle à bois dans la chambre de Tatou……

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Lettre de Mme Hausermann,

Vierville 30 janvier 1940   mardi (EXTRAITS)

… Enfin il y a 2 jours la belle( !) neige (a fui)  qui nous bloquait comme dans un trou….. Je me félicite vraiment d’avoir une salamandre dans la petite salle à manger, sans elle nous n’étalions pas. Nous regardons donc tomber la pluie avec satisfaction, vos sœurs malgré leurs 4 poêles et le fourneau n’arrivaient pas à sentir un peu de tiédeur,

… J’avais envoyé un mot à Mme Godard que je savais toujours dans son ermitage – que tu sais – au milieu des bois. Elle me répond qu’ils ont dû pendant plusieurs jours se nourrir de pâtes, de pommes de terre et d’oignons dont elle avait heureusement quelques réserves 

Mercredi 31 janvier 1940

 

 Je viens terminer ma lettre de bonne heure. Elle doit emporter mille vœux bien tendres pour mon Titi, qui devra recevoir un livre que j’avais chargé les sœurs de me faire envoyer à Coutances à son intention. Sait-il lire ? et la lecture l’intéresse-t-il ? Cher petit, déjà 6 ans ! il me semble le revoir, âgé de 12 à 14 mois, mauvais comme un singe et sachant se faire comprendre sans pour cela avoir besoin de parler….

Lettre de Mme Hausermann, le 7 février 40 , à son fils résidant en Amérique

Mercredi 7/2  



… plusieurs ajournés des vieilles classes ont passé une nouvelle révision. D’aucuns, dont le fils Ygouf ont été repris.

 

Lettre de Mme Hausermann, le 20 février 40 , à son fils résidant en Amérique

Vierville   mardi 20 février 1940     (EXTRAITS)

.....On révise les anciennes classes et quelques unes sont rappelées en activité pour permettre à d’autres de rejoindre leur place en arrière. Nos braves fermières ont bien besoin de l’aide de leurs maris pour finir les labours et préparer les récoltes....... Rien de nouveau dans notre petit village, la cantine scolaire ne sera décidément pas réorganisée, on distribue du pain aux familles nombreuses et aux vieux mais les 1ères sont très largement aidées maintenant par les allocations que l’Etat distribue – non sans raison – et au surplus les pères de famille sont maintenant à leur foyer.....
Nous avons toujours de grandes facilités de ravitaillement, le pain (s’il est moins bon) n’est pas rationné, ni le sucre, ni le café, nous sommes 3 jours sans viande, mais il reste les volailles et le poisson.

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Lettre de Mme Hausermann, le 5 mars 40, à son fils résidant en Amérique

Vierville   mardi 5 mars 1940     (EXTRAITS)

..... Les arbres fruitiers sont presque fleuris et présagent une belle récolte. Il le faut, comme il faut ne pas perdre un coin de terrain du potager, nous serons sans doute bien content d’y puiser. Vous avez dû voir que notre gouvernement organise la carte de rationnement, qui sera de viande, de pain et de sucre ; déjà les boucheries sont fermées pendant 3 jours de suite, les charcuteries 2 jours, les pâtisseries 3 jours et la vente de l’alcool idem (voilà une bonne mesure pour le Calvados !) . Pour nos appétits réduits, pour Marthe et moi, je ne suis pas inquiète, mais je me demande comment vont faire...... devant les appétits des jeunes qui ne rassasient pas ! Il va falloir doubler les plats de nouilles, de riz et de pommes de terre… Tant pis si c’est pour la France et pour la victoire.

...... J’abolirais, si je le pouvais, le privilège des bouilleurs de cru qui procure à tous ces gens une provision d’alcool à bon compte.  J’ai eu la visite de nos institutrices ;  …. Je leur fournis la provision de laine dont elles ont besoin pour apprendre à crocheter et à tricoter à leurs filles. Le résultat n’est pas si mauvais que cela, et j’ai promis en fin d’année de donner une récompense à la plus adroite : sac à ouvrage  ou autre. Ces deux braves filles se donnent bien du mal pour leurs élèves. ……

Lettre de Mme Hausermann, le 2 avril 40 , à son fils résidant en Amérique

Vierville, mardi 2 avril 1940   (EXTRAITS)

… On renvoie pour 15 jours, 1 mois, des cultivateurs, car nos femmes ne peuvent pas tenir le coup avec des gamins de 14 à 18 ans comme aides, et le travail de la terre se fait comme il se doit.

…..Entre des journées de beau temps nous avons eu un véritable raz de marée arrivé subitement et reparti de même le jour de l’équinoxe. Le boulevard de la mer était innabordable, tous les jardins inondés, celui des Guignard entre autres où il y a encore 60cm d’eau dans le bas. Tout est à refaire dans ce cas là dans un jardin. La terre elle-même est inutilisable. Il paraît que le spectacle vu de la falaise était splendide, mais quand la mer s’est assagie, on a trouvé la route envahie de galets et de grosses excavations aux protections qui suivent jusqu’à St-Laurent.  La digue n’a guère souffert. Gros travail à refaire. Je regrette de moins en moins d’avoir la vieille maison où elle est, il a fallu cependant fermer les persiennes du côté de la mer  pour nous abriter du vent qui s’infiltrait partout..... nous aurons cette année une belle récolte de pommes de terre et légumes. Il le faut, nous ne voyons pas ce que nous réservent les mois qui vont suivre, on établit demain  la carte de ravitaillement pour toute la France . Cela n’a guère d’importance pour les vieux et les petits qui en auront toujours assez, mais je me demande comment on étalera devant des appétits comme ceux de nos boys.

.....hôtels. Du reste ceux-ci sont toujours réquisitionnés, souvent habités par des réfugiés et n’ouvriront pas pour la saison d’été. Piprel sert d’asile a encore une quarantaine de petits gosses parisiens accompagnés de femmes et d’institutrices à qui le grand air a fait le plus grand bien.

Lettre de Mme Hausermann, le 23 avril 40 , à son fils résidant en Amérique

Vierville, mardi 23 avril 1940   (EXTRAITS)

…..J’ai aussi reçu la visite des institutrices qui vous envoient leurs respectueux souvenirs. On prépare activement à la mairie les cartes de rationnement dont nous serons gratifiés en juin.

Lettre de Mme Hausermann, le 30 avril 40 , à son fils résidant en Amérique

Vierville, mercredi 30 avril 1940   (EXTRAITS)

 

 

Rien de nouveau dans notre village où les travaux des champs sont courageusement faits par des femmes et des tout jeunes gens. Nos boys auront de quoi s’occuper pendant les vacances. Mon foin paraît superbe, même dans le champ de « Pompon » qui n’est plus piétiné par le cheval.

Lettre de Mme Hausermann, le 8 mai 40, à son fils résidant en Amérique

Vierville - mardi  8 mai 1940 –

...... Le Casino est encore mobilisé et donne asile à une trentaine de petits parisiens et à leurs institutrices.

Lettre de Mme Hausermann, le 14 mai 40 , à son fils résidant en Amérique

 Vierville - mardi - 14 mai  1940 -

 

Mes enfants chéris

Avant de commencer à vous écrire j’ai tourné le bouton de ma TSF qui depuis quelques jours nous donne le bulletin des opérations, toutes les heures. C’est vous dire si nous sommes angoissés des nouvelles de l’Est et du Nord et combien nous pensons à ceux qui s’y battent.

......tous nos permissionnaires sont repartis laissant des femmes courageuses mais en larmes et depuis hier soir nous voyons arriver des petits réfugiés du Nord et même de Paris qu’on installe dans les maisons déjà réquisitionnées. Le Sous-Préfet a prévenu Dubois qu’on nous enverra sans doute une centaine d’autres réfugiés (familles) et s’informant où les mettre, ai-je besoin de vous dire que j’ai offert tout ce que j’ai de disponible dans la vieille maison.

.....Hier en voulant téléphoner avec Trévières j’ai été interrompue par le bureau « téléphone interrompu, alerte » , sur Cherbourg probablement. Notre grand port doit être surveillé par ces … cochons-là.

La TSF ce matin nous apprend que la Hollande a lâché…. Il ne fallait pas s’attendre à une défense héroïque de la part d’un pays mal armé et à moitié boche, mais c’est tout de même regrettable pour nous, le peu de résistance qu’ils apportaient soutenait les héroïques soldats belges et les nôtres qui combattent paraît-il comme des lions.

J’ai encore vu hier soir le brave Maillet et Laronche qui repartaient … gais ! les bons enfants, le 1er marié et père de famille, est dans un régiment d’artillerie qui dépend du 43ème. J’ai appris hier avec surprise que la reine-mère de Belgique est réfugiée non loin d’ici avec ses 3 petits enfants dans un petit château que tu connais bien entre Mosles et Bayeux ; les villas de St-Laurent se louent à des personnes de la Cour arrivant avec quelques malles.

Les autos recommencent à passer chargées de valises, on voit même des cars entiers venant de Paris ou de plus loin, et la guerre se poursuit hélas ! avec la même acuité.

Lettre de Mme Hausermann, le 21 mai 4 , à son fils résidant en Amérique

 Vierville  21 mai  1940 - mardi

...... Depuis 2 jours surtout un défilé d’autos se poursuit sur nos routes, transportant des gens qui fuient. Hier soir j’ai donné asile à l’une d’elle dont le propriétaire était en panne sur la route de Grandcamp avec 2 autres voitures. Ils arrivaient du Nord, d’Avesnes, les pauvres gens et le récit succinct de ce Mr. donnait une idée bien affreuse de ce qui s’y passe.

Naturellement tout le village est plein partout, et j’ai mis la vieille maison à la disposition de ceux qui en auront besoin. Dubois (maire) met beaucoup de discrétion à en user.

La poste marche très mal, et les lettres du front n’arrivent pas. De tous côtés j’entends les plaintes des parents anxieux. La pauvre Jeanne et Léon sont sans nouvelles de Georges depuis bientôt 15 jours il en est de même pour tous, et c’est ce qui laisse un espoir aux malheureux parents inquiets.

Mercredi matin

 

Notre village est rempli de réfugiés, de gens du Nord surtout qui presque tous ont pu louer maisonnettes, villas vides ou meublées. Il est bien évident que ceux qui sont arrivés de cette manière avaient encore quelques moyens dans leurs poches, les plus à plaindre sont les ouvriers, les paysans évacués par trains qu’il a fallu souvent aller chercher très loin, le défilé de ces malheureux répétait ce que l’on voyait en 1914.

J’ai revu notre maire qui passe son temps à courir, il a acheté (d’ordre de la préfecture) de la literie, des ustensiles de ménage, vaisselle, tables et chaises qui sont distribuées. Je regrette bien que ma santé ne me permette pas d’être plus active et d’aller aider à l’installation de toutes ces familles. Il y a beaucoup d’enfants que nos braves institutrices ont accueillis et qu’elles mettent je ne sais où ! Le soir à 4h1/2 tout ce petit monde se rend à l’église accompagnés de la bonne mère Campserveux qui leur aide à dire un chapelet pour la France.

Quand je pense que je ne peux même plus aller jusque là. Je vais mieux, mais la marche m’est très fatigante et la Doctoresse m’a naturellement conseillée de m’abstenir d’en faire trop. !

Depuis hier des avions nombreux sillonnent la mer, pourquoi ?

Lettre de Mme Hausermann, le 4 juin 40 , à son fils résidant en Amérique

 Vierville  4 juin  1940 - mardi

.......Le premier convoi Français est arrivé dimanche soir par Cherbourg, rapatriant nos soldats exténués. D’un train traversant Bayeux, un de ceux-ci a pu faire prévenir sa femme qui habite St-Laurent qu’il était sauf. (toute l’armée est dirigée sur Le Mans) c’est le 1er de notre petit coin, espérons qu’il y en aura d’autres. Les régiments du Nord étaient composés de beaucoup de bretons et de normands. Les pauvres Leterrier sont sans nouvelles de leur fils depuis 24 jours, idem les Saillard pour leur aîné, un brave et fort gars, fiancé !

Ici on prend des précautions pour une avance boche. Je dois loger 3 officiers supérieurs et 40 soldats.

Les restrictions vont bon train : 750g de sucre par mois ; de la viande 4j sur 7, 30 l d’essence par auto et par mois ; l’huile de plus en plus rare, 50kg de charbon par mois et par 3 personnes….  Je ne sais vraiment pas comment nous allons pouvoir nous en tirer cet été quand nous serons 12 personnes à faire manger et l’hiver me fait peur. Heureusement que le bois ne manque pas dans le bûcher ; on rétrécit encore son espace vital.

Le 1er tiers de la classe 40 est appelé,

On voit passer par la grande route des chariots remplis de meubles, de femmes, d’enf., de vieillards, qui sont refoulés par ici. Mais ce sont des gens du Nord. Tous les Belges ont été refoulés vers le Centre.

Nous possédons en effet une garde civique composée de tous les hommes valides (Léon en est !) qui monte chaque nuit la garde dans nos petits chemins, on craint ce qui s’est passé en Belgique, une invasion silencieuse de cette fameuse 5ème armée toute prête à aider les Boches lorsqu’il le faudrait. Ce n’est plus une guerre, c’est un (????)  de bandits. Nos hommes ont l’ordre de tirer le cas échéant, ils ont tous un fusil et 5 cartouches. Nos deux boys se sont fait inscrire pour prendre la garde aussitôt qu’ils seront ici, ils aideront aussi dans les fermes.

C’était dimanche la communion ici, triste communion dont la plupart des papas, des gds frères étaient absents. Il y avait des larmes dans bien des yeux. Un jeune abbé échappé du Nord habite maintenant le presbytère et aide le curé de St-L. (St-Laurent) qui avait bien du mal à tenir ses 5 paroisses.

Nous entendions très bien la canonnade par vent de N.E. toute la journée de samedi (le 1er juin, des bombardements sur Le Havre ou Rouen ??) et nous avons été réveillés cette nuit par 3 fortes détonations qui ont fait trembler nos vitres, sans doute quelque avion boche laissant tomber ses bombes sur un de nos bateaux. Toutes les chaloupes de Grandcamp et de Port sont parties clandestinement une nuit pour Cherbourg où elles ont formé un convoi imposant qui est parti pour Dunkerque et Calais et ont participé au sauvetage de notre armée.

MERCREDI – (5 juin)

(PS) Nos cloches ne sonnent plus qu’en cas d’alerte

Lettre de Mme Hausermann, le 24 juin 40 , à son fils résidant en Amérique. (ces lettres écrites dans les débuts de l'occupation semblent être arrivées en Amérique du Sud, mais comment et par quel miracle? On peut imaginer que dans les débuts de l'occupation allemande, les services postaux ont continué sans intervention de l'occupant, encore inorganisé et ayant donné des consignes aux autorités françaises de continuer comme avant. Une lettre postée pour l'Argentine a pu être dirigée vers le Sud avant toute interruption du trafic vers la zone non occupée par les autorités allemande, qui n'ont certainement pas installé des postes de contrôle de la limite interzone dès les premiers jours)

".......Depuis, notre beau et cher pays est envahi par des troupes en vert de gris toutes motorisées, nous les avons vu apparaître ici dès mercredi (le 19 juin) . Je ne vous conterai pas tout ce qu’il advint, sachez que nous sommes en paix pour l’instant ici, mais l’horrible capitulation qui nous a remplis de stupeur et de chagrin a eu lieu ; signée par une de nos plus grandes et pures gloires militaires ! Est-ce possible ! Nous n’y pouvons pas croire ! La France abattue en q.q. jours, un armistice signé à Compiègne  et notre manque à la parole donnée à nos alliés ! .. Ceci est une chose dont tous les cœurs français ne se consolent pas.. Nous sommes sans nouvelles, la poste ne fonctionne plus, les trains non plus, la TSF même, à part les Anglais, ne nous renseigne plus depuis que les Verts de Gris ont pris Rennes où se trouvait le principal poste général français..... Nous attendons encore les conditions qui seront sans aucun doute draconiennes pour signer la paix.

....Ma place était ici, grâce à cela et jusqu’à présent les vertsdegris qui occupent tous nos villas n’ont rien tenté, les de M., les de Brunville sont ici, et aussi les de Bughas, les Leterrier, Guillemette meurt de peur dans sa grande maison qu’elle habite avec une seule vieille bonne, je lui ai proposé de venir chez moi, mais elle préfère que la maison ne reste pas inoccupée ; du reste jusqu’à présent tout se passe correctement ; j’ai bien dû fournir des p. de terre au petit détachement qui occupe le Casino ; et j’ai fermé les grilles à clefs pour éviter qu’on entre chez moi comme dans un moulin. J’ai bien des choses à vous raconter mes enfants chéris, ce sera pour un peu plus tard..... On dit que du côté de Colombières il y a eu de la casse ; j’ai vu passer des ambulances filant vers Gr.

Lettre de Mme Hausermann, le 6 juillet 40 , à son fils résidant en Amérique

....Nous sommes sans aucune relation avec l’extérieur. Notre petite commune est largement occupée par un état-major nombreux, mais il y règne le plus grand ordre. Toutes les villas sont habitées, elles étaient toutes vides de leurs propriétaires ; on a forcé, sans plus, les portes de celles qui étaient sans gardiens, je n’ai pas entendu dire qu’on avait pillé les armoires, le moindre vol est puni de mort, dit-on. Je suis donc toujours en faction à la porte de notre vieille maison qui aurait subi le sort de celles qui sont vides, elles ont été remplies de soldats tout de suite, et il faut dire que c’est vite abîmé par toute cette soldatesque. G. de P. (Mlle de Pierres, à Gruchy) en a 45 chez elle, et son avenue bordée de gros camions qu’on veut sans doute dissimuler aux avions anglais. On n’en voit guère de ceux-ci, mais notre ciel est sillonné d’autres, qu’on peut sans peine évaluer à plus d’une centaine.

(PS)  L’essence a complètement disparu, on revient aux carrioles, mais les chevaux sont rares et pour cause ! Le ravitaillement se fait assez bien et les marchés ont été par ordre rétablis. Les transports se font en voitures à chevaux… pour nous, car j’en vois d’autres qui sillonnent nos routes en superbes autos. .... Toutes les caisses publiques sont vides, et les fonctionnaires ne sont pas payés. Où va-t-on ? Quelle misère il va y avoir.

Lettre de Mme Hausermann, le 15 juillet 40 , à son fils résidant en Amérique

… Vous dire ce qu’a été pour moi, pour tous, cette horrible débâcle, notre France envahie aux ¾ et les vert-de-gris installés en maître ici, …comme partout ! et il y en a ! et ils sortent comme des sauterelles. Nous n’avons pas à nous plaindre ici de leur présence, un EM (Etat-Major) est dans les villas, et j’ai pu jusqu’à présent garder la vieille maison vide. Je ne sais si je pourrai l’obtenir jusqu’au bout, je vous répète ce que je vous ai déjà écrit plusieurs fois : j’ai eu des relations courtoises avec mes voisins, mais ce n’est pas sans un énorme crève-cœur que nous nous plions à leurs lois.

.... Nous ne savons rien ou presque, la TSF est allemande et l’on nous défend de prendre l’angl. qui du reste ne nous épargne pas non plus. Je suis comme vous, j’ai le cœur déchiré et je me sens bien seule dans cette grande maison qui, sans ma présence, serait depuis longtemps occupée de la cave au grenier, et sans aucun doute plus ou moins pillée. Toutes les maisons vides ont été ouvertes de force et habitées, mais je me dois de dire que beaucoup n’ont pas souffert énormément de cette intrusion. Les officiers y tiennent la main, heureusement, j’ai eu quelquefois à résister à certaines demandes et les grilles sont maintenant fermées à clé du matin au soir.

 

Lettre de Mme Hausermann, le 19 août 40 , à son fils résidant en Amérique

.......cela a été alors l’invasion et à quelle allure ! de toutes les troupes vertdegrisées, bien armées, et toutes motorisées. Même notre petit village est envahi ; et bien m’en a pris de ne pas quitter la vieille maison que j’ai jusqu’à présent préservée d’hôtes indésirables. Toutes les villas de la plage sont habitées par un E.M. officiers et hommes. Jusqu’ici c’est courtois. Dubois (le maire) qui  cause un peu allemand est à la hauteur de sa tâche et défend âprement ses concitoyens. ...

Lettre de Mme Hausermann, le 22 septembre 40 , à son fils résidant en Amérique

......Nous sommes toujours coupés du reste du monde de par la volonté de nos vainqueurs qui ont la poigne rude.

Donc je n’ai pas bougé d’ici et de ce fait la vieille maison est toujours intacte, occupée il est vrai par des officiers dont la courtoisie est suffisante. Ils habitent au 2ème et prennent leurs repas dans leur mess au manoir de Than.

Ici le village est occupé, il y a des verderets dans toutes les maisons ; mais sans grand pillage, nous commençons à sentir les restrictions, car nous avons à nourrir en France plusieurs millions de vainqueurs et beaucoup de provisions passent en Allemagne. Triste sort que le nôtre ; nous ne sommes pas encore revenus de cette humiliation !

Lettre de Jean Cordelle à son beau-frère en Amérique du Sud, 24 sept 40 (il s'agit du brouillon, la lettre ne semble pas être arrivée).
La lettre parle de Mme Hausermann:

........L’obligation des loger des allemands a été pour elle une grande cause de soucis, d’énervements comme tu peux le supposer, bien que tout se soit passé dans les moins mauvaises conditions possibles.

Comme elle était restée au moment de l’occupation, la Kommandatur de Vierville (capitaine de ??? très correct) n’a mis personne au château ; mais au milieu d’août, il y a eu tellement de troupes à loger qu’elles se sont logées sans passer par la Kommandatur, et c’est ainsi qu’une première série qui a duré 5 jours  s’est installée  à la maison : 3 officiers, 1 ordonnance, 100 h dans le bois, avec une vingtaine de camions, voitures, motos, etc… Cela a été la période la plus désagréable, cela faisait beaucoup de mouvement, de bruit, avec quelques dégâts (minimes d’ailleurs) dans le bois et le potager.

Une 2ème série comprenait un capitaine très aimable par lequel nous avons obtenu qu’il n’y ait plus de soldats, mais seulement 2 ou 3 officiers.

Actuellement il n’y a plus qu’un colonel qui paraît bien et qui loge dans la chambre de F.. C’est la meilleure solution, car cela fait fuir les soldats et autres officiers, et il est à souhaiter qu’il reste longtemps.

L’attitude des occupants est en général correcte, cherchant même à se concilier la population, mais dès qu’ils se croient dans l’obligation de …….. ???…….. avec brutalité.

De plus ils ont la main et le contrôle sur tout en zone occupée, et la France est vidée peu à peu de sa substance par les réquisitions de produits alimentaires, matières premières et matériel, destinés à l’entretien des troupes d’occupation et aux nécessités de la guerre avec l’Angleterre qui naturellement passe pour les Allemands avant toute autre préoccupation.

Lettre de Jean Cordelle à son beau-frère en Amérique, 18 décembre 40 (il s'agit du brouillon, la lettre, partie de Paris ou de la zone non occupée, ne semble pas être arrivée).

......Au point de vue occupation, on loge toujours un Colonel et tout se passe bien jusqu’ici.....

Lettre de Jean Cordelle à son beau-frère en Amérique, 13 octobre 1941 (il s'agit du brouillon, la lettre ne semble pas être arrivée).

.........Nous avons passé les uns et les autres ces 3 derniers mois à Vierville sans difficultés , mais il n’en sera peut-être plus de même à l’avenir, les Allemands venant de créer une zone côtière dans laquelle ne pourront habiter et circuler que les personnes y ayant leur domicile principal ; c’est tout nouveau et nous ne savons pas encore si nous pourrons être rangés dans cette catégorie (ce sera possible car le nouveau maire Mr. Leterrier nous a fourni des cartes d’identités locales).

A part cela, tout va bien jusqu’ici à Vierville ; nous logeons une dizaine de chevaux dans les écuries. (il ne dit pas tout, par prudence probablement : les chevaux à loger sont bien sûr allemands, pas un mot des officiers allemands logés à cette époque, 1 ou 2,  capitaine ou lieutenant, avec les ordonnances dans le communs avec quelques soldats pour les chevaux). Du potager nous avons fait le plus possible de légumes, mais les pommes de terre ont souffert d’un mois d’août humide ; heureusement il n’en est pas de même partout en France et la récolte est assez belle.

 

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